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Full text of "Second dénonciation de la nouvelle héresie du péché philosophique .."

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DUKE 
UNIVERSITY 




DIVINITY SCHOOL 
LIBRARY 



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SECONDE 

DÉNONCIATION 

DE LA 

NOUVELLE HÉRÉSIE 
PÉCHÉ PHILOSOPHIQUE 

Enfeignée par les Jefuites de Dijon.: 

Défendue avec quelque changement par ceux 
de Louvain , dans leur Ecrit contre la 
première Dénonciation : 

Et foiitenuè auparavant en quinze de leurs 
Thefes de différentes années depuis 166$. 

£> * é£ x kg, 

A COLOGNE, 
Chez les Héritiers de Balthazar d'Egmond. 



M. D C. XC. 



Digitized by the Internet Archive 
in 2013 



http://archive.org/details/seconddnonciatioOOarna 



SECONDE 

DENONCIATION 

DE LA 

NOUVELLE HERESIE 

D U 

PECHE' PHILOSOPHIQUE. 

JEnfeignée par les Refaites de Dijon. Et 
foâtenuè avec quelque changement par 
ceux de Louvam , dans leur Ecrit 
contre la première Dénonciation, 

ON avoit efperé , mes Révérends Pè- 
res , cjue la Dénonciation de la Nou- 
velle Herefie donneroit occafion à vô- 
tre Sociecé d'édifier l'Eglife , en condannant 
elle-même une.dcclrine aufli impie qu'eft cel- 
le de la Thefe de Dijon , & en reconnoiiîant 
humblement qu'on a eu grand tort de foufFrir 
qu'on l'enfeignât chez vous. 

Que vôtre Compagnie auroit tiré d'avantage 
d'un procédé fi honnête &: fi Chrétien ! On en 
auroit pris fujet de croire qu'elle penfe tout de 
bon à changer d'efprit , & qu'elle ne veut plus 
que l'on puifTe dire , qu'elle n'eft pas allez 
humble pour fe refoudre jamais à condanner 
finceremeut ce qui a été une fois enfeigné dans 

A 2. fes 



4 Seconde Dénonciation 

fes Ecoles. Tout vous ob'igeoit a profiteras 
cette rencontre pour rétablir vôtre réputation. 
Le fait étoit certain &. inconteftable. Il ne fe 
pouvoit ni nier ni diflimuler. L'impiété de la 
doctrine que l'on dénonçoit à L'Eglife fautoit 
aux yeux. Comme elle renverfç les plus com- 
munes veiitez de la Religion Chrétienne , il 
n'y a perfonne qui n'en ait horreur. A la vérité 
ce coup étoit rude pour une Société remplie de 
tant de fçavans hommes , félon l'idée que vous 
en avez, & fi jaloufe de fon honneur. Mais 
un peu d'humilité vous auroit tirez d'affaire. 
Vous n'auriez eu qu'à dire bonnement : On a 
raifon d'être choqué de la doctrine de cette 
Thefe : Elle eft fort méchante & fort impie. 
Nou* la condannons tres-fincerement. Nous 
fommestres-fâchez que nosTheologiens l'aient 
foûtenuë , & que nos Pères de Louvain aient 
voulu l'excufer : &nous donnerons bon ordre 
qu'on n'enfeigne plus à l'avenir de telles cho- 
fes dans nos Ecoles. Vous deviez au moins 
confulter vôtre Reverendiffime Pere General , 
pour fçavoir ce qu'il y avoit à faire dans une 
chofe fi importante , & il y a tout lieu de croi- 
re qu'il n'auroit point approuvé le parti que 
vous avez pris. 

Car on ne fçait ce que vous avez prétendu 
par l'Ecrit que vous venez de publier. Tout le 
monde jugeoit que vous n'aviez que deux cho- 
fes à faire : ou à nier que la doctrine , qu'on 
aveit appeilée une nouvelle Herçjîe, eût été en- 
feignée dans vôtre Collège de Dijon : ou , en 
reconnoifiant qu'elle y avoit été enfeignée , 
foûtenir qu'elle n'étoit point méchante Se qu'il 
n'y avoit rien de folide dans tout ce qu'on 
avoit rapporté de l'Ecriture & des Pères , pour 
vous faire toucher au doigt l'impiété de cette 

non* 



d'une nouvelle Herefie. c 
nouvelle herefie. Vous n'avez pas été aflez 
hardis pour faire le premier. Et à l'égard du 
fécond, il paroît d'une part cjuc vous n'avez 
eu en vue que de tout brouiller, pour empê- 
cher qu'on ne fçache ce que vous penfez de 
cette abominable doctrine , que vous n'avez 
pû vous refoudre de condanner autant qu'elle le 
mérite , pour épargner vos Confrères qui l'ont 
enfeignée s Et de l'autre, que vous n'avez oie 
Ja juftifier entièrement , pour ne pas attirer l'in- 
dignation publique fur vôtre Société , qui n'eit 
déjà que trop décriée pour les pernicieux re.!â- 
che'mens dont elle a rempli le monde par les 
Livres de fes Cafuiites. 

Dans cet embarras vous avez été réduits à ne 
parle: clairement qu'en difant des injures-qu'en 
renouveîlant des calomnies ufées,& qu'en vous 
rangeant d'une accufation à' herefie tres-ferieu- 
fe & tres-bien prouvée par des récriminations 
impertinentes. Vous avez crû par là pouvoir 
faire prendre le change , & qu'au moins une 
part ie de la difpute feroit emploiée à des julti- 
fications perfonnelles , qi:i partageant l'atten- 
tion des Lecteurs, feroient caufe qu'ils feroient 
moins appliquez à reconnoître l'impiété de la 
doctrine enfeignée dans vôtre Société. 

Mais cet artifice elt trop groiïier pour s'y 
lai/Ter prendre. Ce feroit avoir peu de religion 
que de négliger un examen auflî important 
qu'elt celui d'un point de Morale aifé à com- 
prendre , & que l'on voit aflez qui renverferoit, 
s'il étoit reçu , les plus communes veuitez de 
nô re Foi , pour fe mettre en peine de ces vaines 
déclamations par lefquelles on eft accoutumé 
de vo s voir déchirer les plus gens de bien. 

Voilà donc , mes Révérends Pères , ce qu'on 
a dclTem de faire ici. On laiiTera ià tout ce qui, 

A 3 n'a 



€ Seconde Dénonciation 

n'a point de rapport au point dont il s'agit , 
qui eft ÏHcrefie qu'on a dénoncée à l'Eeliie. 
Et on divifera ce qui le regarde en différentes 
queltions , afin que tout le monde puifTe voir à 
quoi vous auriez dû répondre clairement & (ans 
équivoque • fi vous aviez voulu agir finceie-, 
ment & de bonne foi. 



ARTICLE I. 

I. Qneftion. Si ce qu'on a dénoncé a /'£"- 
je comme une nouvelle H ère fie dans 
la Morale , na pas été enfcigné & 
fotitenu publiquement par les Théolo- 
giens de la Compagnie de leur Collège 
de Dijon. 

E qu'on a dénoncé à l'Eglife comme une. 
J nouvelle Herefie dans la Morale, eit la pro- 
pofition iuivarçte 

Vcccatum Thilofcphicum, feu Morale, efi aBus 
ht!?nanui difconveniens natur& rationali , & 
rect& rationi. Theologicum vtrb & mort aie efi 
tranfgrejfio libéra legu divins,. Phihjbfhicum 
quantumvis grave , m illo qui Vsum vel igno- 
rât , vel de Deo acbu non cogitât , efi grave pec-, 
catum , fed non efi offenja T>ei y ncque peccatum 
mortale diffolvens amicitiam Dei , neque Aternd 
pœnâ d'tgnum. C'eft à dire : 

Le péché Phiioiophique , ou Moral , eft une 
action humaine contraire à ce qui convient à îa 
nature raifcnnable & à la droite raifon. Mais 
le péché Théorique mortel e(t une libre 
, tranfgreiîion de la loy de Dieu. Le péché Phi- 

lofo- 



d'pve nouvelle H ère fie. 7 
( : lofophique , quelque grief qu'il puiiîe être , 
écant commis par celui , ou qui n'a point de 
connoiifance de Dieu , ou qui ne penCe point 
actuellement à Dieu, peut être un péché fort 
gnef, mais n'eJt point une ofFenfe de Dieu, ni 
un péché mortel qui rompe l'amitié de l'hom- 
II me avec Dieu, ni qui mérite la peine éternelle. 

Le fait elt înconteftable • qui eft que ce:te 
proportion , bonne ou mauvaife , a été enfei- 
1 gnée & foûtenué" dans vôtre Collège de Dijon, 
î Vôtre Ecrit même en eCt une preuve convain- 
r cante. Car l'y aiant rapportée en Latin & en 
François dans les mêmes termes qu'elle eft clans 
la dénonciation 'de la nouvelle Herejie , vous 
ne vous êtes point récriez que c'elt une calom- 
, nie qu'une telle proportion ait été enfeignée 
i dans vôtre Collège de Dijon , ou qu'on l'ait 
faihHée en y changeant quelques termes, ou que 
la traduction en ait altéré le fens. Mais vous 
ne vous plaignez que de trois chofes. 

I. Qu'il efl ridicule de faire tant de bruit & 
tant de fracas four uns petite Thefe. La propo- 
rtion fe trouve donc dans cette petite Thefe \ 
on ne vous l'a point imputée faurTement. Or 
de fçavoir (î au cas que ce foit une doctrine 
dannable, ce foit une chofe ridicule à* en avoir 
fait tant de bruit & tant de fracas , parce 
qu'elle n'a été foùtenuë que dans une petite 
Thefe , c'eft ce que l'on laiile à juger à tous 
les hommes de bon fens , qui ont de la pieté 
& de l'amour pour la pureté ce la Foy. 

II. Qu'elle a été foàtenu'è aux extrémhez, de 
la France , c'eft à dire à Dijon. Elle y a donc 
été foLitenuë : ôc il importe peu où ç'ait été. 
On peut dire néanmoins que de ce que ç'a été 
à Dijon , qui eft la capitale d'une Province, Ôc 
une Ville de Parlement , cela peut un peu ag- 

A 4 graver 



£ Seconde Dénonciation 

I. A «. x. graver le crime de vôtre Théologien ; au lieu 
que d'être plus ou moins aux extrémitez de la 
fiance, n'y fait rien du tout. 

III. Quelle a été foàtenue dans la France 
avec laquelle la guerre a rompu tout commerce. 
Ce feroit une folie de s'imaginer que le com- 
merce fpirituel qui doit être entre les Eglifes de 
Jefus-Chnft répandues dans le monde , pour 
la confervation de la pureté de la Foy , puiffc 
être rompu par aucune guerre temporelle entre 
les Princes Chrétiens. Quoi qu'il en foit , nul 
commerce n'e'toit rompu lors qu'en 1 688. un 
Doéteur de Louvain infera cette Thefe entière 
dans une des Hennés pour vous en faire honte, 
oc vous porter à en condanner la doétrine im- 
pie. Mais cela me donne oecafïon de faire ici 
une réflexion importante. 

Vous vous plaignez que ces Docteurs que 
vous appeliez des lanfenifies Flamands , ont 
fpurfuivi le péché Philofopbique l'épéc aux reins , 
four ainfi dire, jufqu en Bourgogne. Vous auriez 
donc été bien imprudens & bien peu foigneux 
de ia réputation de vôtre Compagnie , fi étant 
fourfuivU Vépée aux reins fur le fujet d'une 
doérrine qui a au moins quelque chofede fort 
choquant , vous ne vous étiez pas affûtez de la 
vérité du fait en écrivant à Dijon , dont vous 
pouviez avoir réponfe en moins de n. ou i;. 
jours. On ne peut douter auffi que vous ne l'aiez 
fait , & que vous ne foiez tres-aflurez que cet- 
te Thefe y a été foûtenue. Et quand vous au- 
riez manqué de vous en alTurer en ce tems-là,ce 
qui n'efl: pas vrai-femblable,le grand bruit qu'a 
fait la nouvelle Hère fie dans le monde, vous au- 
roit porté à le faire avant que d'y répondre, fans 
qu e vous puiflïez alléguer que la guerre a rem* 
pu tout commerce avec la France , puifque cela 



d'uLe nouvelle Herefie. 9 
cft faux à l'égard fur tout du commerce des h A^ 1 ' 
Lettres , qui cft aum" libre qu'en pleine paix. 

A quoi donc peut-on attribuer qu'à une mali- 
gnité indigne de Chrétiens , ce que vous dites à- 
î'occaiion d'un mot omis dans un partage du P. 
de Reux,ce que vous prétendez être une infigne 
falfification > dequoi on parlera en un autre en- 
droit ? Cette falfification , dites-vous , pourvoit 
faire douter , fi la Thefe de Dijon nous eft donnée 
dans ce libelle feditieux avec plus d'exactitude. 
Car que ne doit-on point craindre d'un Auteur à- 
qui l 'envie &la rage ont fi fort corrompu le cœur, 
en gâiélesyeux,quilo[e falfifierun Imprimé^ &c. 

Ce que vous dites du Dénonciateur à l'égard 
du premier fait eft une calomnie outrée,comme 
on vous en convaincra en fon lieu. Mais la con- 
fequencede cette faufîeaccufation, qui eft qu'on 
a lieu de douter de la Vérité de la Thefe de Di- 
jon^ quelque chofe de plus méchant, &qui mar- 
que une confeience plus perdue. Car vous fçavez 
tres-bien que cette Thefe eft vraie & fidelle- 
ment rapportée, & vous aiant été tres-facile de 
le fçavoir avec une entière certitude , vous ne 
pourriez l'ignorer que par une ignorance afFe- 
c1:ée,qui ne vous exeuferoitpas dépêché. Mais il- 
n y a nulle apparence que vous ne vous en foiez- 
pasenquis. Vous le fçavez donc , & vous êtes 
ties-aiîurez que ni le Docteur de Louvain qui a 
Je premier produit cette Thefe aux Païs-Bas, ni 
le Dénonciateur qui l'a copiée mot à mot fur 
l'édition originale de vos Pères de Dijon , n'ont 
point produit une faulTe Thefe, ni une Thefe fal- 
fcfïée. Et cependant la palTion de décrier le Dé- 
nonciateur de la nouvelle Herefie enfeignée chez 
vous,& de rendre par ce decri fa dénonciation 
fufpecte, vo'is trouble de telle forte, que contre 
le témoignage de YÔtre propre confcience,vous 

vou- 



ïo Seconde DenonciaWon 

fc A s. t. voudriez faire Douter, û* par le mouvement de | 
l'envie & de la rage que vous lui attribuez , & 
que vous dites qui lui ont corrompu le cœur,\\ n'a 
point ufé d'infidélité en rapportant cetteThefe. 

Vous trouvez même tant de plaiiir à le faire 
foupçonner d'avoir commis une fi odieufe fri- 
ponnerie , que vous confirmez en un autre en- 
droit ce que vous aviez dit en celui-ci : Juge^ 
après cela, fi on a eu droit de vom dire que voua 
êtes convaincu de mauvaife foy & de falfifica- 
tion , & que vous ne mérite^ pas qu'on vout 
croie fur votre parole , mîme quand veus nous 
donnez, toute la Thefe de Dijon. Sot artificeipour 
faire tomber fur vôtre prochain un foupçon 
tres-injurieux. Quel befoin aviez-vous de l'en 
croire à fa parole ? Vous n'aviez qu'à confulter 
vos propres frères. Si cette 1 hefe eût été faillie 
ou falfifiée , auriez-vous manqué d'en tirer un 
defaveu depuis prés d'un an que Ton vous en 
fait publiquement des reproches ? 

Cependant comme il n'y a nulle bonne fojr 
dans vôtre procédé, &: que vous ne penfez qu'à 
tromper le monde , il n'y a perfonne qui ne- 
croie d'abord en lifant le titre de vôtre Ecrit, 
que vous prétendez y faire voir que la Dénon- 
ciation de la nouvelle Herefie enieignée dans 
vôtre Collège de Dijon , n'elt fondée que fur 
une calomnie & une fabrication. Car quelle au- 
tre idée peuvent donner ces paroles ; Le Dénon- 
ciateur de nouvelles Herefes fil falloit dhc,d'u?ig 
nouvelle Her fîe) convaincu de calomnie & de 
falfifi cation > Le titre d'une Répor.fe à laDénon- 
ciation d'une nouvelle Herefie doit regarder la 
Dénonciatù n de cette nouvelle Herefie. Lors 
donc que dans vôtre titre vous reprefe->rez ce 
Dénonciateur convaincu de calomnie & defalfifi- 
cation, ne donnez-vous pas lieu de crohe que 

vous 



d'une nouvelle Herejîe. iî 
rous avez dequoi montrer qu'il n'a aceufé vos i. Ak%* 
Pères de Dijon d'une nouvelle Herefie, qu'en les 
talomninat,& en falfifiant leur Thefe ? ce qui eft 
inlinuer la plus grande faufleté du monde. Car 
d'une parc, ce que vous appeliez une calomnie &> 
une falfîficœtion n'en eft point une , comme on 
vous le fera voir $ & de l'autre, ne fait rien du 
itout à la Dénonciation de la nouvelle Herefie. 

Je penfois finir là le 1. Article. Mais cet Ecrie 
étant achevé, & preft à donner à l'Imprimeur, 
-j'ay recouvré plufieursThefes foûîenue's par vos 
Pères dans les Pais-Bas , dont je croy devoir 
parler. On y eafeigne la même doctrine qu'à 
Dijon , mais avec cette différence , que vôtre 
Profeiîeur de Dijon parle plus abfolurnent , &c 
marque plus nettement toutes les confeqoences 
que cette doctrine enferme : ce qui fait que ce 
qu'elle a de contraire aux veritez connues de 
la Foy y paroît davantage ; mais dans le fond 
c'eft la même choie. 

La plus ancienne de ces Thefes eft de vôtre 
fameux P. Eftrix , qui ne fe fert pas du mot de 
Péché Philo fophiojue , mais qui le marque d'une 
autre manière. Elle eft de Tan 166$. le 13. Juil- 
let à Louvain. Il y établit le principe de cette 
doctrine en ces termes : Nullum éfipeccatum 
formule , nifi confeientia hîc & nunc judicet de 
metlitiâ. Il n'y a nul péché formel, fi la confeien- <e 
ce de celui qui fait une mauvaife action ne ju- ce 
ge précifément alors qu'elle eft mauvaife. Et ce 
en un autre endroit, après avoir dit en quoi la 
malice du péché ne confifte pas , voici ce qu'il 
dit du Péché Philofophique fans lui donner ce 
nom : Peccxtum committi potefl ab eo quiVeum 
ignorât invincibiliter • & fie non efl formait* of- 
fen fa Dei , nec meretur pœnam ignti Aîemam : 
Celui qui eft dans une ignorance invincible de c « 

Dieu 



ri Seconde Dénonciation 

I. A k r. Dieu, peut pécher ; & alors un tel péché n'eft 
35 point une formelle ofFenfe de Dieu , & ne meri- 
30 te point la peine éternelle du feu. 

La 2. eft du P. Antoine de Bours;oe;ne de l'an 
1670. C'elt la première de celles qui me font 
tombées entre les mains, où je trouve le nom 
de Pcché Philofophique. Aufli eft-il remarqua- 
ble , qu'il ne parle encore qu'en doutant. l : ec- 
catum aliud dicitùr Philojophicum , a'ttud Theo- 
logicum. Hoc efi formalis offenfa Det , ex eoque > 
capite fyecialem habet malitiam : tllud ne qui- ' 
dem efi peccanti femper imputabtle , ut fattum 
contra Deum , ejufque legem, adeoque non appa- 
ret un de femper mereatur pœnetm [en sus Atcrnam. j 
33 Le péché fe divife en Philofophique & Théo-; 
33 logique. Le Theologique eft une formelle of- 
33 fenfe de Dieu , & par là il a une malice particu- 
33 liere. Le Philofophique n'eft pas toujours im- 
33 puté au pécheur comme étant commis contre I 
33 Dieu & contre faLoy • & on ne voit pas ce qui 
03 lui feroit toujours mériter une peine fenfible 
** -éternelle. 

La î. eft du P. Ignace Tonghe de Pan 1 671. au ' 
mois de Juillet ; C'eft la 1. de ces Thefes qu'on 
a recouvré où le Péché Philofophique foit op- 
pofé au Theologique. Peccatum Thilofopbi- 
cum , non meretur &ternam pœnetm fenfâs , uti 
nec originale , quam tamen pœnetm peccatum 
acluale mortale Theologicum mereri maniffium 
efi •• non aliâ de causa illam meretur \quàm quoi 
fit mahti& infnitA. Malitiam infnitam ex eo 
habet quod fit gravis formalis ojfenfio perfonA di- 
»j gnitatis infinit& cognit& qua talis. Le péché 
33 Philosophique ne mérite pas une peine eter- 
35 nelle fenfible , telle que la mer te certaine- 
3 3 ment le péché mortel actuel Theologique. 
3ï E* de ce qu'il la mérite , c eft qu'il a une malire 

in- 



d'une nouvelle JH 'ère fie. ï$ 
finie : parce que c'elt une gnéve ofFenfe for- !• A rt<. 
rnelle d'une perfonne d'une dignité infinie con- « 
nue pour telle. cc 

La 4. fut foûtenuë à Anvers au mois de Juil- 
let 1&75. On y dit au nombre il. dans les mê- 
mes termes ce que l'on a vû dans la 1. Thefc. 
Fwcatum aliud eft Phiiofopbicum , -aliud Théo- 
logicum. Hoc eft formait s offenfa Vei, &c. lllud 
nequidem , &c. A ieoque non apparet unie ?ne- 
reatnr pœnam fensàs Aternam, On y apporte 
auffi la même raifon que dans la j. Thefe, de ce 
que le péché mortel Theologique mérite une 
' peine éternelle. Putamus illud mereri pœnas 
Attrnas, ex eo qubd fitmalit'iA infinit a^ quAex eo 
peùpoffe videtur , qubd fit gravis offenfa formalis 
per/onA dignitatis infinitA cognitA quatalis* 

La 5. eft du P. Polenter de l'an i63o. au mois 
de Juillet. N. 13. B.eprobos Aterni propriè ditti 
ignis pœnâ puniendos , vent as eft Catholica : 
lllam vero pœnam peccatum Phiiofopbicum pro- 
-habiliter non meretur. 

La 6. de l'an 1680. La 7. de 1681. La 8. de 
i6Sl. au mois de Juillet. La 9. de la même an- 
îiéeau mois de Novembre. Et laio. del'an 1*83. 
& elles font toutes du P. de Vos. Il s'explique 
plus au long en celle du mois de Juillet i68x. 
On appelle Péché Philosophique celui qui fe cc 
commet contre la Loy naturelle connue. Mais cc 
quand celui qui le commet eft: dans une igno- cc 
rance invincible de Dieu & de fa Loy , ce n'eifc cç 
point une ofFenfe formelle de Dieu , & il ne me- cc 
rite point de peine fenfîble éternelle. Pecca- tc 
tum Phiiofopbicum , ut vocant , feu quod contrat 
legem naturA cognitam committitur , at cum Dei 
ejafque legis ignorantiâ invincibili fnequaquam 
offenfa Dei formalis eft, neque meretur pœnam 
fensàs Aternam, Mais il dit la mêmechofe dans 

les 



14- Seconde Dénonciation 

I. Axt. les autres enmoins de mots : Peccatum Philo fi 
phicum neque e/i formait s offenfi Dei , ne que pou 
nas fensâs meretur aternas, 

Vil. elt du P. de Reux de Tan i<8y. du io 
Juillet, qui auN. ii. n'a prefque auflï que copi< 
Je P. de Vos. Peccatum Philofophicum , i;*?- 
c/?»/- , #0» eft formalis ojfenfaVzi : w^w* 
meretur pœnas fensus aternas. 

La ii. du P. Hellmx de L'an 1686. 2 y. Juin. 
N- 12.. ne fait que varier un peu la phrafe : Pec- 
catum , utvocant, Philofophicum, non eft forma- 
lis ojfenfi Dci, neque adeb pozn& fensus nunquam 
finiend& reum ftatuit deknquentem. 

La 13. elt une autre du P. de Reux de la mê- 
me année \6%6. 13. Juillet, où il s'explique un 
peu davantage au N. 11. La Foy nom enfetgne 
que la peine du péché mortel fera éternelle. Mais 
doit vient qu'il mérite cette éternité de peineîOn 
ri a pas tort d' en donner pour raifon la malice en 
quelque forte infinie de ce péché , en ce que ceft 
une ojfcnfe de Dieu. Mais U Péché Philojophique, 
comme on l'appelle dans l 'Ecole, n 'étant point une 
formelle offenfe de Dieu,plufieurs l'exemptent des 
peines éternelles, Et ce ri eft pas fans raifon, s'il 
eji permis aux Théologiens Scolafiiques de fe for- 
mer des fentimen s fur leurs spéculations-. Pocnam 
peccati mortalis Aternam futuram docet fides.At 
unde hane meretur ? Non incongrue offe?iJ& Dei 
malitiam quedammodo infinit am utcaufam ajjî- 
gnaveris. Peccatum Philofophicum,, utSchola ap- 
pellat , chm non fit formalis offenfa Dei , pœnis 
fempiternis multi eximunt : Nec immerito , fi 
$J>eculari Uceat Theologis Scholaftïcis. Cette fin 
eft bien remarquable. Car c'elt faire entendre 
affez clairement , qu'on ne trouve rien ni dans 
l'Ecriture ,ui dans les Pères, ni dans S. Thomas, 
ni dans d'autres anciens Docteurs de l'Eco 1 e 

de- 



d'une nouvelle Herefie. if 
pelequoi donner quelque couleur à cet horrible i. A il T# 
t, paradoxe : Que les fornications, les adultères, 
les parricides des Athées ne font point de for- 
melles orTenfes de Dieu , & ne mentent point 
îde peines écemelles : mais que cela n'eft fondé 
que fur les nouvelles fpcculations des Scolaiti- 
ques de ce tems-ci. 

La 14. Thefe elt du P. de Bruyn, 1687. tr. 
Juillet. N. iç. Le Péché Philofophique , com- <e 
. me les Scolaftiques l'appellent ordinairement, ce 
eft celui qui fe commet contre la droite raifon ce 
par celui qui ignore invinciblement qu'il y a ce 
un Dieu. Gn ne nie pas que Dieu n'en foit of~ ce 
fenfé ( & s'il y en a qui le nient ce n'eft pas ce 
nous j mais on nie , comme font prefque tous ce 
les Théologiens , qu'il foit ofFenfé formelle- t« 
ment par ce péché, c'eft à dire comme Dieu & ce 
comme le bien infini connu pour tel : Et c'eft ce 
ce que nous ne^ croions pas feulement fe pou- ce 
voir dire avec raifon , mais ce qui nous paroît ce 
manifefte. C'eft pourquoi comme les Theolo- ce 
giens enfeignent que le péché morrel Theolo- ce 
gique ne mérite des peines fenfibles éternelles ce 
que parce que c'eft une formelle ofTenfe de « 
Dieu , entant qu'il eit connu comme le bien ce 
fouverain & infini , il y en a auflî plufieursqui ce 
nient que le Péché Philofophique mérite des ce 
peines fenfïbles éternelles , parce que ce péché ce 
n'elt pas une formelle offenfe de Dieu connu ce 
comme le bien fouverain & infini. Cela n'eft- ce 
il pas bien conclu ? Il nous le paroît ainfî. ce 
Mais nous en lanfons le jugement aux gens ce 
craignans Dieu. Cum Theologi fiatuant pec- ce 
catttm mortale Theologicum pœnas fensâs &tcr- 
nas mereri , quia e fi gravis & formxlis offenfa 
T>et fub ratione fummi & infiniti boni agniti, 
pajfîw etiam negmt peccatnm fbilofophicum 

Mer» 



1 \6 Seconde Dénonciation 
!• A r. Aternas pocnas ftnsus mereri , cum illud non fit 
formalis ojfenfa Det fub ratione fummi & ir/fi* 
niti boni agntti. An non rtcle ? Nobis qiiidtm 
ita apparet. Sed apud timoratos judicium efto, 

Ce Jefuite raifonne fort bien félon les prin- 
cipes communs de vos Ecoles. D'où peut donc 
venir la défiance qu'il témoigne de la conclu- 
-fîon qu'il en a tirée , que d'un certain fenti- 
ment que la Foy infpire , qui lui a fait prévoir, 
,que ceux qu'il appelle timoratos , c'elt à dire 
toutes les perfonnes de pieté auront de la peine 
à foufFrir qu'on leur vienne dire , que les plus 
-grandes abominations ne font point de formelles 
ojfenfes de Dieu, quand ceux qui les commettent 
ne le connoiflent peint comme le bien fouve- 
rain & infini ; & que n'étant point de formelles 
ofFenfes de Dieu , elles ne feront point punies 
•par le feu -éternel de l'Enfer , qu'ils ont appris 
dés leur enfance être la punition inévitable de 
tous ceux qui fbrtiroient de ce monde étant 
coupables de ces crimes ? 

La iy. du même P. de Bruyn de l'année fui- 
vante 1688. où on avoit commence à faire du 
bruit de la Thefe de Dijon : ce qui le porta à 
foûtenir davantage cette nouvelle doéhïre, & à 
ne la plus renvoier, comme il avoit fait l'année 
d'auparavant , au jugement des perfonnes timo- 
rées. Car après avoir répété ce qu'il avoit dit 
dans l'autre Thefe , voici ce qu'il ajoute dans 
■ M celle-ci. Nous ne voions pas qu'on puille tirer 
• N 3i de là aucunes fuites fàcheufes. Nous n'en tirons 
33 qu'une, qui eit que te Péché Philofophique ne 
3 , mérite point de peines fenfibles éternelles : ce 
M que nous prouvons par cet argument. Ce qui 
„ fait précisément que l'on encourt ces peines, 
„ eit qu'on offenfe grièvement & formelle- 
3 , ment Dieu, connu comme le bien fouverain 

& 



de U nouvelle Herefie. 17 
Zl infini. Or le Péché Philofophique n'eft point I. A *. t, 
commis avec cette connoiflànce. Il ne mérite cc 
donc point de peines fenfibles éternelles : ou, cc 
ce qui eft: la même cLofe , celui qui ne pèche cc 
que Philosophiquement n'encourt point ces cc 
ipeines. Ce rationnement nous paroît jufte. Et tc 
pourquoi tout le monde n'en jugera-t-il pas cc 
de même ? C£ Qua hinc tnvidiofa deduci poffint 
Icorallana non videmttf. Vnum nos tantùm in~ 
ferimus ipeccatum hoc non mereri pœnas fer: fus 
'Aternas , hoc nixi argumente Idéo précise quis 
iîl'as incurr.it quia graviter formaliter offendit 
"Deum fub ratione fummi & infiniti boni cogni- 
tum. Thilofophicum autern cum illâ cognittone 
non committitur. Jgitur pœnaf Mas fenjûs <zter- 
\nas non meretur , aut illas Philofophicè peccans 
non incurrit. Nobls certe ea recte dici pojfe vi~ 
dentur : Et cur non omnibus ? On fera voir dans 
la fuite que ce rationnement eit un pur Sophif- 
me : & qu'il prouve trop, ou ne prouve rien 
du tout. ' •* 

Que direz-vous à cela , mes Révérends Pè- 
res ? Vous ne pourrez pas dire , ce que voui 
dites de la Thefe de Dijon ; Que c'eft une peti- 
te The Ce ; c'en font plufieurs , & toutes fort 
grant es & foûtenuës par vos plus célèbres Prc- 
fedeurs . Vous n'alléguerez pas ce que vous 
alléguez fottement fur l'autre Thefe , queWt 
a èfté fou tenue aux extrémités de la "France* 
Ceiles-cy l'ont elle non feulement à Anvers, 
la plus farneufe Ville des Païs-Bas Efpagnols , 
& où vôtre Société eft la mieux établie ., mais 
à Louvain même , où vous appeliez tout ce que 
vous avez de meilleurs Théologiens dans la 
Province. Il feroit encore plus ridicule de vous 
exeufer de prendre part à ce qui s'ett enfei- 
gné à Anvers & à Louvain fur la rupture du 

B com- 



îS Seconde Dénonciation 

A*t. commerce par la guerre , comme vous l'avez 

dit de Dijon. 

Ainfi , mes Pères , le reproche le plus raifon- 
hablc que l'on puifîe faire au Dénonciateur, eft 
que n'étant pas aflcz inftruit de ce qui s'enl'ei- 
gnedans vos Collèges, il a dénonce àl'Eghfe 
comme une nouvelle Hcrefîc, ce qui n'étoit pas 
fi nouveau qu'il fe l'étoit imaginé - } Se comme 
particulier à un de vos Profcflcurs , ce que ces 
The les nous apprennent être déjà fort répan- 
du parmi vos Théologiens , puifqu'ils la pro- 
pofent tous comme une choie fort commune , 
6c qui s'en feigne ordinairement dans vos Eco- 
les : Passim ab omnibus negàtùt '\ dit Puni 
fer feccatum Philojbphicum Deum formalité? 
offendi. Peccatum ittud , dit un autre, femftter- 
nU pocnïs multï eximunt : nec immentl. 



ARTICLE II. 

II. Qucftion. Si ce on a dénoncé À 
ï Egltfe comme une nouvelle H ère fit , 
en ejl effectivement une. 

77 X fafto nafeiturjus , comme difent les Ju- 
riC: on fuites. Ayant donc établi le fait il 
naît de là une £. Quellion : Si cette doctrine 
du péché PhilofopHïquc qui a efté certaine- 
ment enfeignée dans vôtre Collège de Dijon , 
eft bonrue ou mauvaife, foùtenrble eu infoû- 
teaable innocente ou criminelle. Vous n'i- 
gnorez pas le jugement que le public en a por- 
te'. Et c'eftlc fujet de vôtre colère, de ce que 
les fentimens n'ont point efté partagez, & que 
hors les Jefuites } il n'y a perfonne qui n'en air 

cou eu 



d'une nouvelle Hercfie. 7? 

onçu de l'horreur fur la fïmple expofaion 1 1. A*t. 
qu'on c\ a faites en ces termes. « 11 n'eit pas jkfau 
bcfom de commentaire pour juger que cela « 
veut dire : qu'il s'elt toujours commis, & qu'il 
fc commettra jufques à la lin du monde une « 
infinité :1c crimes contre la pureté 3 contre « 
Ujiumanicé , contre la jultice & autres vertus , « 
fornications , adultères , péchez contre nature, « 

raffinais , vangeances cruelles , empoifonne- c <= 
mens, faux témo gnages , calomnies noires , « 

arcins, brigandages , qui n'ont eite & ne fe- « 
ront que des Péchez Philofophiques , qui rie <c 
font point offenfes de Dieu, & ne méritent « 
point la peine éternelle , parce que ceux qui « ' 
en font coupables , ou ne connoiiîoient point « 
Dieu, vel Dcum ignorabant • ou ne penfoient « 
point actuellement à Dieu en commettant ces ■ = 
péchez. Vel de Dco aevu non cogitahant. » 

Vous n'oferiez nier que ce ne foit une fidè- 
le expofition de la doctrine de vôtre Thefe 
qu'on a dénoncée à l'Eglife. Car il elt in con- 
te* table que ces différentes fortes de péchez 
qu'on n'a fait envifager que pour faire mieux 
comprendre ce que c'elt que cet:e doctrine, 
font compris d?.ns ces paroles : Bcccatum Vhi- 
lofophicxm qnantumvis grave , le pèche' 
Pbilofopbique quelque grief qu il fuijfe être. 

On peut voir cette même doctrine propoféc 
dans des exemples qui la mettent en un plus 
grand jour & en font mieux comprendre \ im- 
piété dans les Articles 4. & <;. de la Nouvelle 
Herrfie y & principalement la fin du 4. 

Nefuïcz donc point, mes Révérends Pères, 
ne chicanez point. Dites-nous fincerement ce 
que vous jugez de cette doctrine telle qu'elle 
efi; dans vôtre Thefe fans y lien changer , ni 
rien ajouter , ni en rien ôter. 

B % On, • 



±0 Seconde Dénonciation 

L Art. On ne vous demande pas fimplement fi vous 
la croyez vraye ou faufl'e ; mais fi vous avouez 
qu'elle eft déteftablc , & manifeftement con- 
traire aux plus communes veniez de nôtre foy 
qu'on enfeigne aux enfans mêmes , touchant 
l'enfer & le Paradis , & les péchez qui méri- 
tent l'enfer & excluent du Paradis : ou fi vous 
prétendes que quoi qu'elle puifie erre faufie , 
elle n'a rien de méchant & d'impie qui la doive 
faire condanner comme uneNouvelle Herefîe. 
C'eft ce que vous pourriez bien penfer , mais 
on ne croit pas que vous foyez allez hardis pour 
le dire publiquement. 

On vient d'apprendre d'un homme d'hon- 
neur , qui reçoit afTez fouvent des nouvelles de 
Rome, que la Dénonciation y a efté vue" , & 
qu'une perfonne de confïderation en a fait ce 
jugement : Que cette Nouvelle Herefe eft 
toute oppofée à celle de Molir.os : parce que 
ceîuy-cy vouloir qu'à force de ne penfer qu'à 
Dieu feul , on ne péchât plus en faifant les plus 
méchantes actions : & que les Tefuitesau con- 
traire vouloient que les plus grands crimes ne 
fu fient pas des péchez dignes de l'enfer , pour- 
veu qu'on les commît en ne penfant point à 
Dieu. 

On a donc droit de fuppofer que le Dénoncia- 
teur a très-bien prouvé que la doctrine du Pcché 
Philofophique enfeignée dans vôtre Collège de 
D.jon n'eft pas une fimp'e faufeté , mais une 
très pernicieufe & tres-dannable herefie. 

Remarque? que ie me reftreins à la Thefe de 
Dijon, p?rce que c'eft la feule que i*ay dénon- 
cée : Et que l'erreur y eft propofée fi nerteir.enr, 
quon n'y pe t appliquer aucune des chicane- 
ries dont vous pourriez tâcher de rendre la do- 
ctrine des autres moins odieufe. 



de U nouvelle Herefe. 24 



ARTICLE EH. 

'III. Qn;ftion. Si on na pas rendu urt 
fervice conjiderable à ÏEglife en de~ 
nonçant cette nouvelle Herefie. 

SUppofé la vcrité du fait & du droit j c'eft 
a dire , qu'une telle doctrine ait efté publi- 
quement foûtenuë dans un Collège de ^Com- 
pagnie , & que c'eft une erreur dannable : on 
demande , fi ce: n'elt pas avoir rendu fervice a 
Jl'Eglife que de lui en avoir donné avis par une 
Dénonciation publique , le mal étant public, 
iafîn qu'on en arrêtât le cours. 

Plût à Dieu qu'on en eût ufé ainfi toutes les 
[ fois que vos Théologiens & vos Cafuiftes ont 
produit dans le monde leurs nouveautez Se les 
! méchantes maximes par lefquelles ils ont cor- 
rompu la Morale Chrétienne. Elles n'auroient 
pas jetté de fi profondes racines dans vôtre 
Société j l'Eglife n'auroit pas autan: de fujet 
qu'elle on a de gémir de la corruption des 
mœurs de fes enfans. Il eft du devoir de ceux 
qui aiment TEpoufe de Tefus-Chrift d'arrêter 
les progrez de cette corruption , en s'oppofrmt 
au cours de ces maximes pernicieufesqui pour- 
voient eau fer une dépravation générale ces peu- 
ples , fi on laifloit enfeisner impunément dans 
les Ecoles des erreurs d'une fi dan: ereufe con- 
séquence. C eft un intérêt public & gênerai. 
Vous avez entre vos mains une grande partie 
de la : euneire de l'Europe, & fi elle venoit à 
fe remplir des principes détefbb'es de cette 
Thefe, on verroit bien-tôt le libertinage inon- 



il Seconde Dénonciation 

fil. Art. der l'Eglife. Car la crainte de l'enfer eftune di- 
gue qui retient le plus grand nombre des hom- 
mes dans leur devoir, & fi cette digue étoit 
une fois levée par la doétrine de vôtre Profef- 
fcu , on verrou bien-tôt toutes fortes de cri- 
mes fe déborder avec plus de licence que jamais 
dans tous les Royaumes & dans toutes les Ré- 
publiques Chrétiennes. 

Comment donc pourroit-on trouver mau- 
vais que ceux qui fçavent combien vous avez 
tiré d'avantage de la tolérance de vos nou- 
veautez, & que vous prenez droit pour les au-» 
tonfer du îïience qu'ony a gardé, ayent élevé 
leur voix pour avertir rtgtitc de celles qui de- . 
puis plus de deux ans commençoient à fe ré- 
pandre dans vos Ecoles ? 

Cela elt fi clair , qu'il n'y a perfonne qui- 
n'en convienne , à moins que l'on n'eût le ju- 
gement troublé par quelque violente pafiion. 
Mais c'elt ce qui vous eit arrivé, mes Révé- 
rends Pères. L'amour de la gloire de vôtre So- 
ciété , qui e!t vôtre idole, s'eft trouvé vi- 
vement picqué de ce qu'on a eu la hardieife 
de dénoncer publiquement à l'Eglife une 
nouvelle H.refîe , comme ayant été foûtenue-' 
dans un de vos plus célèbres Collèges. 
Cette furpnfe a produit en vous une ar- 
dente pafiîon de vous vanger de ce que vous 
a 'ez pris pour un cruel affront îz\c aune Com- 
pagnie auffi digne de refpedt que vous vous 
irrrag;inez qu'elt la vôtre. Et cette pilfion vous 
a tellement troublez , que vous n'avez plus 
penfé qu'à la fatisfaire. Car vous n'avez plus 
été en état de confic'erer que la doctrine dont 
on fe plaint a été véritablement foûtenue dans 
un de vos Collèges , qu'on a eu très- grand 
fiijet de la regarder comme fort méchante , & 

qu'on 



d'une nouvelle Hcrefie.- 1$ 
l'a pu mieux faire cjue d'en avertir l'Eglife • 
jarce que fi on l'y laifloit prendre cours , elle 
jourroit caufer d'étranges ravages dans les 
œurs des Chrétiens. Voilà furquoi vous de- 
nez examiner cette Dénonciation j Se fi vous- 
aviez fait, vous n'auriez pd que la loiier. 
Mais il paroîr par vôtre Ecrit qu'il a été fait 
,dans la première chaleur d'une émotion de co- 
ilere, qui ne vous a lailfé envifager que l'humi- 
liation qui en pourroit revenir à vôtre Société, 
ce qui a tcû ours accoutumé de vous mettre 
ors de vous-mêmes. 
C'elt ce qui vous fait dire tant d'imperti- 
nences qui ne peuvent fervir qu'à vous faire 
méprifer, & â faire voir que ce n'eft pas la 
•raifon , mais le dépit qui vous fait écrire, le 
•enfois en rapporter ici quelques-unes : mais 
'aime mieux qu'on les life dans vôtre pièce 
même. Car il eft bon que l'on vous connoifle, 
& vous vous y êtes peints vous-mêmes fort au 
naturel. 

Cependant ca!mez-voas un peu. Il s'agit de 
rcàvoir , fi au cas que la doétrine fcûrenuë à 
Dijon foi t une erreur dannable , on a bien fait 
de la dénoncer à l'I glife.Or vous avoiiez qu'el- 
.le a été foû enuë chez vous , Se vous biaifez 
fur la qualification de cette doétrine. Mais 
hors vous, mes Pères, tous ceux généralement 
qui ont lu ce qui en a été écrit -, la trouvent 
abomin?.b'e & en ont horreur. On a donc droit 
de conclure que le Dénonciateur a rendu un 
grand fervice à l'Eglife , & qu'il n'a point dû 
en être empêché par la confédération de vôtre 
Socieré , qui s'en pourroit offenfer. 

Car prétendez-vous avrj r droit de faire re- 
garder comme des chofes facrées aufque'les il 
ne foit pas permis de toucher , toutes les 

mon- 



i 4 Seconde Dénonciation 

£11. Art. monftrueufes opinions qu'il plaira à vos Pro- 
fe/Teurs d'enfanter dans vos Ecoles ? Fréten- 
dez-vous qu'en \ertu de ce droit il vous foit 
permis de traiter de Libelles feditieux & diffa- 
matoires tout ce qu'un zele de Religion pour- 
roi: faire écrire pour défendre la pureté de la 
Foy & de la Morale Chrétienne contre ces 
imaginations impies ? Il faut bien que vous le 
prétendiez, puifque vous le faites. 1J y a long-.' 
tems que vous tâchez de vous mettre en poi- 
feiïîon de ce droit exorbitant. Vous l'avez 
exercé contre les plus faints Evêques. Il ne 
jufiiftca- faut qu'écouter ce que dit M. de Palafox dans 
tioiijikç. une Epîrre Dedicatoire au Roy d'Efpagr.e , en 
fe plaignant de la manière dont il avoit été 
traité pour avoir défendu fa jurifdiction Eccle- 
3 , fiaitique contre vôtre Compagnie. A quoi fer- 
3} vent , dit ce Prélat, toutes les injures dont font 
w remplis ces Libelles diffamatoires , que l'on ré- 
3:) panel contre en Evêque pour le ruiner de î epu- 
„ tation dans toutes les Nations ? Je fçay bien, 
M Sire , qu'un Prélat qui oe plie pas fous une il 
33 grande puiilance n'elt pas bon politique. Il eft 
33 certain qu'à moins de fe foûmettre à ces Reli- 
3:) gieux, qui ont un fi terrible crédit dans lemon- 
33 de , il doit s'attendre en toute occafion à une 
a, refi^anec ouverte , & que chaque démarche 
33 qu'il fera pour combattre 'eursfaunes prétenj < 
a, tiens lui c irera un foûpir. . .. Mais elt-il à ; 
33 propos j Sire , qu'il y ait dans l'Eglife une pu if. 

fance qui intimide fi fort ? Car qui eft-ce oui 
33 ofera défendre les loix Ecclefiaftiques , s'il lui 
33 en doit ce ûter l'honneur ? Il n'e(t pas aifé de 
33 s'engager dans une guerre où il y a tant à rif- 
quer. C'eft une guerre bien cruelle , où le Sol- 
3, dat perd d'abord fa gloire, qu'il n'acquiert or- " 
aj dinairement que par beaucoup de travaux. 

Quoi, 



d'une nouvelle Herejte. 25 
tQuoi, un fimpleexpoic attirera à un Evêque des III- Art. 
' Satyres infâmes ? Quoy , une defenfe modelte « 
raturera les derniers outrages ? Quoi , on ne « 
{' pourra défendre la dignité Epifcopale fans être ce 
laccablé d'infultes 6c d'outrages ? « 
I Ne peut-on pas dire de même en cette ren- 
contre ? Quoi j on ne fourra défendre les plus 
communes vérité^ de la Foy contre Vimpietê 
t d'une nouvelle Here/te, fans être accablé d'in- 
jures ? Mais quoique l'on fe (oit bien attendu 
j à ces outrageufes déclamations, on n'e s'en cit 
1 pas crû moins obligé de rendre à l'Eglife un 
fervice fi important. Et bien loin qu'on ait été 
tenté de prendre pour une bonne raifon, de ne 
point dénoncer à l'Eglife une fi méchante do- 
ctrine , de ce qu'une 11 puiflante Société s'y 
itrouvoit intereflée , ç'^ e(té pour cela même 
qu'on a jugé plus neceîiaire de la dénoncer , 
1 parce que le daiTger qu'on a voulu prévenir en 
: écoit plus grand. 

On fçait le panchant que vôtre Ccmpagnic 
ij'a depuis long-tems aux opinions relâchées. 
Vos Généraux s'en font apperçûs, & vous en 
ont avertis j mais ç'a été inutilement. II y a 
plus de 70. ans queMutius Vitellefchi donna 
cet avis aux Supérieurs dé vôtre Ordre. Il eft 
,bien à craindre que les opinions trop libres de « 
quelques-uns des nôtres , principalement en ce cc 
qui regarde les mœurs , ne perdent pas feule- cc 
ment la Société^ mais ne causent aussi.de 

TRES- GRANDS MAUX A l'EgLISE DE DlEU. <* 

Que les Supérieurs travaillent donc de tout leur cc 
t pouvoir à empêcher que ceux qui enfeignent cc 
ou qui écrivent n'ufent de ces règles Se de ces « 
manières dans le choix des opinions : On le «= 
peut enfeigner : Cela eft probable : Il y a des ce 
Auteurs cju le foâîiennent. Mais qu'ils s'atta- « 

C ckenc 



l6 Seconde Dénonciation 

JH. Art. c hcnt aux opinions les plus lures , qui font 
3> enfeignées communémenr parles Docteurs les 
53 plus graves , & de plus grande réputation , & 
35 qui foient les plus piopres à entreicnir la 
™ frété. 

Ce que ce General avoir prédit, ce qu'il avoit 
appréhendé qi<i ne perdit 'vôtre Compagnie , & 
me c.iusat de trcs-grxnds maux à ÏEclife , pou- 
vez-vous nier qu'il ne foit arrivé , foit que les 
Supérieurs n'aient pas allez travaillé pour rem- 
pêcher , foit que le mal rïir déjà fans remède î 
Il croit au moins bien répandu du vivant du P. 
Jean Oliva autre Gêner: 1 .! de vôtre Société -, car 
voici l'idée ertrohb'e qu'il en donne dar.s un 
^ e l'es Sermons. A reine , dit-il , fuis-je emré 
l\rt. i. 9 dans une maifon d'Ecclclialtiqms, eue Ton ne' 
j 3 me dife dabord • Qje ^ous fembîe-r-il de ect- 
3> te peîte li dangereufe &: li univerfelle ? Et krs 
35 que je demande quelle efc ceae conragion fi 
aboirinr.b'e dent ib parlent, Nous parlons, 
3 , répondent-ils, de cette confulion ettréme eau- 
a, fée psrmi les Catho'iqucs par la mu titude 
33 d'opinions que l'on appelle probable^ qui juftil 
33 tient en ce rems-ci les ufures ce Znchce , 
33 l'ambition de Simon , la violence d'Efaiï , les 
33 murmures des Difci^les, les comullions d' An- 
» tiochus , les injulticcs des Scribes ; & ii nous 
33 exceptons l'impudicré d'Herodes , & le cn- 
33 me d'Amnon , que ces opinions n'oient au- 
33 ton'er li ouvertement , -elfes anear.tilîenc 
33 tout ce que Dieu a écrit dans les Tables de 
33 Moiïe , 5c. tout ce que l'Eglifc commande >:ux 
,3 Fidclles. 

Il v a bien de l'apparence que la maifon du 
Cardinal Bona auroir été une de celles donc 
parle vôtre Pere Jean Oliva , & que trop tou- 
ché de ce ic ordre pour fe contenter d'en gémir 



d'une nouvelle H ère fie. 17 
-3c de s'en plaindre dans le fecret de fa mailbn, IIL Aa.x. 
il a voulu que le public flic témoin de Ta dou- 
leur. C'clt dans les Principes de la vie Chré- 
tienne qu'il parle en cette manière des Auteurs 
de ces opinions. Pour favori fer , dit-il » cette ce 
pernicieufe liberté , ils donnent atteinte par ce 
tant de limitations & d'interprétations dange- ce 
reufes aux Comm indemens de Dieu & de l'E- cc 
glife , qu'à peine leur laillent-ils aucun lieu : ce 
De forte que les hommes ne vivent pas comme ce 
ils doivent , mais comme ils veulent • parce que « 
les opinions touchant les actions humaines fe ce 
font tellement multipliées que prcfque tout ce ce 
que l'on defïrc cft permis. cc 

Oferiez-vous nier que vos Auteurs tââtei&c 
contribué plus que perfonne du monde a in- 

! troduire parmi les Catholiques cette liberté 
pernicieufe dont il eft parlé dans ces deux 

I partages ? C'en eft une preuve , de te cjue le 
Trobabilifme , fource tres-affurée de ces mé- 
chantes fuites qui font gfemir tous les gens 
de bien , n'a point trouvé ailleurs de défen> 
fc irs plus zelez. Le grand nombre de mé- 
chantes opinions que les Curez de France ont 
recueillies des Livres de vos Cafuiftes , pour 
les expofer à la cenfure des Evcqucs, en eft une 
eniere conviction : & toute la pofterité en 
fera perfu id.'e par la feule lecture des Lettrés 
Trovinciâles. 

On ne peut douter âum" que ce qui eft dit dans 
le Décret d'Alexandre VIL de l'an iéé$. ne re- 
garde vos Auteurs plus qu'aucuns des autres 
Cafuiftes modernes. Nôtre S. Pere le Pape a cc 

I appris avec beaucoup de douleur, qu'on renou- C e 
velloit ou qu'on inventoit de nouveau beau- cc 
coup d'opinions qui alloient au relâchement ce 
de la pieté Chrétienne 3 Si à la perte des ames- ce 

1 c i & 



23 Seconde Dénonciation 

,Ab.t. & qu'on voioit chaque jour croître de plus sa 
m plus la licence que fe donnoient en cela des 
35 efprits hardis : d'cù il arrivoit qu'à l'égard 
55 des choies qui regardent la confcience on în- 
55 troduifoit Insensieliment dans l'Eglife une 
55 manière de fe former des opinions tout à fait 

éloignées de la (implicite Chrétienne ; & de 
j, la Doctrine des Saints Pères , &: qui eft fi dan- 

gercufe , que fi les Fidelles la fuivoient dans 
>> la pratique , on ne pourroit s'attendre que 
,j d'en voir naître une grande corruption dans les 
» mœurs. 

N'ed-ce donc pas fuivre l'efprit de ce Pape, 
que d'empêcher autant que l'on peut , qu'on 
n'introdufe dans l'Eglife ce deteftable para- 
doxe du plus hardi de vos Profefleurs , que .'es 
péchez des Athées , non plus que ceux de tant 
de brutaux & de fcelerats qui penfent afluré- 
ment à toute autre chofe qu'à Dieu , quand ils 
n'ont l'efprit occupé qu'à latisfaire leurs par- 
iions , ne méritent point la damnation éternel- 
le J Car y a-t-il rien d'où il pût naître une 
plus grande corruption dans les mœurs , fi beau- 
coup de perfonnes fe laiiîoient infecter d'une 
erreur fi pernicieufe î Or il ne falloir que vous 
lailfer faire. Elle étoit en bonnes mains. Elle 
eût fait un grand chemin en peu de tems , fi on 
n'en eût point fait de bruit. 

Comme vôtre Société eft répandue par toute 
la terre , & que vous avez pre r que tous une 
grande inclination à diminuer les péchez, ou la 
peine qui leur elt due, on auroit reçû à bras ou- 
verts dans la plufpart de vos Collèges cette ra- 
re invention d'ôter du nombre des péchez qui 
méritent l'Enfer , tous ceux des Athées , quel- 
ques horribles qu'ils pufTent être , aufll bien que 
ceux de tant de perfonnes déréglées qui ont 

banni 



d'une nouvelle H ère fie. 19 
•i banni de leur efprit toute penft'e de Dieu, pour IIT - Aux. 
1 ne fonger qu'à aflouvir leurs partions. 
; i Cela feroit arrivé d'autant plus certainement, 
• que le principe d'où naît naturellement cette 
abominable conclufion, eft déjà reçu dans tou- 
tes vos Ecoles. On l'a fait voir dans l'Art. 3. 
de la nouvelle Hère fie. On y a montré que vô- 
tre Théologien de Dijon a tiré fa méchante 
doctrine de cette maxime approuvée par tous 
vos Théologiens : Ad peccatum formate requi- 
r'nur notifia malitia.. Car qui peut douter qu'il 
n'ait raifonné confequemment quand il a rai- 
fonné en cette manière : Puis qu'une àStôn 
huma ne nef jamais peehé quand on ne connoît 
■pas quelle efl péché , il faut auffi qu une action 
humaine ne foit point une offenfe de Dieu quand 
I on ne connoît pas que c efl une ojfenfe de Dieu. 
Or celui qui ne connoît point Dieu , ou qui ne 
pen^e point actuellement à Dieu en commettait 
quelque péché , n'a pâ connaître en le com?net- 
tant que ce fut une ojfenfe de Dieu. Ce n'en eji 
donc point une. Si ce n efl point une offenfe de 
Dieu , quelque contraire qu elle puijfe être à la 
droite raifon , elle ne mérite point une peine éter- 
nelle. Car ce qui fait qu'un péché mortel Théo- 
logique mérite une peine éternelle, eft que Dteu y 
qui efl in fiiment grand , efl grièvement offenfé 
par le péché mortel. Or celui qui ne connoît 
pomtDieu , ou qui n'a point p en fé actuellement 
a Dieu, en faifant une méchante action, n ai ant 
pyint offenfé Dieu, ne l'a pas grièvement offenfé. 
il n a donc point mérité par cette méchante 
action d'être éternellement puni. 

Ainfî la plufpart de vos Théologiens dans 
l'un & l'autre monde auroient été dïfpofez â 
approuver comme fort raifonnable ce qu'on 
lui fait dire enfuite. On Ce trompe û on s'i- «* 

C 3 magine 



zo Seconde Dénonciation 

Art - magine que les fornications , les adultères, les. 
sa impudicitez les plus monftrueufcs , lesempoi- 
30 fonnemens , les afiaflînats & les vangear.ces 
35 les plus cruelles , méritent tcù jours d'être pu- 
35 nis par le feu éternel de l'Enfer • qu'ils foienc 
35 toujours des offenfes de Dieu , Se fafïent te û- 
35 jours décheoir de la grâce ceux qui fercienr en 
as grâce avant que de les commettre. Il faut 
33 diftinguer . il ceux qui font ces méchantes 
»5 actions , ont fçû & ont penfé en les faifr.nt 
s? que Dieu les a feverement condannées , on ne. 
m peut nier qu'ils n'aient effenfé Dieu , qu'ils' 
55 n'aient mérité d'être éternellement punis , Se 
55 qu'ils ne foient déchus de la grâce s'ils y étoient 
55 auparavant. Mais s'ils n'ont point actuelle- 
53 ment penfé à Dieu en commettant ces crimes,. 
j> n'étant occupez que de l'objet ce leur paflïcn, 
3 , ce qui fft tres-ordinaire ; ou fi ce font des per- 
3, fbnncs privées de la connoilîance de Dieu 
j? ( comme l'ont été une infinité de Paycns dans- 
jj l'un & dans l'autre monde avant la publication 
de l'E-angile) leurs péchez alors n'étant que 
j, rhilofophiques , quoi que tres-griefs, ne font 
^ point offenfes de Dieu , ne méritent point la 
93 peine éternelle , & ne feroient point décheoir 
33 de l'état de la grâce ceux qui y auroieru été 
s' auparavant. Cela eft horrible , & i'aurcit tou- 
jours paru à ceux qui font inifruits des vrais 
principes de la Morale Chrétienne. Mais c'eft 
une fuite fi naturelle des faux principes de la 
vôtre, que fi on ne vous en avoit fait honte, 
elle auroit bien-tôt été généralement embraf- 
fée n?r toute la Société. 

On l'auroit gliflee d'abord d.ms des Thefes 
en divers Collèges : Se de là elle feroit ra/Tée 
da-'S les, premiers Livres de Théologie Morale 
que vous auriez fait imprimer. Et comme c'eft 

de 



d'une nouvelle Herefie. $î 
1 de ces Livres que vos Confefl'curs & quelques Akt. 

autres que vous attachez à vous par divers 
r , £S 'moiens, vont prendre les règles de leur con- 
jduite , ils en auroient fait bien-tôt l'ufagc 
.3 [qu'on a marqué dans le 6. Art. de la noavdle 
j \li"refie. Car on vous défie de faire voir qu'on y 
' ait rien fuppofé , qui ne foit conforme à vos 
4 principes anciens & nouveaux:. 

Enfin les jeunes gens qui étudient chez vous, 
remplis de l'idée que vous leur donnez , des 
f dons merveilleux de lumière Se de feiencede la 
(Compagnie , reçoivent comme des oracles tout 
1 cc-que leur enfeignent ces habiles Maîtres ^ & 
plus il leur femble extraordinaire, plus ils I'ad- 
, mirent & en font eltime. C'eft donc le jure- 
ment qu'ils auroient fait de cette doctrine fï 
bien fuivie du péché Philofophiquc , Se fe ré- 
pandant enfu te en divers lieux ils l'auroient 
communiquée à plusieurs personnes qu'ils en 
auroient empoifonnées. 

Voilà une partie des raifons qui doi entfaire 
juger à tous les gens de bon fens Se qui aiment 
leur Religion , que la coniideranon d'épargner 
l'honneur de vôtre Société n'a pas dû empêcher 
qu'on ne dénonçât à l'E^li'e une erre 1 .; r fi per- 
nicieufe enfeignée dans fes Ecoles. Vous êtes à 
pl-iindre de ce que les erreurs ont accoutumé 
de faire de fi grands progrés entre vos mains. 
Mus il n'aurait pas été jufte de préférer les 
intérêts mondains d'une Compagnie particu- 
lière , à l'obligation de maintenir la pureré de 
la Foy par tous les moiens juftes qui font en 
nôtre pouvoir. 



C 4 Ar- 



3* 



Seconde Dénonciation 



ARTICLE IV. 

I V. Qucftion. Si V accu fat ion de Calom- 
nie,^ falfification , & de mauvaife 
foi , que les Jefuttes ont faite au Dé- 
nonciateur efl bien fondée. 

CE vous a été un grand fujet de triomphe, 
mes Révérends Pères , de ce qu'en rappor- 
tant le paflage du P. de Reux pour la juftifîca- 
tion de vôtre Thefe de Dijon , on a omis par 
mégnrde le mot de tantiïber. Ce votfs en a été 
afiez pour accabler le Dénonciateur des plus 
atroces injures ■ pour dire que c'eft un Auteur 
à qui l'envie & la rage ont corrompu le cœ:ir 
»u gâté les yeux ; pour le traiter de calomnia- 
teur <& de faujfaire ; pour l'appeller ïimpofieur 
Janfenifte ; en ajoutant pour le mieux marquer, 
que c'eft le grand Ecrivain d'un parti rebelle a 
l'Eglife ; pour le décrier comme un homme de 
mauvaife foi , perdu d'honneur & de confeiencei 
pour repeter de nouveau que c'eft un faujfaire 
qui a, perdu le front ; & pour embellir vôtre 
Libelle de ce frontifpice outrageux : Le lanfe- 
nifte Dénonciateur de nouvelles Berefies , con- 
vaincu de calomnie & de falfification. Mais on 
vous fupplie, mes Révérends Pères, de rentrer 
un peu en vous-mêmes. Afin que de fi horri- 
bles injures &qui déchirent fi cruellement la 
réputation de vôtre prochain , ne vous ren- 
dent pas criminels devant Dieu , il faut que 
vous foiez bien aiTurez de ce que vous dites, 
que le mot de tantiïper , a été omis dans le paf- 
fage du P. de Reux avec foin , &> par malice. 



d'une nouvelle He'refe. 33 
^ Or comment pourriez-vous en être arturez ? iV. Ab.t\ 
N'arrive-t-il pas tres-fouvent , que dans la 
chaîeur de la compofition , en écrivant ce qu& 
l'onpenfe , ou en tranfcrivant quelque partage, 
ni], on omet quelque mot ? Quand ce mot laiife le 
■A fens imparfait , cela fe corrige en relifanr. 
• Mais quand le fens du partage eft parfait fans 
ce mot , comme on ne s'avife. point de cette 
omiiïion il n'eft pas étrange qu'elle demeure, 
& que fi on cite ce partage diverfes fois on le 
cite toujours de la même forte. Si le Dénon- 
ciateur prènoit Dieu à témoin que cela eft arri- 
!vé en cette manière , qu'auriez-vous à dire ? 
Mais avez-vous dû attendre cela ? Ne fçavez- 
vous pas , que quand une chofe peut être arri- 
vée eu par mégarde, ou par un méchant deffein, 
c'eft juçer témérairement Ton frère , que de lui 
imputer fans preuve qu'il a eu c^me chant de f- 
fein ? Et le péché en eft bien plus grand , lorf- 
qu'enfuite de ce jugement téméraire , fans en 
) avoir plus de certitude, on fe déchaîne contre 
lui de la manière du monde la plus outrageufe, 
comme on vient de voir que vous avez fait. 

M. Steyaert n'en a pas ufé de la forte dans f a- 
difpute qu'il a eue avec vôtre P. deReux fur la 
même mariere des péchez d'ignorance , & des 
péchez Philofophiques. Il avoit renfermé fon 
fcnf'ment en 6. veritez , dont la 5. eft celle-ci : 
Tieri potefl ut peccet peccato vero , formzli & 
Theologico , qui Deum ita ignorât, ut fimplici- 
ter nefeiat Deum e(fe , adeoque etÇi aftu de Dea 
non cogitet. Le F. de Reux en la rapportant dans 
i fa Thefe du 18. d'Aouft , avoit omis ces paro- 
les ; adeoque etfî ac~tu de ~Deo non cegitet. M. 
Steyaert en faifant rimprimer fa Thefe, remar- 
que au bas de la page cette omiflion , mais eft- 
ce en le chargeant d'injures , & en le traitant 

de 



54 Seconde Dénonciation 

IV. Ar.t. de fauffaire & £ homme perdu de ccnfcier.ce\ 
^>c ? Non, mes Pères. C'elt au contraire eul 
laiffant en doute fi cette omiflion s'étoit faite! 
par deiîein ou par mégarde. Voici Tes paroles. 1 
[ Nota lector has voculas Thefi X- fi actu de Deo I 
non cogitet , omiffas ejfe (Studio an aliterJ 
a PP. Societatis in fuâ refponfione. ] Pourquoi 
n'avez-vous pas fuivi cet exemple dans la mc-j 
me conteftation ? Car ce Docteur ajoute : Vi*& 
deri de its potefi libellus Gallicus , nuper mini- 
me confcïïs nobis editus , eut titulm .-Nouvilli- | 
Hérésie , &c. 

Mais ce qui fait voir combien en cette ren- 
contre la pafTion vous a aveuglez , eit que vous 
n'avez pas pris garde que ce que vous dites- 
pour exaggerer cette prétendue mzuvaife fot^iï 
ce qui la rend plus" incroiable. €)ue ne doit-on: 
p.is craindre , dites-vous , d'un Auteur à qui 
l'envie & la rage ont fi fort corrompu le cœur y 
ou^gaté les yeux , qu'il ofe falfifier un Imprimé,- 
qui efl entre les mains de deux ou trois cent per- 
sonnes , dont il peut être convaincu de mauvaife 
foi. N'eft-ce pas cela même qui vous a dû faire 
juger que le mot de tantijper a été omis par ' 
mégarde & non par malice , puilqu'il n'eft pas 
à préfumer qu'un homme qui n'a pas perdu 
Teiprit , ait voulu , dans un Ecrit imprimé , qui 
devoit être répandu par tout , commettre une 
faiiificatien dont il auroit pû être convaincu 
par trois cent perfonnes, & dont il n'auroit pas 
manqué ce l'être bien-tôt , aiant affaire à des 
gens auiïi ardens que vous êtes à chercher les ' 
moindres (ujets de déchirer leurs adverfaires. 

On fçait afTez q'te ces déclamations enveni- 
mées pleines de menfonges& de fauiTetez vous 
font ordina'res. Ce font les armes par lefquei- 
les vous pçé:endez vous rendre formidables à 

tous 



d"une nouvelle Herefie. ^ 
■urtf pus ceux qui oferoient trouver quelque choie IV. AfcT/ 
iirej redire à vôtre doctrine ou à votre conduite. 
• mis ou ennemis , il n'importe. D'arni on de- 
:c : ei ' ent votrc ennemi , dés qu'on vous dit des 
;C S jcdtez qui ne vous plaifent pas. M. de Palafox 
ous avoir toujours témoigné beaucoup d'af- 
c jj.'dion. Comment l'avez-vous traité depuis 
im, u'il fut obligé de défendre fa Jurifdiéhon 
antre vos entreprifes ? Nous venons de voir ■ 
jis plaintes que ce faint Evêque en a faites en 
arlant à fen Roy dans une Lettre imprimée. 
e fameux Vc fteur de h Faculté Theologïque , 
■ % ue vous dites avoir une difpute avec vous fur 
0[1| i. fujet de la nouvelle Herefie , fait profefllon 
'être de vos amis. N'aiant pu approuver vos 
c jj 'pinions erronées touchant l'ignorance, rl s'en 
\ n It voulu éclaircir avec vôtre P- de Reux , & 
,j /étant pas fatisfait des réponfes de ce Père , il 
:,, cherché tous les adouciflemens pofiibles pour 

es réfuter fans blefler fa Pveveience : Nec fie Iuditlt. 
men ferocitatem ejt$s pec~loris mïtig.xre potuit. 
propos j ou hors de propos , le Janfenifmea 
■té de la partie. Car il faut qu'il entre par 
out C'eft le bouclier que la Compagnie op- 
ïofeà tout ce qui l'incommode. Ainfi quelque, 
bin qu'ait pris ce Docteur de contredire ^n- 
enius pour éviter ce nom odieux , on le lui 
JHomiera malgré qu'il en ait, tant qu'il com- 
battra quelque erreur foûtenue" par la Compa- 
. |;^nie. Il fera au moins Ian^enii Mango, ou Ian- 
.Ëevifta Larvztut. Et ce Doéteur aiant dédaigné 
ie parler de cette injure dans fa féconde Thefe, 
f :e Tefuite la lui remet fous le nez dans fa Re- 
Ipjique, & l'avertit ferieufement d'y fatisfaire. 
IjLes Evêques François envoiez en Orient par le 
iPape , pour y être Vicaires Apoftoliques de 
jlpluiieurs païs d'InfideJIcs , partirent de Paris 
1 fort 



$6 Seconde Dénonciation 

IV. A*.t. fort bons Catholiques, fort gens de bien , S 
très-bons amis des Jefuitcs. Mais dés qu'il 
voulurent exécuter les Bulles du S. Siège , qu 
foûmettoient vos Millionnaires à leur Jurif 
diction , ils devinrent des ufurpateurs , dés fu. 
perbes , des hypecrites , des envieux, des héréti- 
ques & des lanfenifles. On ne dit point celaer. 
l'air. On en a de bonnes preuves. 

Le Dénonciateur n'a donc pû être furpris 
que vous aiez ajouté à toutes les autres inju- 
res, dont vous lui êtes fi libéral , celle à'im- 
fofleur Ianfe?iifte , & de grand Ecrivain d'un 
parti rebelle à l'Eglife. Il ne vous relte plus que 
cela , pour étourdir les firaples , qui s'imagi- 
nent que vous n'avanceriez pas de telles Iccu- 
fations avec tant de confiance, fi elles n'étoient 
Bien fondées. Mais les gens d'efprit s'en moc- 
quent , &: il n'y en a plus maintenant qui ne 
vous plaignent d'être réduits à cette chan Ton, 
depuis fur tout que le Vhantome du lanfcnijme 
a fait voir fi évidemment qu'il n'y eut jamais 
rien de plus chimérique que ce parti rt belle à 
l"Eglife , à qui vous donnez ce nom , & donc 
vous voulez que !e Dénonciateur foit le chef. 
Si vous aviez eu quelque chofe de pertinent à 
reprendre à ce Phantôme , il y a long-tems que 
vous l'auriez fait. Mais vous trouvant trop 
foibles de ce côté-là, vous mettez tout vôtre 
fort dans la cabale , en furprenant la Re igion" 
des Princes pour opprimer les plus gens de bien 
par des voies de fait fans aucune forme de 
juftice. Et c'elt, mes Pères, ce qui vous a fi fort 
émus , & qui a excité cette violente colere qui 
paroît dans vôtre Ecrit, de ce qu'au lieu de ces 
hérétiques imaginaires dont vous vouliez fd: 
peur au monde , il fe trouve que tout le mon- 
de peut être convaincu par fes propres yeux qu 

ce 



d'une nouvelle Herefie. 37 
: c font des Jefuites , qui outre leurs anciennes V. Am, 
îeurs , fe trouvent auteurs & fauteurs d'une 
ouvelle Herelic , incontcltablcment enfeignée 
fans une de leurs Ecoles, &c loûtenu'e dans une 
jutre , qui apprend aux Chrétiens, qu'il n'y au- 
'a point de dannation éternelle pour lesAthées, 
li pour les feelerats les plus débordez en tou- 
es fortes de vices, pourveu qu'en commettant 
les péchez les plus horribles , ils n'aient point 
;:u de penféc qu'il y a un Dieu qui défend le vi- 
re , & qui commande la vertu. 



ARTICLE V. 

V. Queftion. Si les Jefuites de Louvain 
ont bien jttftifie la Thefe de leur Con- 
frère de Dijon. 



Entens par juflifîer , s'ils ont fait voir qu'elle 
n'étoit pas dannabîe. Car je ne me mets pas 



J 

en peine de fçavoir s'ils l'approuvent entière- 
ment , ou s'ils ne l'approuvent qu'à demi : ni l\ 
elle feroit moins méchante en y ajoutant quel- 
ques restrictions. On ne prendra point le chan- 
ge. Ce n'eft peint dequoi il s'agit. On a dé- 
noncé à l'£g!ife une proportion foû;enuë'pu-* 
b'iquement par les "jefuites dans un de leurs 
Collèges , & on l'a rapportée tres-fidellcment. 
Il s'agit donc de cette propofition, telle qu'elle 
eft dans cette Thefe fans y rien ajouter, ni en 
rien ôter. On prétend avoir bien prouvé qu'elle 
elt abominable & impie, en ce qu'elle exempte 
de la dannation éternelle des mille millions 
d'Athées & de Scélérats. Quand par vos tan- 
tijfrer & incuipate yous pourriez en diminuer 

le 



3$ Seconde Dénonciation 

V. Art. le nombre , cela pourroit faire voir que vo 
avez eu honte de ladoétrme du Péché 1 hrtofi 
phique telle qu'elle elt dans la Thefe qu'on 
dénoncée a l'Egiife , & que vous n'avez pas o. 
aller fi ayant. Mais cela n'empêcheroit p; 
qu'avant que d'examiner vos modification 
( qui fe trouveront peut-être n'être guert 
moins mauvaife.s que ce que vous avez voul 
modifier ) il ne fût ]ufte de vous obliger a dcj 
chcfes : à reconnoître que la doctrine de 1 
Thefe ell abominable , & à promettre de ne plu 
fournir qu'on foûdenne de fi méchantes chofe 
dans vos Ecojes. 

Tout ce qu'a dit le P. de Reux pour défendre 
Ja Thefe de Dijon, confide en ces paroles : Fiin 
•potefl ut ab homme ord.nariis tantum d:vitû 
gratis auxilris pr&vento exifientia Dei ignorctur 
w tantiffier inculpa:}. Il fepeut faire queTexiftei» 
aj ce de Dieu foit ignorée pour un peu de rems 
M par un homme aidé feulement desfecours crdù 
x naircs de la grâce, fans qu'il y ait de fa faute. 
Car c'eit de là qu'il a prétendu qu'on de voit 
conclure , que tant que cette hypothefe de i'e- 
xiftence de Dieu ignorée pour un peu ce tems 
fans péché , ne pourra être renverfée , les rer- 
fecuteurs de la dodrine du Pcché Philofophi- 
. que enfeignée en Bourgogne, n'y pourront ràjp 
fonnablement trouver à redire. On ne peut nier 
que ce ne foit ce qu'il a voulu faire entendre par 
ces paroles : Eripiaht hoc nobis affertum Philo- 
fophici inBttrgundiam ufque perfecutores peccati. 
Sed non poterunt. 

On vous a tres-bien prouvé que cela ne fert 
de rien pour jtiftiner vôtre Confrère de Dijon. 
On n'a qu'à le lire. On en fera fatisfait. C'eft 
dans le 7. Article. Le mot de tant ijficr , qu'on 
avoit omis par mégarde , y étant remis , ne di- 
minue 



d'une nouvelle Herefie. $y 
j ninu'c point la force de ces preuves. Car ce V. Arï. 
J antiïper ne regarde que Yinculpate : c'eft à dire 
i ju'il ne regarde que cette qucltion : S'il fe peut 
aire qu'un homme aidé feulement des fecours 
Ordinaires de la grâce , ignore qu'il y a un Dieu 
> ans qu'il y ait de fa faute ( inculpât}) pendant 
|[i n fort long-tems , & même pendant toute fa 
I /ie , ou li c'eft feulement , comme vous le pré,- 
tendez , pendant un peu de tems tantijper. Ce 
vtantiïfter vous ett donc entièrement inutile, fi 
Ipn peut prouver que félon laThefe de Dijon, 
tout homme qui ignore qu'il y a un Dieu , foit 
qu'il y ait de fa faute ou qu'il n'y en aie point, 
quelques horribles crimes qu'il commette, ce ne 
l'ont què des péchez Philofophiques qui ne mé- 
ritent point de peine éternelle. Or c'eit ce 
Iqu'on a prouvé d'une manière demonitrative 
J( A*t. 7, p. 48.) Que ce foit par fa faute ou fans «c 
;fa faute qu'un homme ait ignoré qu'il y a un «e 
' Dieu , cela ne fait rien du tout à la nouvelle ce 
'Théologie des Jefuires du Péché Theologique. <-c 
Car 1. le Jeluite de Dijon dit abfolument , 
qu'on re pèche que Philofophiquement quand 
(on ne fçait pas qu'il y a un Dieu , qui Beum 
1 ignorât : & il n'ajoute point qu'il eft neccliaire 
i qu'il l'ignore inculpât}. Cet inculpatè ne lert 
i donc de rien pour juitifier fa Thefe. 1. On y "A" 1 7» 
enfe gne expreffément que tous les péchez con- cc n * *" 
! tre la droite raifon & contre l'honnêteté natu- e « 
i relie , que commettent ceux qui ne penfent ;c 
point actuellement à Dieu en les commettant , cc 
■&ui de Deo act.'t non cogitant, ne font que des cc 
péchez Philofophiques qui ne font point offen- cc 
fes de Dieu , & ne méritent point la peine etçr- cc 
nelle. Or tous ceux qui ne connoiflent point cc 
qu'il y a un Dieu, foit que ce foit par leur faute cc 
ou fans leur faute , ne penfent point à Dieu en cc 
\ cent- 



i 4° Seconde Dénonciation 
V. Art. commettant des péchez contre la droite raifo. 
33 .& l'honnête é naturelle. Il elt donc égaie 
w ment certain des uns &. des autres , Félon cet 
33 te Thefe , que quelque débordée que foit leu 
33 vie , ils ne commettent que des Péchez Phi- 
33 lofophiques , dont Dieu n'eft point orfenfé 
33 & qui ne leur feront point fouffhr de pein< 
33 étemelle. 

On avoit auparavant fait fentir aux plus en- 
*4«'4« hormis combien cette dodtnne elt impie , & 
que le mot d'tnculpate ne peut diminuer l hor- 
xeur qu'on en doit avoir , par cet exemple îl- 
33 luftre. Quand Néron faifoit empoifonner le I 
D3 fils de fon pere adoptif , qu'il faifoit alTalliner j 
>3 là merc & fa femme , qu'il condannoit à mort 
33 les plus honnêtes gens du Sénat , qu'il desho- I 
33 ncroit la nature en contractant publiquement 
^ un mariage abominable , qu'il brûloir une 
s? grande partie de la ville de Rome pour repre- 
« fenter plus au naturel la prife de Troie • Se 
3D qu'il attribuoit cet incendie aux Chrétiens 
^ pour alfouvir fa cruauté par leurs fupplices, ce 
si îeroit une folie de s'imaginer qu'il eût commis 
33 ces crimes en penfant actuellement a Dieu qu'il 
si ne connoijfoit point. Et par confequent , félon 
os cette nouvelle doctrine des Profefi'eurs eu 
33 Théologie de la Compagnie de Jefus , tous ces 
33 péchez n'auront été que Philofophiques , pour 
33 lefquels il n'aura point mérité d'être danné. 
33 On peut même douter, félon cesTeres, s'il eft 
33 en Enfer , puis qu'il n'en a jamais commis d'au- 
33 très. Y eut-il jamais occafion où on pût mieux 
39 appliquer ces paroles d'un ancien Pere : Senten- 
33 tiïts vefiras prodidtije , fuperaffe e(l\ &c 

Voilà ce qu'il falloir avoir refuté pour mon- 
trer qu'on avoit eu tort de rejetter la réponfe 
de vôtre P.deReux comme incapable de jufti- 

fier 



d'une nouvelle Herefie. 41 

I ier vôtre Théologien cie Dijon. Mais bien loin V. Art. 
rue vous l'aicz ofé entreprendre , vous vous 

'' lies trouvé obligez d'abandonner fa défenfe, 
\% d'avouer que ce qu'a dit leP.deReux n'effc 
j >as fufrifant pour en juitifier toute la doctrine. 
Ifen la p. f. On ne veut pas jufiifier la Thefe de 
\pijon. Et en la p. 4. On ne prétend pas jufiifier 
\'a Thefe de Dijon en tous [es peints. Et il efi fi 
j tjfuré que le P. de Reux n'en approuve pas tou- 
ye la doftrine , comme elle efi exhibée d#ns ce 
[Libelle, qu'il efi évident que [es paroles ne la re- 
Yi ardent pas toute. 

Que de dégui-femens , que de brciiilleries 
pour ne pas rendre gloire à la vérité! Pour- 
quoi parler de la doctrine de la Thefe comme elle 
efi exhibée dans le libelle, c'eit à dire dans la dé- 
nonciation de la nouvelle Herefie ? Y elt-elle 
\\exhibée d'une autre manière que dans la Thefe 
du Docteur de Louvain, cù elle e£t inférée 
itoute entière > Eft-ce que le Dénonciateur 
l'anroit altérée par de fautes explications ? 
C'eit ce qu'on auroit dû prouver , & ce qu'on 
r/auroit pas manqué de faire fi on l'avoit pû, 
puifque c'étok le capital- delà caufe. Il efi évi- 
dent , ajoutez- vous , que les paroles d:t P. de 
Reux dans Ja Thefe du mois de Décembre 168Ï?. 
ne regardent pas toute la propofition qu'on a dé- 
noncée à l'Eglife cemme une nouvelle Herefie. 
Ft où eft-ce que cela eft évident ? Il faut être 
bien hardi pour vouloir faire croire que des pa- 
roles font voir évidemment ce qu'elles ne font' 
voir en aucune ferre-. Mais il fnut vous laifer 
fuir ; cette retraite eft avantageufe à la vérité. 

II fufrlr qu'en vous ait forcé-de reconnoître que 
vous n'approuvez, pas toute la doctrine de U The- 
fe de Dijon , comme elle efi exhibée dans la Dé- 
nonciation y fans ofer dire qu'elle y foit mal ex- 

D hibée^ 



'41 Seconde Dénonciation 

V. Art. hibée. Cependant voici comme elle y zït ex- 
hibés. On fe contente d'en rapporter un en- 
droit. Art. 4. 
> 3 Nous voions dans l'Apocalypfc la condanna- 
3 3 tion des médians reprefentée Tous l'image d'un 
» "étang brûlant de feu & de fouffre , qui e(t ap- 
33 pelle leur féconde mort. Ft Dieu marque en 
33 ces termes ceux qui y feront jettez,aprés avoir 
ai parlé de la recompenfe des bons : Celui qui 
33 fera vift. vieux poftdera toutes chofes , & je fe- 

éboc ii 33 Y£il f° n D * H & ^ t eya m ° n ft S ' *^ aU P 0Hr c * 
/. ' °l ut e fi ^ es timides j & des incrédules , des abo- 
33 minables <& des homicides , des fornteateurs, des 
33 empoifonneurs , des idolâtres , (y de tout les 
33 menteurs, leur partage Jeva dans l'étang brû- 
33 lant de ftu <& de foudre, qui efi la féconde mort. 
33 On doit entendre par les timidts , ceux qui 
33 manquent à leur devoir par la crainte des maux 
33 temporels -, & par les menteurs , les trompeurs 
33 & les parjures 5 & par les abominables , ceux- 
33 que S. Taul marque dans la 1. aux Corinth. 
33 ch. 6. v. 10. 6c contre qui il parle avec tant de, 
33 force dans le 1. Chap. de l'Epure aux Romains.. 
33 Or rien n'étoit plus commun parmi les Païens. 
*> que ces abominations , aufii bien que les for-. 
33 nicatiens & les adultères , & les autres péchez 
33 d'impureté. Puis donc que le même S. Paul 
33 nous allure qu'ils ne connoilloie^t point Dieu: 
»3 Sicat gentes qu& ignorant De um : & qu'il n'elt 
=i p^s moins certain qu'ils n'avoie it aucune con-,; 
33 noifiance d'une loy de Dieu qui eût défendu- 
33 ces crimes : ce qui fait que le même Apôtre dit 
33 d'eux , qui fine lege pecaverunt fine lege peri-i 
33 bunt. Il faut que les Jcfuites prétendent en- 
j, fuîvant la nouvelle découverte de leurs Theo- 
Icgiens de Dijon, que quand Dieu dit d2nJ' 
» l'Apocalypfc, que les fornications , les adul- 
tères, 



d'une nouvelle Hcrefie. 4.3 
crcs , les abominables, les homicides, les cm- v. Ar.t. 
. ïoifonneurs & le reltc , feront jettez dans l'e- ce 
:ang brûlant de feu 8c de fouffre, qui ett lafe- ce 
ii;onde mort , il en faut excepter une infinité de « 
Af J ayens & d'autres Athées , qui ont pu être tout ce 
Jcela , fans pouvoir être avec jultice jettez cc 
lans cet étang de feu ; parce que leurs péchez cc 
I.Vaiant été que Philofophiques, n'ont point me- ce 
licite la féconde mort , qui cit la dannati on ce 
éternelle, ce 

Voilà quelle eft la doctrine de la Thefc de 
(Dijon , comme elle eft exhibée dans lanouvelle 
Herefie. C'elt à vous à nous dire fi c'elt cela 
que vôtre P. de Reux approuve, ou v fi c'efl cela 
qu'il n'approuve pas. Si vous dites que c'e't ce 
qu'il approuve , on l'abandonnera à l'indigna- 
jtion publique. Si vous dites que c'elt cela qu'il 
(n'approuve pas, on fera bien aife qu'il ait hon- 
te d'une doctrine fi impie <5c fi m.mifefrement 
contraire à l'Ecriture : mais cela ne fera nas 
qu'elle n'ait été publiquement fciuenuè' dr.ns 
vôtre Collège de Dijon , & que par cenfe- 
quent on n'ait eu grande raifon de la dénoncer 
à l'Eglife. 

C'efl: donc une pure iilufion que ce que vous 
dites enfuit e , que le P. de Reux tient ceci &- 
cela , &i ne tient pas ceci ou cela. Car il ne 
s'agit pas de ce que tient ou ne tient pas le P. 
de Reux , mais de ce qui a été foûtenu dans 
vôtre Collège de Dijon. C'elt ce qu'on a dé- 
noncé à l'Eglife comme une nouvelle Herefie. 
Tant mieux pour le Dénonciateur , fi vous y 
avez trouvé quelque chofe de fi horrible que 
UK ?*iez été contraints de l'abandonner. C'e't 
ce qui fait mieux juger qu'on a eu grande rai- 
fon d'en faire beaucoup de bruit.. Que voulez- 
vous donc dire par cette méchante pointe fon- 

D 1 dée - 



44. Seconde Dénonciation 
V. A* t. dée fur vôtre calomnie ordinaire r Ke fied-i, 
pat bien à ces gens de dénoncer des herefies chi- 
mériques , eux qui font infefte^ & convaincu* 
d'une herefte fi connue & fi réelle ? Comment 
n'avez-vous pas vu que l'on n'avoir qu'à ren- 
verfer cette antithefe pour la rendre jufte & 
tres-veritable ? Car c'eft à vous , mes Pères, 
qu'il fied tres-mal d'accufer en l'air d'une he- 
refie chimérique ceux qui viennent de vous con- 
vaincre d'avoir enfeigné dans vos Ecoles une 
herefie tres-réelle , & qui l'ont fi bien prouvé, 
que vous êtes obligez d'en abandonner la dé- 
fenfe , par cette déclaration forcée , que vous 
ne prétende^ pas jufiifier la Thefe de Dijon en 
tous [es points. 



ARTICLE VI. 

VI. Queftion. Les Je 'fuite 's de LoHvàin 
n'approuvant pas en tout , mais feule- 
ment en partie la Thefe de Dijon , fi 
en peut dire raifonnablement que ce 
cjutls en approuvent nefl pas condan- 
nable. 

Î'Aurois pu me pafl"er d'entrer dans cette- 
queltion , puifque la Dénonciation de la nou- 
velle Herefie n'aiant regardé que ce qui a été' 
fcûrenu à Dijon , elle eïl fuffifamment juftitiée 
par la déclaration que Ton vous a contraint de 
faire , q ;e vous ne l'approuvez pas en tout.. 
Maïs il elr bon de vous Cuivre encore dans cet- 
te fuite : la vérité ne s'en éclaircira que mieux. 
Si yous l'aviez aimée plus qu'un faux honneur, 

vous 



d'une nouvelle Herefie. 45- 
'* yous n'auriez pas cherché des manières de par- IV. A r *. 
er fi entortillées , pour ne faire entendre qu'à 
■îemi ce que vous n'ofiez dire ouvertement. 
~- Des gens plus lincercs auroient dit fans détours 
& fans équivoques : Nous approuvons ceci & 
cela de la Thefe, & nous en improuvons telle & 
.•elle chofe. Pourquoi nous donner la peine de 
Le deviner ? Voions néanmoins fi nous pour- 
.rons y reiïflir , en repalîant fur les points qui 
ious ont paru propres à expliquer les fentimenS' 
de vôtre Théologien de Dijon. 

h POINT. 

On ne croit pas, mes Pères , que vous n'a- 
vouiez qu'on eft tres-bien entré dans fes pen- 

v fées fur la diftinction qu'il a mife entre les Pé- 
chez Phiiofophiques & les Theologiques. 

Il eft certain qu'une même action , comme " sArt. $» 
celle d'un fils qui empoifonne Ton pere pour cc 
avoir Ton bien , elt contraire à la droite raifcn, £e 

' & qu'elle elt auffi défendue par la loy de Dieu. <* 
Car on ne peut douter que cet empoisonnement cc 
d'un pere par Ton fils ne foit un péché contre cc 
les bonnes mœurs , c'eft à dire, une action hu- cc 
naaine qui rend blâmable & puniiTable celui qui cc 
la commet, non feulement entant qu'on la con- cc 
AVere par rapport à la loi de Dieu qui l'a dé- ce 
fendue' , mais aum" quand on ne la regarde que ce 
comme contraire à la droite raifon. Car tou- cc 
tes les Nations de la terre , ou qui ne connoif- cc 
foient point Dieu, ou qui ignoroient queDieu 00 
eût rien commandé ou défendu aux hommes ec 
n'ont pas laiflé de regarder une telle action ct 
comme un péché dceftable & digne des plus cc 
grands châtimens. Il n'eft pas moins certain ct 
Lft c cette action elt un péché , parce qu'elle eft cc 

con- 



4^ Seconde Dénonciation 

V l Art. contraire à la loi de Dieu. "J'ay donc eu raifon 
« de diftinguer deux fortes de péchez : d'appel- 
M 1er l'un Philofophique , & l'autre Theclogi. 
35 que , Se de définir le Philofophique, une action 
33 humaine contraire à, ce qui convient a la droitt\ 
SJ raifon , & à la nature raifonnable : & le Theo- 
« logique, une libre & volontaire tranfgrejfton de 
33 la loy de Dieu. 

On ne doute pas que vous n'approuviez 
ces définitions • mais on ne vous accorde pas 
qu'elles foient bonnes dans le fens que vous les 
prenez Car on vous foûtient que félon tourc 
vraie Morale , tant des Chrétiens que des an- 
ciens Philofophes , il fuffit pour pécher contre 
la droite raifon & l'honnêteté naturelle , de 
faire volontairement ce qui elt contraire à la 
droite raifon & à l'honnêteté naturelle , lors 
même qu'on nepenfepas qu'il y foit contraire, 
ou que l'on s'imagine même qu'il y eft confor- 
me : & qu'il fuffit aufli, félon tous les Théolo- 
giens éclairez , pour pécher contre la loy de 
Dieu , de faire volontaire Tient ce qui elt con- 
traire à h loy de Dieu , lors même qu'on ne 
penfe point que cela y foit contraire, ou qu'on 
n'a aucune connoiffance ni de Dieu , ni de fa j 
Loy. D'où il s'enfuit , par exemple , que leS'S 
Payens n'ont pu tuer leurs enfans nouveaux,, 
nez, comme ils croicient le pouvoir faire, qu'ils 
n'aiem péché 2' iévement contre la droite rai»';] 
fon -, ni pécher contre b droite raifon f ns pe- j 
che- aulfi contre la loy de Dieu, quoi qu'ils n'en 
e'ifent point de connoilfance Mais reprenons 
la Dénonciation de la nouvelle Hcrefie. 

II. POINT. 

On fuppofe enfuite que vôtre Théologien Ce' 

fait I 



1 



d'une nouvelle Herefie. 4-7 
U A lit une objection , & vousne nierez pas que la VI. Art. 
lanière donc il la refout ne foit tres-conforme 
vos principes. 

On dira peuc-ctre que cetre diflinction clt ££ 
tutilc, ne pouvant y avoir de Péché Philofo- ££ 
hique qui ne foie aufii Theologique , parce <£ 
u'il n'y a point d'a&ion humaine contraire a ,£ 



droite raifon , qui ne (bit aulli deffenduë' par 
-lit loy de D:cu. c< 
C'eft , je l'avoue' , ce que doivent dire ceux f£ 
■ ui entei^nent , contre le fentimpnt commun <£ 

• e nos Théologiens , qu'une action humaine <£ 

• lt fuffifamment volontaire à l'égard du péché, C£ 
uand elle ett volontaire voluntate facit , quoi ?< 
[ii'clle ne le foit pas , uoluntate pecc/ttr, corn- £c 

' ne dit S. Auguflin : c'elt à dire qu'il fufEt de ' c 
aire volontairement 5c avec advertance de rai- ££ 
: on , ce qui de fa nature eft péché , quoi qu'on £e 
le fçache pas qu'il foit péché ou que l'on n'y £c 
>enfe pas. Car ils doivent dire confequem- ££ 
nent, qu'afîn que Taélion de ce meurtrier ce < f 
on perc puifTe être un péché Theologique, c'eft £c 
: a dire une libre & volontaire tranfgreffion de <£ 
la loy de Dieu , il furfit qu'il ait volontairement <f 
commis une action déteftab'e que Dieu a def- lt 
rend Je , foit qu'il ait fçu ou qu'il n'ait pas fçu " 
que Dieu l'a deffendue'. Mais il eft clair que iC 
nous devons dire tout le contraire en fuivant C{ 
cette maxime reçue dans nos Ecoles : Jldpec- <c 
tum formate reqmritur notitia maliti&. Car que <« 
peut-on répondre à cét argument. <c 
Afin qu'un homme ait péché il . ne fufht pas' << 
qu'il ait tait volontairement une action qui de « 
fo}-même elr. un péché, mais il faut de plus <« 
qu'il ait fçu que c'étojt un perhé. Afin donc ££ 
aufli que que ce meurtrier Toit cenfé avoir << 
effenfé Dieu en violant volontairement fa loi, « 
' ' il 



48 Seconde 'Dénonciation 

vi. Art. il ne fuffit pas que le meurtre qu'il a commis ai 
3J elté défendu par la loy de Dieu , il faut de plu 
33 qu'il ait connu cette défenfe , & qu'y ayan 
33 penfé avant que de le commettre il n'ait pa 
33 laifîé de le commettre. Autrement on n< 
33 pourra pas dire , que ç'a efté une volontair, 
33 tranfgrejfion de la loy de Vieu. 
33 Or ce qui eft un péché & n'eft point un pech< 
33 Theoloojique , elt feulement un péché Philo- 
sa fophique. Il peut donc y avoir des péchez tres- 
» énormes qui ne foient point Theologiques , 
a3 mais feulement Philofophiques. 

Vous ne fçauriez ne pas convenir de cela 
fans démentir vos principes. Et c'en' eft une 
preuve, de ce que vous ne voulez pas demeurer 
d'accord de ces deux propofitions que M. 
Steyaert avoit propofées à vôtre PeredeReux 
comme deux veritez certaines. L'uneti/ fe peut 
faire que l on fàjfe un péché véritable, formel & 
Theologique , quoique l'on foit fi ignorant de l'e- 
xifïence de Dieu qn abfolumtnt parlant on ne 
fçache pas qu 'il y a un Vieu. Et encore même 
( c'eft la féconde proportion ) que Von fe per~ 
fuade qu'il n'y en a point. Vous fcûtenez après 
"vôtre P. de Reux la doctrine oppofée à ces 
deux propofitions, & vous la prouvez comme 
luy par ce palfage de S. Thomas 2. 1. qu. zo. 
a. 3. Si la conversion v^ers un bien créé & tem- 
porel pouvoit être- fans une aVerfion de Dieu 
cette converfon feroit de for donnée- , mais elle ne- 
feroit pas un péché mortel. M. Steynert s'eft 
contenté de répondre à vôtre P. de Reux.qu'on 
n'avoit qu'à confiderer avec un peu d'attention' 
les paroles de S.Thomas pour juger de l'abus 
que vous en faites : & il pouvoit ajouter qu'en 
trouve dans les paroles de ce Saint le -principe 
^ui renyerfe vos erreurs. 

Car 



d'une nouvelle Ilerejïe. 4.9 
, Car il ne faut pas s'imaginer , comme fai- iv. Ar.t» 
Soient les Payens , que l'homme foit né pour 
mi-même , & qu'il puiile trouver en foy-même 
; l'objet de Ion bonheur , & y mettre fa der- 
nière fin. H elt né pour Dieu , pour le con- 
îeître , pour l'aime: & pour le fervir. C'eft le 
crémier de tous les devoirs, un devoir indif- 
penlable , &; auquel tous les autres fe rap- 
îortenr. Or on manque à ce devoir indifpen- 
jfable , lorfque Ton fe tourne vers un bien 
créé & temporel par un amour déréglé qui 
nous y fait chercher nôtre bonheur , ce qui fe 
rencontre dans tous les péchez griefs. Et par 
confequent on peut bien diftinguer dans ces 
péchez la zonverfion à la créature ^cfe l'aver- 
Qon de Dieu, mais la première ne peut eftre 
fans la dernière. Et c'eft ce que S. Thomas 
nous a aflez marqué quanti il a dit : 6}ne fi 
ïime fe pouvoit féparer de l' autre , telle chofe 
arriverait : au lieu que s'il avoit crû cette 
1 féparation poiïible il auroit dû dire, 6) ne lorjqtte 
s \l'une fe trouve fans ï autre, telle choje arrive. 
■ Mais il faut que vous foyez de pitoyables 
Théologiens , 6: que vous ayez mal lû vôtre 
j jS. Thomas, pour avoir crû ( comme il parok 
i que vous faites par cette citation) qu'il puifîe 
} jamais arriver que dans les péchez griefs , tels 
que font une fornication, un adultère , un af- 
falîinat, la converhon à un bien créé puiffe être 
fans une aveifion â l'égard de Dieu. Ce Saine 
vous auroit appris le contraire en vine;;: " en- 
droits, ii vous ne dédaigniez pas de le lire pour 
line vous appliquer qu*à vos Auteurs. J'en pour- 
rai parler en une autre occafion ; cela nous " 
r <létourneroit trop prefentement : car ce n'eit 

E pas 

I . " /. 2. q». 7 2. j' 0. Et 7S . <f. ad 2. & 77, 6 ad r. 
\ i. 2. qti. io.},o. & qi*. 39 1, Ad 1, j. c[H. f<}, 9 . 



5$ Seconde Dénonciation 

V I. Art. pas tant ici le lieu de réfuter vos fentimen! 
que de les découvrir. 

Voici donc à «quoi je m'arrête. M. Steyaei 
tous avoir propofé comme deux veritez • Vert \ 
tas quint a & fexta: Fu ri potcjv utptccet peccai 
vero j formait & Tbeologico , qui ~Deum ita igno 
rat, ut fimpliciter nefciat Deum ejfe: quin etiam* 
qui Deum ita ignorât , ut firmiter ac fine h&fi- 
tatione judicet nullum ejfe Deum. 

Vousfoûtencz aprc's vôtre P. de Reux que à 
ne font point des veritez, & vous les combatte; 
par le pallage de S. Thomas que je viens de re- 
porter. Il faut donc félon vous que la contra- 
dictoire' foit vraie. La voici. Il ne fe peut fa'm 
qu'un homme commette de vrais (°r> dejcrmelspe. 
che^ Theologiques , quand il ignore s'il y a un 
Dieu t & à plusjorte raifon lors qu'il eji per- 
fuadé qu'il n'y en a point. 

Quoique faite donc cet Athée, ou en fe van- 
geant cruellement , ou en s'abandonnant à 
toutes fortes d'abominations, comme ont fait 
les Tiberes , les Caïus , les Nercns , les Helio- 
gabales , ou il ne pecheta point , ou ii ne pé- 
chera que Philofophiquerrent. 

C'eit à quoi vous ne trouvez pas d'inconvé- 
nient, comme Ta fait voir le même Docteur 
3 > dans fa Repliqi e à vôtre P. de Reux. Le dernier 
33 exemple éteit des Athées qui difent dans leur 
>3 cœur : Il n'y a peint de Dieu ; & que cepen- 
" dant le Prophète Roy dit être corrompus & 
33 abominables dans leurs iniejuitez. Mais le fça- 
35 vant homme répond [vir doeîtts , c'elt comme 
33 il appeile vôtre Pere ) qu'il fuffit pour la 
33 vérité de ces dernières paroles de David, que 
35 ces impies fe foient fouillez par des péchez qui 
33 n'auroient eflé que Philofophiqees , dum ra- 
3J puçrunt , occiderunt , nefande egerunt & pnjfi 

fan t. 



.d'-ftnc nouvstle Hcrefie. 
fimt. Qu'il croit néanmoins que leurs péchez vi. A x t. 
ont été aumTheologiques,parcc qu'ils n'ont pas cc 
entièrement ignoré quily a un Diev, fi ce n'elt £C 
dans la pratique , en faifant en fa prefence ce cc 
que perfonne ne voudroit faire en la prefenjre cc 
des hommes. Mais fi on fuppofe qu'ils l'ont < c 
entièrement ignoré, & qu'ils aient marqué leur cc 
|j*ray fentiment , en difant dans leur cœur , Il cc 
n'y a point de Dieu , il faudra dire alors qu'ils. cc 
n'ont rien fait de dannable. « 

III. POINT. 

On a remarqué que vôtre Théologien de Di- 
jon tire trois confequences de la diftmction du 
péché en Phihfophique & Theologiqae : & que 
îa i. elt : Que tous les péchez que commettent 
ceux , ou qui ne connoiifent point Dieu, ou. qui 
ne penfent point actuellement à: Dieu en les 
commettant, quelques griefs qu'ils puilient être, 
ne font point des offenfes de Dieu. Et voici 
comme on la lui a fait prouver. Art. 3. 

Puis qu'une action humaine n'elt iamais pe- " 
ché, quand on ne connoît pas qu'elle elt péché, « 
il faut auffi qu'une action humaine ne foit .pas cc 
une offenfe de Dieu , quand on ne connoît pas <t 
que c'efr. une offenfe de Dieu. Or celui qui ne «• 
connoît point Dieu , ou qui ne penfe point " 
actue'le nent à Dieu en commettant quelque <* 
péché , n'a pû. connoître en le commettant, " 
que ce fût une offenfe Dieu. CVt comme " 
j'ay prouvé cette conséquence dans les Ecrits « 
que j'ay dictez : Sicut actits htimcvnnî nxnquam " 
eft malus fublata, cognitione- m&liiïs. , fie nun r cc 
• quam eft offenf.i Dci , fi non ag?2ojcatur ejfe of- <c 
fenfa Dci. « 

On vous d'fîede pouvoir raifonnablenicnc 
Hier la conleque^cc, e 1 demeurant d'accord de 

E 1 l'ai- 



5i Seconde Dénonciation 

VI. A a. t. l'antécédent, dont vous avez fait depuis cpiël 
que tems une des principales maximes de vôtr 
Morale. Et en effet ce que vous dites à la fii 
de la 4. page de vôtre Ecrit donne iieu de croi 
je que vous ne faites pas difficulté de l'admet 
tre. Car parlant du péché que peut commettr 
un parfait Athée, que vous prétendez n'ei 
pouvoir commettre de Theologiques. S. Tho 

j, mas, dites-vous, permettroit qu'un tel pcch< 
fut appelle Philofophique. Car il dit r. 2. q 

3 , 7 t. a. 6. ad ç. Les Théologiens, confièrent le pe- 

j, ebé principalement comme une offen fe de Dieu, 
mais un Philofqphe moral le confidere commt 

„ contraire à la raifon. N'eft-ce pas faire enten- 
dre qu'il n'y a que le Péché Thcolcgique qu 
foit offenfe de Dieu , & que le Philofophique 
ne l'eft pas, parce qu'il eft feulement contrai» 
à la raifon ? 

[ C'eft tout ce que j'avois à vous dire fur cet- 
te 1. qualité du Péché Philofophique , de ni- 
tre point offenfe de Dieu , avant que d'avoir v(i 
les 15. Thefes de vos ProfeiVcurs d'Anvers & de 
Louvam ,. dont j'.ay rapporté les Extraits daas 
l'Article 1. Mais depuis les avoir vûe's , onn's 
plus de befoin de confequence pour montrei 
que vous, êtes fur cela de même fentiment qifà 
Dijon : c'eft à dire , qu'il vous paroît clair que 
le Péché Philofophique , quel qu'il puilfe être, 
quantumvis grave, n'eft point une vraie & for- 
melle offenfe de Dieu| Car c'eft ce qu'elles dir 
fent toutes en termes exprés. ] 

I Y. POINT. 

La i. confequence qu'on avoir tirée à Dijon, 
eft qu'un péché qui n'eft que Philofophique, 
n'eft pas un péché mortel qui rompe l'amitié 

de 



d'une nouvelle Herejîe. j 3 
-i c l'homme avec Dieu : Non eft peccatum mor- VI. 
\ île dijfolvens amicitiam Dei. Et voici comme 
;J!n a crû que vôtre Théologien le pouvoit 
Jjrouver. lb. Art. 3. 

: i. Suppofc qu'un homme ait été fait ami de <c 
. J lieu par le Baptême reçu avant l'âge de raifon, < c 
J .1 r.e pourroit celter d'être aimé de Dieu qu'en c < 
i ffenfant D:eu. Or le Péché Philofophique « 
l 'eft point une offenfe de Dieu , comme on < c 
llient de le montrer. Il ne peut donc être un « 
J eché mortel qui falle perdre l'amitié de Dieu. '« 

•Quoi que cet argument foie tres-bon,& tres- 
j >ien tiré d'une maxime commune de vos Eco- 
i es , vous nous voulez faire croire que vôtre 
1 Théologien de Bourgogne a été le leul jufques . 
iici qui en ait ofé admettre la concluilon , & 
luue les autres n'ont pas été Ci hardis. C'eft à 
lire qu'ils n'ont pas ofé nier , que le Péché Phir 
t ofophicjue , s'il e fi grief , ne fott un péché mortel 
' jui rompt t 'a-initié de V homme avec Dieu. C'eit 
)*r là que vous croiez vous bien défendre con- 
:re le Dénonciateur ; Que fcait-il, dites-vous, 
; les lefuites Tlamans, Allemans, Italien s, Espa- 
gnols , & même ÇitottA les François embrajfent la 
doëlrine de la Thefe de Dijon ? 11 n'a point eu 
oefoin de le fçavoir , car il ne l'a point préten- - 
Hu. Il n'a dénoncé à l'Egli Te que ce qu'il a trou- 
vé dans cette Thefe. Il a feulement crû qu'il 
écoïc julte que la Compagnie , qui doit répon- 
dre de ce qui s'enfeie^e chez elle , defavoiïât 
une fi méchante doctrine. Ainfi ce n'eft peut- 
être pas un trop bon office que vous lui rendez, 
quand vous nous apprenez ce que la plufpart 
des Jefuites enfeignent fur ce fujet. Ecoutons- 
le, cela pourra être d'importance. 

Certes la plufpart des lefuites enfeignent que 
ie .Feché Philefophique , s'il efi grief,. eft mortel' 

E 3 qu'il 



54 Seconde Dénonciation 

VU A p. t- qu'il rompt V amitié de Dieu vers l'hcmme , & 
qu'il mérite des peines plus grandes que le péché 
véniel <& originel. 

Nous parleroHS de cette fin mjtterieufe dans 
le Point fuivant. Mais pour celui-ci il faut 
avouer de bonne foi que les^efuites dont vous 
parlez, font contraires a la Thcfe de Dijon dans 
un point important. Car au lieu que la i. con» 
fequence que tire cette Thefe de fa définition 
du Péché Philofophique , eit que quelque grief 
qu'il puilfe être , non efi peccatum mortale dif- 
folvens amicitiam T>ei : Les autres , à ce que 
vous nous alTurez , reconnoiflent au contraire : 
6gie le Péché Philofophique , s'il efi grief efi mor- 
tel ', & rompt V amitié de Dieu avec l'homme. 

Il faut avouer que la doctrine de ces dernierr 
eli moins méchante en cela que celle de la The- 
fe - mais il eft vifible au-ffi que celle de la Thefe 
eft bien mieux fuivic : au lieu que l'autre s'ac- 
corde fi mal , que vous-mêmes la ruinez dans 
la page îuivante , ou vous revenez à celle du 
Théologien de Dijon - - §)ye le Péché Philo fa- 
fhique\ quelque grief qpïil' fini >>ri 'eji ■ poïtft ufr 
pevhé mortel. 

Car vous n'avez pô combattre , comme vous 
faites après vôtre P. de Reux, cette propofiticn 
de M. Steyaert ; Qu'il fe peut faire qu'un par- 
fait Athée commette des péchez. Theologiques , 
qu-"en foûtenant au contraire , que les péchez 
les plus énormés d\m parfait Athée ne fçau- 
roient être que Phi lofophiqu es. C'eft donc des 
Péchez Philofophiqucs que fe doivent entendre 
Ic5 deux pafîages que vous alléguez contre ce 
Docteur ; l'un de S. Thomas , & l'autre de Gcr- 
fon: & cela paroît encore en ce que* vous dites" 
après les avoir alléguez : S. Thomas permettrait 
yntm tel péché fut appelle P-hilofophiqxe. Or il 



de U nouvelle Herefie. 55 

■■1, Jjlt dit dans celui de S. Thomas 22. q.10. ait. 3. VI. A*t. 

r^Jj» la converfion vers un bien crée & temporel 

uvoit être [ans une stvcrfion' de Dieu ', cette 

nverfion feroit de [ordonnée , mats etle nè feïoit 

un péché mortel. Et dans celui de Gerfon : 

a trakj'grtjfion de laLoy naturelle on humaine, 

tant qu'elle efi naturelle on humaine , n'efl pas 

n péché mortel U efi vrai que ces partages font 

ris à contre-fens , & ne regardent en aucune 

rte vôtre Péché Philofophique. Mais il fuffit 

|ue vous les aiez alléguez pour cela. .Car vous 

e l'avez pû faire , que vous ne. foiez obligez 

'en conclure , que les Péchez Philofophiques, 

uelques griefs qu'ils foient - y ne /ont pas des 

echez. mortels ; ce qui eft tout le contraire de 

e que vous avez dit être le fendment de la 

îufpart des Je fuites. 

[ On voit la même contrariété dans laThefe 

u P. deRcux de 16S6. Car après avoir dit : 

) œnam peccati mortalis Aternam futuram docet: 
îC*t, t: rv* r—.: n ' 



\ai peccatum Philo/bphicum fempitemis pœnis 
iximunt. Il ne croit donc pas que le Péché Phi- 
lofophique foit un péché mortel.] 

On ne vous prefle pas néanmoins fur cette 
contradiction. On vous permet de choifir & 
de prendre parti , ou avec l'Auteur de la Thefe 
gui fcûtient. en raifonnant tres-confequem- 
fnent fur vos mcçhans principes : Que le Pé- 
ché Philofophiqtte , quelque grief qu'il foit : 
cniANTUMVis grave , n 'efi 1 point un péché mor- 
tel qui rompe l'amitié de Dieu avec l homme * 
ou avec ces autres Jcfuitps, qui pour diminuer 
les fuites affreufes de cette nouvelle doctrine, 
on: mieux aimé avouer contre vos propres prin- 
cipes : ffhie le Péché Philofophique, s'il efi grief 
efi. mortel , & rompt l'amitié de Dieu avec 

E 4 l'hom- 



56* Seconde Dénonciation 
VI. Art. l'homme. On trouvera dans ce dernier parti 
auffi bien que dans le premier , dequoi vou: 
confondre. 

[ Mais prefentement qu'on eit allure par le: 
Thefes rapportées dans 1 art. i. que vous con- 
venez avec la Thefe de Dijon de la premier* 
qualité des Péchez Philosophiques , qui eft ài\ 
n'être peinr ojftnfes de Vteu , n'eft-ce pas vous 
faire raifonner jufte, que de vous faire dire \\ 
fuppofé qu'un homme ait été ami de Dieu pai 
le Baptême reçu avant l'ufp.ge de raifon , il ne 
pourroit celTer d'être ami de Dieu, qu'en offen- 
fant Dieu : Or le Péché Philofophique n'eft 
point une formelle ofFenfe de Dieu, comme nous 
l'avons dit dans tant de Thefes. Il ne peut donc 
être félon nous un péché mortel qui faiTe per- 
dre l'amitié de Dieu. 

Mais on vient de me donner avis qu'un de 
Vos Auteurs modernes tres-eftimé parmi vous, 
^orntné le P. Platelle,vôtre ProfçfTeur en Théo- 
logie dans l'Univerfité de Doiiaj , n'enleigne 
pas feulement par confequence, mais exprefle- 
fn'ent , que le péché que vous appeliez Philofo- 
phique n'eft point un peché mortel , & n'eft 
point incompatible avec la charité parfaite qui 
rend l'homme ami de Dieu. C'eft ce qu'il éta- 
blit non dans une petite Thefe comme vôtre 
Théologien de Dijon , mais dans un Livre im- 
portant , intitulé , R. F. lacohi Platelii e Socie- 
tate lefu Sacr& Theologis, in Vniverfitate Duace- 
nâ Vrofejforts Synopjîs cursus Theologici diligen- 
ter recognita , & variis in locis locupletata, 
Duacis typis Baltazaris Belleri 16-79. Car voi- 
ci *e qu'il dit dans la 1. partie ch. 5. §.3. n. 
189. p. 116. 

Hinc peccatum quantumvis rationi graviter 
repignans commtjfum ab invincibiliter ignorant 

teJ 



I d'une nouvelle Hercfie. 57 
autnon advertente Deum effe , aut peccatis VI. Aur. 
vjfendi , non est -mortale : entm nul- 
ïu m etiam virtualem & implicitum Dei.con* 
temptum includat , stare potest cum cha- 

RITATE PERFECTA ET AMICITIA DIVINA. 

Vnde taie peccatum effet quidem grave gravita- 
te Philofophica , pr&cisè Jïtâ in repugnantiâ cum 
naturâ rationali quâ tait , cujus confideratio 
tertinet ad Philo fophum moraUm , non tatnen 
Théologie â confi fente in repugnantiâ cum lege 
& bonitate divinâ. H&c enim malitia licet 
fun dament aliter fit prior Dei prohibitione ejus- 
Quç cognitione , fttmpta tamen formaiiter efi 
poflerior. C'elfc à dire : Quelque grièvement << 
qu'un péché répugne à la irai fou , s'il eft com- « 
mis par celui qui invinciblement-ignoré Dieu, « 
ou qui ne fait pas attention qu'il y a un Dieu, « 
ou qu'on l'olFenfe en yc.c\iant\ri eftpas un péché « 
mortel. Car n'enfermant pas un mépris deDieu << 
ni virtuel ni implicite , il eft compatible avec «c 
la chante parraite , & i amitié de Dièll. C'eîc' ce 
pourquoi un tel péché feroit grief d'une grié- ce 
veté Philofoprrique , qui coniifte dans la repu- « 
gnanec avec la nature raifonnable entant que <e 
telle, dont la confideration appartient au Phi- ce 
lofophe moral : mais il ne feroit pas grief de ce 
la griéveté Theologique , qui confîfte dans la ce 
répugnance à la bonté & à laloy de Dieu. Ainfi ce . 
quoi que la malice du péché confiderée dans ce 
Ion fondement foit avant la défenfe de Dieu ce 
& fa connoiffance , elle en eft néanmoins polte- ce 
rieure prife formellement. Et c'eit ce qui vous ce 
a fait dire en tant de Thefes , que le Péché Phi- 
lofophique , quelque grief qu'il puiffe être , n'efi 
point une formelle offenfe de Dieu. 

Vous voiez , mes Pères, que ce graveTheo- 
logien foûtient nettement ^u'un peehé,quelque 

grief 



5 S Seconde Dénonciation 

VI. Art. grief qu'il fou , lors que le pécheur n'y recon- 
noîc point d'autre malice que celle qui conf ftt 
dans la répugnance avec la droite raifon , par- 
ce qu'il ignore Dieu invinciblement, ou qu'i 
ne fait pas d'attention qu'il y a un Dieu , 01 
qu'on l'offenfe en péchant (ce qui eft la des- 
cription du Péché Philofophique ) n'eft poim 
un péché mortel. Et la manière dent il exprime 
qu'il ne rompt point V amitié de Dieu avec l'hom- 
me , a quelque chofe de particulier. C'eft , dit- 
il , qu'il eft compatible avec la charité parfaite 
& V amitié divine. Car il fait entendre par là 
qu'un homme qui a la charité parfaite qui le 
rend ami de Dieu, pourroit commettre fans en 
déchoir quelque péché tres-grief : non parce 
qu'il ignoreroit Dieu invinciblement, ( n'étant 
pas poffible qu'on ignore Dieu quand on a la 
charité parfaite) mais parce qu'/7 n'auroit pas, 
fait attention qu'ily a un Dieu y & qu en péchant 
on l'offenfe. Je referve à un autre endroit à ex- 

«r—^— 1 ^,v^ u »uuiuyi invijuivieiitvm* j 

V. POINT.. 

La 3. Confequence duTheolcgien de Dijon, 
eft qu'un v eché Philofophique ( c'eft à dire 
tout péché commis par celui qui ne connoît 
point Dieu, ou qui ne penfe point actuellement 
à Dieu ) ne mérite point une peine éternelle; 
Non eft Aternâ pœna dignum. Et voici comme 
il la prouve. Art. 3. 
3 , Ce qui fait qu'un péché mortel Theologique 
a, mérite une peine étemelle, eft que Dieu, qui eft 
a, infiniment rrand, eft griévemenr ofFenfé par le. 
3:) péché mortel. Or celui qui ne connoît point- 
Dieu en faifant une méchante action , ne l'a 
a , point grièvement offenfé. Il n'adonc pas mé- 
rité 



d'une nouvelle Herefie. 59 
M icé par cette méchante adion d'être éternelle- VL Art. 
lent puni. " 
Ilparoît que cette dernière confequence vous 
fort embaralfez. Car d'une part elle a quel- 
] ue chofe que les oreilles Chrétiennes ne peu- 

Ient fouffrir , qui eft , que les Athées aient cet 
vantage de ne pouvoir être éternellement 
annez pour tous les crimes qu'ils pourront 
ommettre e i demeurant Athées , parce qu'ils 
iè pourroient être que Philotophiques. Et de 
'autre qu'elle efl: fi bien tirée de vos méchans 
■ >rincipes , que vous n'avez pas vû que vous la 
>uflïez defavoiier , à moins de les abandonner :; 
1 quoi vous ne vous êtespas trouvé difpofez. 

Vous vous êtes donc refolus de la foûtenir : 
nais en la faifant envifager le moins que vous- 
'< courriez , de peur qu'on n'en fut trop choqué. 
Car il y a trois endroits oii on a dû s'attendre 
]ue vous diriez vôtre penfée fur l'éternité des 
reines due ou non due aux péchez Philofophi- 
ques , ce qui comprend toutes fcrtCS de p*chc?^. 
fans en excepter les plus atroces & les plus abo- 
minables, commis par ceux qui n'ont eu aucune 
connoiflance de Dieu. 

Vous parlez dans les deux premiersd'une ma- 
nière ambiguë , & qui laifle à deviner ce que 
vous avez appréhendé de dire ouvertement. 

Nous avons déjà vû le premier. C'elt où vous 
dires : Que U pluspart des le fuite s en feignent 
que le Péché Philofophique , s'il efl grief, eft mor- 
tel (y* qu il mérite des peines plus grandes 
que le péché véniel & originel. Pourquoi ne pas 
. dire nettement qu'il mérite, ou qu'il ne mérite 
pas des peines éternelles, puifque ceft de cela 
qu'il s'agit ? Pourquoi nous tenir en fufpens fur 
cette importante queltion ? 
Vous vous expliquez un peu davantage fur le 

2. 



6*o Seconde D {nanti ation 

VI. Art. 1. endroit : & on y voie aflez qtfe félon vous, 
les aflaffinats , les adultères , les péchez abo- 
minables ne méritent pas les peines éternelles 
de l'Enfer , quand ils n'ont été que Philofo- 
phiques : mais vous ne le dites pas clairement. 
Il le faut tirer par confequence. Après avoir 
voulu faire croire qu'il eft rare que ces fortes 
de péchez ne foient que FhiJofophiques ( ce 
qui elt rres-faux félon vos principes , comme 
©n vous le fera voir dans Les articles fuivansj. 
vous avouez que quand cela arrive , ce font de 
détejlabh s péchez, , mais, qu'ils n ont pas néan- 
moins toute la malice^ & ne méritent pas toutes 
les peines dèxes mêmes pechez, y s'ils étoient faits 
avec une connoiffance du moins obfcure & ha- 
bituelle de Dieu et dt- sa.salnte Loy. Mais : 
ce que vous ajourez 5 Que le péché mortel Theo-r 
logique a une malice quafi infinie pour être fait 
-contre la Majeflé Divine ,fait aflez entendreque 
its péchez que vous avouez être déteftables lors 
qu'ils ne font quePhilofophiques , nai'antpxs 
cette malice quafi infinie , ne méritent pas aufïï 
une peine infinie en durée : & que c'elt ce que 
^vous avez voulu marquer en difant , que les pé- 
chez, Thilofophiques , quoi que déteflables , n'ont ' 
pas toute la malice , & ne méritent pas toutes les 
peines des péchez mortels Theolegiques. 

Enfin étant devenus plus hardis fur la fin cfc 
vôtre Ecrft , voici ce que vous prononcez fur 
T'état de ceux qui feroient morts après avoir 
commis des affaffinats^ ou d'autres péchez, détefla- 
bles avant qu'ils eufent connu l'Eflre fonvernin 
au moins fom une idée obfcure ou générale. Vous 
avouez que leurs péchez n'auroient été quePhi- 
lofophiques : Mais ils ne laifferont pas , dites- 
vous, d'aller au fupplice éternel , quoique vrai- 
semblablement ils ne fouffr iront pas le fi u dès 



d'une nouvelle Uerefie. ,6x 
l.immes éternelles pour toujours : puifque l'é- vi. Art» 
ernité , qui fait l 'infinité de ce fupplice fenfible, 
lott ître proportionnée à l'infinie M a] e fié Divine, 
néprijée par le péché commis avec quelque con- 
loifance actuelle ou habituelle de Dieu. 
Y Voilà qui eft clair. Il ne faut plus aller juf- 
Jbues en Bourgogne pour y trouver ce dogme 
J mpie, que les homicides, les adultères, & autres 
i :rimes femblables ne méritent point la peine 
•éternelle du feu de l'Enfer,à moins qu'ils n'aient 
été commis avec quelque connoi fiance a&ueUe 
ou habituelle de Dieu. C'eft à dire que les par- 
faits Athées ne feront point éternellement tour- 
menrez dans l'Enfer avec les Démons. Que tou- 
te l'Eglife l'entende. Les Jefuites de Louvain 
font une profeffion ouverte de tenir cette do- 
ctrine, au moins comme vrai-femblable:Ce qiù 
furht d'abord pour la répandre bien- tôt par 
; tout, 5c ils l'appuient par cette raifon : Que V é- 
] \ternité qui fait l'infinité de ce fupplice jtnfible 
doit être proportionnée a l 'infinité delà Majeslé 
F ivine méprifée par le péché Theologique : c'efi À 
dire par le péché commis avec quelque connoi f- 
fance de Dieu actuelle ou habituelle. Ce cefl a di- 
re , eft bien remarquable -, parce que c'elt là le 
venin de cette doétrine, & la caufe de l'égare- 
ment de ces Théologiens Philofophiques. Car il 
elt vrai que la peine éternelle, qui elt infinie en 
fa durée , n'eft due au péché mortel que parce 
qu'il elt contre Dieu qui eft infini. En cela ils 
ont raifon. Mais en quoi ils ont tort,& ce qui 
a caufé leur erreur, eft qu'ils fe font faull^ment 
imaginez, qu'afinque le péché mortel foit cenfé 
erre contre Dieu, il faut qu'il foit commis avec 
quelque connoifTance de Dieu, félon cerre faulfe 
penfée de leur Théologien de Dijon:F>z<? attion 
mmvaife n eft point une ojfenfe de Dieu, fi on ne 

con- 



(ji Seconde Dénonciation 

VI. Art. connott point que cefl une ojftnfe de Dieu: Actu 
malus non efl ojfenfa Dei, nifi cognofcatur ejfe oj 
fenfa Dei : Ce qui eftune fuite de cette autre ei 
reur plus générale : Ferfonne ne pèche qu'autan 
qu'il connott & comprend la malice du péché 
Nemo peccat^nifi quatenm fcit & intelligttma 
litiam peccati. Toutes maximes contraires au: 
veritez de l'Ecriture Sainte & de la Traditioi 
de l'Eglife cjue S.Thomas a fort bien connues 
Apprenez donc de ce Saint : Que foit que le pé- 
cheur connoilîe Dieu ou qu'il ne le connoi(f< 
pas , il y a toujours deux c'hcfes dans tous le: 
crimes qu'il commet : Averjîo ab incommutabiU 
bono, & converfio inordinata ad commutabile bo- 
■*«w.Un éloignement du bien immuable 3 qui elt 
1 Dieu,& un attachement déréglé au bien muable. 
: Et c'eft de là qu'il conclut ce qui fuit : Ex par- 
te ergo averjionis ab incommutabiU bono , confe- 
quïtur peccatum mortale reatus pœna &tern& : ut 
qui contra &ternum bonum peccavit in Aternurn 
funiatur. C'tST donc a cause de Paverjion 
. du bien immuable , que le péché mortel doit être 
puni d'une peine éternelle, par ce quilefl jufie que 
celui qui a péché contre le bien éternel , qui cft 
Lieu, [oit éternellement puni. C'eft pourquoi il 
remarque au même endroit, que ce qui fait que 
Je péché véniel ne mérite qu'une peine tempo- 
relle , elt qu'il y a feulement dans ce péché, 
inordinata converfio ad bonum commutabile Çne 
avcrfione à Deo , parce que celui qui ne pechc 
que veniellement a feulement quelque affection 
déréglée pour un bien temporel, mais fans quit- 
ter Dieu qui e(t fa dernière fin , auquel il de- 
meure attaché par la charité, que cés fortes de 
-péchez ne font pas perdre. 

Il s'enfuit de là i. qu'il n'y a point de péché 
grief contre la droite raifon , qui ne foit aufll 

contre 



d'une nouvelle Herejic. G$ 
ontrcDicu, parce qu'il n'y en a point, félon S. VJ. A*t. 
rhomaSjen qui ces deux chofes ne fe trouvent, 
iverfio ab tncommutabtli bono , (y> converjio ad 
ommutabtle bonum. Et par confequent il n'y 
:n a point qui ne foit tout enfemble Philofo- 
|)hique & Theologique. i. Qu'il n'y en a point 
tufli qui ne mérite la peine éternelle, parce qu'il 
♦ft jufte que celui qui a péché contre le bien 
îternel, qu'il devoit aimer plus que toutes cho- 
ses, foit puni éternellement. 

Mais voici une autre preuve qui fait bien voir 
qu'il n'efl: point necefTaire que Je pécheur con- 
noifle le bien immuable dont il s'éloigne en pé- 
chant mortellement, afin qu'il y ait daus Ton pe- 
1 ché une averpon de ce bien qui eft Dieu. C'elt 
que hors les péchez qui regardent Dieu directe- 
* jment, comme la haine de Dieu & les murmures 
1 contre Dieu, ce même Saint enfeigne, que Va- 
verfion du bien immuable fe trouve dans les au- 
tres péchez mortels, prêter intentionem peccan- 
tis ,fans que le pécheur ait intention qu'elle s'y 
trouve, mais par une fuite inévitable de fon at- 
tachement criminel au bien muablc. 

G'elt ce qu'il dit bien expreffément en deu-x 
endroits. Le i. cit i.i.q.77-art.i<.ad i. Tajfio eft 
eau fa peccati ex parte converÇionis : gravitas au- 
tem peccati magis atîenditur ex parte averfionis t 
quA quidem ex converfione fequitur per accidens-, 

td eft PRETER INTENTION EM PECCANTlS. Le 

| i. elt iz. q. i9. a. i. ad i. Divifio hominis à- 

DeoJ NON EST INTENTA A PECC ATORE SED 
PRETER INTENTIONEM E]US ACCIDIT ex inor- 

dinata converfione ej us ad commutabile bonum. 
Voilà, n;es Pères, ce qui vous doit ouvrir les 
' yenx.Vaverfion de Dieu quife trouve dans tout 
' péché mortel, eft ce qui fait que tout péché mor- 
tel eft une griéyc offenfe de Dieu , qui mérite 

• d'être 



64 Seconde Dénonciation 

VI. Am. d'être punie par une peine éternelle. Que I 
cette etverfion de Dieu ne fe trouvent dans le pe 
ehé mortel,que lorsque l'intention du pecheu 
feroit qu'elle s'y trouvât, côme il eft clair que il 
pécheur ne pourroit avoir cette intention qu'i 
n'eût quelque connoimmee de Dieu,*, ous pour- 
riez prétendre avec raifon, que celui qui n'au-| 
roit aucune connoilîance de Dieu, ne pourroii 
commettre de péché qui fût une griév-e ofFenftl 
de Dieu, & qui méritât la peine éternelle. Mais 
puis qu'il elt certain au contraire, comme faim 
Thomas l'enfeigne h" expreh T ement,que hors les 
péchez qui regardent Dieu directement , cette 
averfion fe trouve dans les autres péchez mor- 
tels pr&îer intentionem peccantis , fans que le 
pécheur ait intention qu'elle s'y trouve, mais 
comme une fuite naturelle & infeparablc de loti 
criminel attachement à un bien moindre que 
Dieu, pour qui il elt créé ; vous devez recon- 
noîtie vôtre erreur, & renoncer à ce paradoxe 
impie , que quelque débordée que foit la vie 
des Athées , qui n'ont aucune connoilîance de 
Dieu ni actuelle ni habituelle, ils ne fçauroient 
commettre de crimes qui méritent d'être punis 
■éternellement dans l'enfer. 

Tout cela, mes Révérends Pères, ne regarde 
que les Théologiens. Car les bons Chrétiens 
qui vivent dans la (Implicite de la Foy, demeu- 
rent fermes dans ce qu'elle leur enfeiçne , fans 
en vouloir pénétrer les raifons ; ils n'en ont 
pasbefoin pour detefter les fentimens de vôtre 
Ecrit , autant qu'ils ont fait la doctrine de la 
Thefe. Il fuffit de le leur expofer nettement 
& clairement pour les leur faire avoii en hor- 
reur. 

ha 



EN 



£-tmc nouvelle Herefîe. C$ 

VI. 

E N QJJ O Y L E S 

ESUITES deLOUVÀIN 

CONVIENNENT, OU 
DIFFERENT DE LA 
THESE de DI J O N. 

u ~\ 7"Ous convenez a^ec la Thefe des defîni- 
V tions du péché Philofpphique & Thec- 
Logique, & vous les entendez de la même for- 
te : c'eft à dire que pour commettre uti pcché 
Philofophique, il faut félon vous fçav-oir , ou. 
Ce douter que ce que l'on fait.eif contraire à la: 
droite raifon:&pour en commettre un Theo'o- 
gique,il faut fçavoir oafe douter que ce que Ton. 
fait eft contraire à la loy de Dieu. Car autre- 
ment, fe'on \ os méchans principes, ce. péché ne 
feroit pas ibera tranÇgrejfio Icgn divins., 

2. Vous convenez encore aveela Thefe , en. 
ce que vous croiez qu'un péché grief comme un 
adultère ., ou un homicide , peut êcr: .Philoso- 
phique fans être Theologique., 

}. Vous convenez , que le péché- , pour être 
Theologique, doit être commis avec quelque 
eonnoilfance de Dieu actuelle ou habituelle. Il 
eft vrai que vous ajoutez habituelle, aw-Beu c|ue 
laThefe vouloit qu'elle fût actuelle. Mais vous 
n'y gagnez rien pour ce qui en: des Paiens. Car 
ils avoient auïïi peu de cernioiflance habituelle 
de Dieu qu 'actuelle. 

4. Vous convenez avec laThefe,quele P.eché 
Philofophique n'e(t point une formelle offenfe 
de Dieu. Vous ne l'avez pa«; dit è^teHerrscîrf 
dans votre Ecrit. Vous avez pû craindre qu'^o 

F n'e" 



66 Seconde £>ér,o?îiiatit>n 

. A k t. n ' en fut trop choqué. Mais vous n'y avez rienl 
gagne ; puis qu'on a depuis recouvré quinze 
Thefes fcûtenué's dans les Pais-Bas , ou' vous 
le'-dites en termes exprès. 

5. Vous vous déclarez contre la Thefe, quand 
vous ; avouez que le pecht ' Philo fo»hi que , s'il efi 
grief, efi mortel, & quil rompt l 'amitié de Dieu 
avec l homme. Car je fuppofe que vous êtes de 
ce fentiment , que vous aflureZ être celui de 
prefque tous les Jefuites. 

6. Vous revenez à la dcdriitedè la Théfe,en* 
prétendant que le pechéPhilofophique, quoique 
grief, ne mérite point la peine éternelle , parce' 
qu'il n'y a que l'infinité de laMajefté divine trié- 
prifée par le péché Tbeologiqi'e,qui fafle méri- 
ter au pécheur un fupplice éternel. C'eft ce que 
nous venons devoir^ ce qui eft encore confïr- 
mé par vos Thefes rapportées dans le 1. Art. 

7. Mais en cela vôtre ^yfteme cil plus difficile*- 
à ; allier que celui de la Thefe. Car puifque felori 
tous le péché Philofcphique qui eft grief . effc 
en péché mortel qui rorrpt l'amitié deDieu avec 1 
l'homme, comment celui qui en meurt chargé, 
pourroit-il ne pas être du nombre de ceux dont? 
l'Evangile dit : Et ibunt ht in [upplicium atev- 
num ? Y a-t-il un Chrétien à qui on n'ait pas , 
appris dés fon enfance , que tout homme qui 
meurt en état de péché morrel , eit chmné fans" 
reil'ource pour toute l'éternité? Pe-tit-on attendre 
autre chofe pour une ame qui fort dé ce mcmdé ! 
en mourant dans le péché, que la féconde mort 
qui e't ladannation éternelle ? D'où avez-vous 
appris qu'il foit jufre d'en excepter les meur- • 
triers, les adultères, les abominnbles, & toutes 
fortes d'autres criminels qui féroieht rriortS 
dans l'Atheifme , fans ^voir jamais eu aucune 
con*ioiiTan:e de 3}ieu ? 

1. Mais 



cCune nouvelle Here fie. 6j 
i. Mais afin qu'ils ne foient pas impunis , VI. A*r. 
ous prenez un tempérament dans vôtre Ecrit, 
ont vous n'aviez rien dit dans aucune de vos 
i f. Thefes. Mais ce tempérament n'eft pas 
Jjioias inexplicable : 6)uoy que leurs péchez, di- 
1 :s-vous , n'atent efté que Philofophiques , ils ne 
mtijferoat pas d'aller au fupplice. éternel , mais 
X wai femb table ment ils ne Joujfriront pas le feu 
ïï/es f.immes infernales pour toujours. Peut-on 
* c louer plus viiiblernent de la parole de Dieu ? 
- Tous les Catholiques , & comme je croi tous 
> es Chrétiens , hors les difciples de Socin , les 
;>lus impies des hérétiques , croyent que. ces 
paroles de l'E vangile : Et ceux -cy iron t au fup- 
)iice éternel , font une tres-bonne preuve de 
.'éternité des geines des médians. Cela n'ac- 
commode pas lès libertins. Et vous leur don- 
ocz un bon moyen de s'affranchir de cette 
crainte» en difant de vos pécheurs Philofo- 
phiques, qu'ils iront au fupplice éternel r mais 
que vrai-fmblablemcnt ils ne fouffriront que 
pour un tttns & non peur toujours le feu des 
flammes infernales. Car fi cela fe peut foufTcir, 
qui ne fe croira bien fondé , de dire de tous 
les autres damiez, ce que vous dites de ceux- 
là , qu'ils iront au fupplice éternel, mais que 
ce ne fera que pour un teins , & non pour 
toujours qu'ils le fentiront ? Et il fera aifé par 
là de faire revivre les. rêveries des Origeniftes, 
en faifant revenir fur la terre pour y vivre de 
nouveau ceux qui auront fatisfait à la juftice 
de Dieu par un fupplice de quelques fiecles. 

Mais comment ceW fe fcra-t-il ? Expliquez- 
nous le Syfteme dont vous êtes gros, & que 
vous êtes- peut-être prêts d'enfanter. Une ame 
qui a quitté fon corps fe trouvant fous l'efcla- 
vage du péché & du Démon, fans avoir )3- 

F i mais 



68 Seconde Dénonciation 

VI» An. mais connu ni aimé Dieu, changera-t-ell'e jfll 
difpcfition étant en enfer? Si vous dites cju'cllu 
en changera j fera-ce fans grâce ou par grâce ; 
Le i. Teroit pis que le Pelagianifme. Le i. fe- 
ioit quelque chofc. de bien nouveau ;C]ueD:ei 
changeât dans l'enfer par la grâce de feîus- 
Chnlt le cœur des Athées darinez pour" leur! 
crimes. Si vous dites que cette ame ne chan- 
gera point, & qu'elle demeurera toujours dans 
la méchante difpcfition , où' vous avotie? 
qu'elle s'eft trouvée à fa mort ; il n'y a donc 
point de raifon que la peine celle , puifqu'il eft 
de Tordre de la juftice de Dieu que le méchant 
toit puni tant qu'il démeure médian. 

Ainfi , mes Révérends Fercs , vôtre Syfte- 
me du Pecké Thilofophïque eft un peu différent 
«Je celui delà Thefe de Dijon. Mais tout com- 
pté & .tout rabattu , il ne renferme pas moins 
d'impiété , & ne mérite pas moins d'être dé- 
noncé à l'Eglife comme une nouvelle & très- 
Ipernicieufe Herefie. 



ARTICLE VII. 

VII. Queftion. Si tes diverfes évaftons. 
de t Ecrit des Jefuités -peuvent rendra 
fnpportables lenrs nouveaux dogmes 
touchant U Péché Philo fophi que. 

ÏL y a de certaines hercfîes,dont la fimple ex- 
pofition y fait trouver des chofes fi contrai- 
ns aux premières notions du Chriitianifme , 
qu'on n'a befoin que de les bien expliquer, & 
-de les rendre fenfïbles par des exemples parti- 
culiers , peur les faire deteiter. 

Telle 



d*'une nouvelle Herefe. 69 
Telle cil la nouve lie Hercfie du Péché Tin- VII. Aîlt{ 
fophiqne que l'on prétend qui ne mérite 
oint de peine éternelle. On peut n'en être 
ue médiocrement frappé ,xjûand on ne fait pas 
ne attention particulière à quoi cela s'étend» 
ais il n'y a pcrfonne qui n'en ait horreur, 
uand on luy a fait, comprendre , qu'on ne 
auroit être perfuadé de cette doctrine, qu'on? 
e foit obligé de cro-ire qu'il y a des mille.mil- 
ons de Payens , qui n'ayant point connu 
îeu ; comme S. Paul le témoigne > peut gentes 
hsl ignorant IDeum , fer-ont exemts de la dan- 
ation erernelle, quoique leur vie ait elté ex-i 
émement débordée en toutes fortes d'impu- 
teZjôt d'autres crimes , comme le même 
Apôtre nous l'allure-, & qu'on le fçait auVi par 
leurs Livres. Et qu'il en doit être de même v de 
mille millions d'Américains , de Chinois , & 
de Japonois , avant que l'Evangile leur fut 
prêché. 

Vous avez bien vû , mes\Reverends Pères ^ 
que vous feriez révolter tout le monde con- 
tre vous , fi vous avouiez que vôtre doctrine 
du Péché P.hilofophique exemtoit des peines 
éternelles de l'enfer tant-de millions de Payent 
adonnez à toutes fortes de vices Et, c'elt à 
quoi vous. n'avez point trouvé d'auttexemedej 
qu'en, tâchant de faire croire qu'il étoit rare 
que les péchez des Payens ne fuiîent que Phi^, 
lofophiques : & qu'ainfi quoi qu'il ibit vrai 
-qu'on ne meriee pas des peines éternelles quand 
on n'a commis que de ces fortes de péchez, il 
ne s'enfuit pas que des mille millions de 
Payens ayent efté exemts des fupplices éter- 
nels , parie qu'il y en a peu qui n'ayent com- 
mis que des péchez Philofo^h qr.es. Mais il eft 
fcifé de ruiner par vous-même cette fauiTe fury 



70 Seconde Dénonciation 

Vfl. Aat. pofitkm. Car que pouvez-vous répondre à cç 4 
«leux argumens ? 

L Argument. 

Selon tous tout péché grief qui n'eft poini 
Theoiogique, ou n'elt qu'un péché mater el 
qui ne mérite aucune peine, ou n'effc qu'un p 
ehé Philosophique qui n'en mérite point d' 
ternelle. Je mets ces trois membies, : parce 
qu'il arrive Couvent félon vous que l'on ne pe 
che ni Theologiquement ni 1 hilofophiqu 
ment , en commettant une méchante action , 
comme lors qu'on e(t fortement perfuadé 
qu'elle n'eit point méchante , & c'eft ce que 
tous appeliez ne pécher que matériel lemeno. 
Il fuffit que j'en aye averti une feule fois» 
Gar s'agiflant de l'exemption des peines éter- 
nelles , fi les péchez Philofophiques en font 
exemts félon vous , à plus forte raifon les pé- 
chez matériels. 

Or par les deux définitions que vous donnez 
«iu péché Theolcgique , il elt clair que les 
^ayens, dont S. Paul dit qu'ils ignoroient Vieu^ 
«'en cemmettoient point de tels. 

Tous leurs péchez étoient donc ou maté- 
riels ou Philofophiques. Et par confequent 
ifl-s n'en commertoient feîon vous qui mentaC- 
fent les peines éternelles de l'enfer. 

La première définition , qui me fournira le 
premier argument , elt de vôtre Ecrit. Après 
avoir dit que ï éternité des peines doit être pro- 
for, tonnée à F infinité de la Majefté divine me* 
f ri fée par le Ptché 'Theoiogique , vous ajoutez, 
c*efl à dire par le péché commis avec quelque 
(onnoilfetr.es aftue'Ue ou habituelle de Dteu. 
Yoilà donc ce que vous appeliez un. péché 

Théo- 



d'une nouvelle Herefie. 71 
heologique : un péché commis avec quelque VII. A*Ty 
mnoijjance dt Dien actuelle ou habituelle. 
Or ce feroit une folie de prétendre , que les 
ibères, les Caïus, les Nerons , les Heliogaba^ 
:s , ôc autres femblables monftrcs de cruauté 
: d'impureté , n'ayent commis les crimes dont 
3Ute leur vie a elté fouillée , qu'avec quelque 
t onnoilfance de Dieu actuelle ou habituelle ; 

: il en eft de même des millions de Payens de 
: 1 qualité de ceux dont S. Paul àh^ficut gentes 
ha ignorant Deum. 

C'eft donc une folie de croire que les pe- 
liez qu'ils ont commis ayent efte des péchez. 
. heologiques félon la définition que vous 
vez donnée de ce péché : & par confequent 
Is n'ont elté au plus que Philofophiques & 
.'ont point mérité félon vous des peines cter- 
ieUes. Ce font donc des mille millions de 
'ayens aux péchez defquels l'éternité des fup- 
;lices de l'enfer ne feroit pas proportionnée , 
•arce qu'elle n'elt proportionnée qu'au péché 
Theologique. 

II. Argument. 

Ce fécond argument fera pris de cette autre 
^finition du péché Theologique : Libéra 
Vanfgreflio legis divin & : une libre & volon- 
•aire tranfgreflîon de la ioy de Dieu. D'où il 
i'enfuit, que pour commettre un péché Theo- 
ogique il ne faut pas feulement (elon vous 
avoir quelque connoilfance de Dieu actuelle 
du habituelle, mais il en faut aufïî avoir de 
(a fainte loy. Et c'eft ce que vous reconnoif- 
fez vous-mêmes lors qu'oppofant les péchez 
Ê-hilofophiqucs aux Theologiques, vous dires 
que ces derniers font cc»x qui je font avec ime 



ji Seconde Dénonciation 

VU. Arï« connoiffance du moins obfcure (y habituelle d< 
Dieu et de sa Sainte Lot. Or il n'y a ricr 
que des millions de Payens ayent moins con 
nu qu'une Ioy de Dieu qui eût commandé le: 
vertus , & défendu les vices. La plufpart beu- 
voient l'iniquité comme l'eau ; de îbrte qm 
leurs péchez pouvoient être plutôt matériel 
que Philofophiques iélon cette maxir. e des 
Jeluites d'Ai.r: Intrcptda confeientia circa tlli 
ctt. m exeufat àpeccato. Et pour quelques a 
très qui faifoient profeflïon d'être vertueux, 
ik ne prenoicn: pour règle de la vertu & du vi« 
que la droite raifon , comme on peut voir pai 
les Livres de la Morale d'Arilfote, deCiceron, 
de Seneque , de Plutarque. De forte que quand 
leur vie étoit contraire à leurs préceptes, ce qui 
arrivoit fouvent,ou qu'elleétoit aiTez conforme 
à leurs opinions relâchées touchant de-certains 
péchez , tels que l'ont' ceux d'impureté , il eft 
clair que leurs péchez n'étoïent que Philofo 
phiques , ou que ne croyant pas mal faire ils ne 
pechoient que matériellement félon vou-s. 

Voilà donc félon cette féconde définition 
du péché Theoîogique , encore plus que félon 
la première, des millions de Payens qui n'ont 
!>.omt mérité des peines éternelles pour tous 
les péchez, qu'ils ont commis^arce qu'ils n'en 
-ont point commis de Theologiqucs , qui ne fe 
font que par ceux qui ont quelque eomioijÇmk 
ce de Dieu & de fa fainte Loy. Ce font les 
propres termes de vôtre Ecrit , qui les exemte 
«le l'éternelle dannation , lorfque S. Paul les y 
condanuepar cet (Xacle divin : g^i fine lege 
-feccaverunt fine lege pertbunt. 

Vôtre P de Reux a bien vu qu'il falloit 
autre chofe pour diminuer le nombre des Infi- 
! belles & des fceierats à qui vous feriez obligé 

4e 



d'une nouvelle Herejie. 75 
te faire grâce pour, l'éternité des peines en vil. A**t. 
uivant vôtre doctrine du péché Philoiopluque. 
1 l'a cherché ,' & ce qu'il a trouvé coniîfte en 
feux adverbes, tantijper , inculpât}. Et voici ce 
Ijue c'eft. 

On peut, dit-il, être privé de la conno'tjfancs 
le Dieu & de fa fainte Loy en deux manières • 
>u par fa faute, ou fans -fa faute. Quand on en 
•it privé par fa faute, les péchez griefs que 
'on commet pendant cette ignorance ne font 
>as feulement Philofophiques , ils font aufîi 
Idéologiques. Et par confequent ils méritent 
les peines éternelles. Mais fi ce n'eft pas par 
a faute, c'eft alors qu'ils ne font que Philoîe- 
)hiques,&: qu'ils ne méritent pas des peines eter- 
îelles. Or il eft rare qu'un homme fou privé 
le toute connoiffance de Dieu & de fa fainte 
oy fans qu'il y ait de fa faute Ç inçulpate ) Se 
mand cela arrive ce n'eft que pour un peu de 
:ems , tantijper. 

Il y a aufli quelques mots dans vôtre Ecrit 
]ui pourroient embrouiller cette difpute , s'ils 
ittoient écîaircis. C'eft où vous parlez de ceux 
fui ferotent morts avec un péché de larcin , par 
txemple , avant que d 'avoir connu l'être fouve- 
*ain , au moins sous une ide'e obscure ou 

GENERALE. / 

Enfin il faut dire quelque chofe de ce que la 
Thefè de Dijon avant alfuré généralement que 
le péché Philofophique ne mérite point c!e peine 
éternelle, vous le reftreignez dans vôtre Ecrit 
* haleine éternelle du fens ou fenfible. 

Vcilà ce qui nous refte à examiner, pour vous 
ôter tout ce qui femble diminuer l'impiété de 
vôtre doctrine du péché Philofophique. Je le 
Feray par diverfes Reflexions , afin de mieux 
eclaircir ce que vous. tâchez d'embrouiller. : Se 



74 Seconde Dénonciation 

je commcnccray par ce que je viens de prop*. 

fies le dernier. 



ARTICLE VIII. 

T. Refl:xion. Si on acte bien fondé de re- 
flretndre dans l'Ecrit a la peine fenfiblc 
cternelle, ce qm a été dit généralement dt 
la peine éternelle dans la Thefe d-eD'-jon. 

ON a remarqué avec raifon dans lu ncuveJk 
tfm_//V, qu'il n'y a gueres eu de vos Théo- 
•logiens qui ayent raifonné plus confequem- 
ment fur vos principes que vôtre Profelleur Je 
Dijon. Cela parcît principalement en ce qu'il 
conclut : Que le péché Philosophique n'étant 
point une formelle offenfe de Dieu, ne mente 
pas des peines éternelles : non efi Aternâ fœ;. 
dignum. En quoi il a efté fuivi de vôtre P. de 
Reux , dans la Thefe foûtenue" en i6 8< . cii il 
dit généralement : Peccatum Fhilolcphicumcum 
non fit formait s offienfa Dti.pœms fempittrnis 
fnulti eximunt , nec immeriib* 

On ne voit donc pas pourquoi ce même 
Pere de Reux dans fa The'e de l'année d'aupa*. 
ravant , 6c vôtre Pere de V os en 5. Thefes dif- 
férentes, n'ont pas voulu raifonner de la même 
forte, mais fe font avifez d'ajouter le mot de 
fenfus à celui de pœna Aterna. Peccatum Fhi- 
lojophicum non efi formait s ojfenfa Dei , xeane 
'Hdeb meretur pœna* sixsûs Aternas. Et c'elt 
aufîî ce qui vous fait dire dans vôtre Ecrit: 
6)xe ces pécheurs Fhilofôphïques ne foujfrircnt 
pat pour toujours le feu des flammes infernales. 
Vous a'avez ajouté le mot de fenfble à ce'ujr 

4c 



étune nouvelle H ers fie, 75 
âc peine que par pure caprice ians aucun ombre VHI» A*.t« 
de railon. 

Car il dfc de foy qu'il y a deux fortes de pei- 
nes que la jultice de Dieu a jugé proportion*- 
nces aux crimes des médians : Les corporelles 
& fenfibles, qui font appelites dans l'Evangile, 
gehenna ignts -, & les fpirituelles, dont la princi- 
pale elH irrévocable privation delà polldlion 
de Dieu qui peut ieule faire le bonheur de 
l'homme. A quoi on doit ajouter une confeien- 
cc rongée par des remords inutiles de tout ce 
qu'on a fait de raa!,& un cœur déchiré par des 
pallions que la mort n'a point éteintes , mais 
qui en font devenues plus vives, & qui ne pou- 
vant plus être fatisfaites , caufent autant de 
tourment qu'elles ont caufé autrefois de volu- 
ptez criminelles. 

Ces deux fortes de peines font infinies en du~ 
rée ; puifque lafoy nous apprend que les unes & 
ies autres feront éternelles. Mais ia principale 
des fpirituelles, qui elc appeilée dans l'Ecole 
2œna damni , a une infinité qui luy eit propre, . - 
•comme remarque S. Thomas, en ce que c'eft la 
privation d'un bien infini. 

S'il y a donc quelque chofe dans la punition 
des médians qui foit proportionné à l'infime 
Majelfcé de Djeu contre lequel ils ont péché , 
c'efl d'être irrévocablement privez de la polfef- 
fion du bien fouveram & infini. Et par cenfe- 
quent c'elt cela que vous devriez prendre pour 
peine proportionnée a l'infinie Maiefié de Die.'t 
méprifée pur le péché Tbeolcgique , ce.fi a dire 
par le péché commis avec quelque conneiffance 
de Dieu. Et comme vous fuppofcz ( quoique 
tres-fauiTement ) que cette infinie Ma je (H n'elc 
pas mépriféc par les péchez Fhilofoj h cr^, 
c'eft a dire par les plus horribles crimes com- 

G 1 mit 



76 Seconde Dénonciation 

VIII. Aat. mis Tans aucune connoilfance de Dieu, vous e» 
.auriez dû conclure, pour raifonncr confequem- 
jnent, que le péché Philosophique n'étant point 
une formelle offenfe de Dieu , ne mente point 
la privation irrévocable de la poiïeilïon de Dieu 
comme bien fouverain & infini. Mais comme 
il auroit fallu , que ces pécheurs Philofophi- 
ques damiez pour un tems eu fient fù un jour 
devenir faints, peur ne pas vous faire condam- 
ner comme Sectateurs en partie d'une des plus 
extravagantes opinions des Origemiles , vous 
vous êtes contentez de les exemter de l'éterni- 
té des peines fenubles ; Non merentur pœneu 
fenfus Mémos. 

II eit cependant bien étrange que vous n'ayez 
pas vu que rien n'eft plus déraifonnable que 
cette reitriétion, & qu'elle détruit tout ce que 
vous avez voulu établir en faveur du péché 
Philofcphique. Car la peine du feu,& toute au- 
tre peine Jenfîèlena rien en elle-même que de 
fini, comme S. Thomas l'a remarqué. Elle ne 
peut donc être infinie que par la durée , lors- 
qu'elle dure éternellement. Vous le reconnoif- 
fez vous-même: L'éternité , dites-vous , fait 
l'infinité de ce fuppUce fenftbleXt c'eltde là que 
vous concluez que vos pécheurs Ihilofophi- 
ques pourront fouffrir pour un tems, & non pour 
toujours le feu des fiammes infernales : parce 
que n'ayant pas oiFcnfé par leurs pei liez, com- 
me vous lefuppofez, la Majeité ii finie de Dieu, 
une peine infinie en fa durée ne leur elt pas due. 
Or toute peine éternelle eit infinie en fa durée. 
Il faut donc que vous dif ez généralement & 
fans re(tric~tion,que le reché rh'.lofophique ne 
mérite aucune peine ecernel'e :Non mereturpœ~ 
Atern/ts. Non efi àternâ pœnâ dignum. Et 
c'eft impertinemment que vous reftreignez cela 

aux 



d'une nouvelle Herefe.. 77 
îax peines fenfibles, comme vous faites fouvcnt 
dans vos Thefes : Non meretur pœnas fenfus 
éternas. 

Un exemple pourra vous convaincre que cette 
addition de (en fus eit ridicule , &; que voue 
• Théologien de Dijon a eu raifon de ne la pas 
•|f!ti€ttre. Si j'avois pris pour antécédent cette 
proportion : Notre ame n'efi point étendue , ce 
feroit tres-bien conclure : Donc elle nefi d'au- 
cune figure,parce que la figure efi le terme de l'é- 
tendue. Mais ce feroit n'avoir pas de fens , que 
d'en vouloir conclure feulement : Donc elle nefi 
bas de figure quarrée, en laUfant foufentendre, 
qu'on ne nie pas qu'elle nefoit de quelque autre 
figure, comme pourroit être la figure ronde. 

Il en eft de même en cette rencontre. Vous 
prenez pour antécédent. L'éternité de la peine 
qui en fait l'infinité n'elt due qu'au pechéTheo- 
logique, par lequel la Majefté infinie de Dieu, 
connu pour telle , eft formellement offenfée. 
Qui ne voit que vous devez conclure de là , 
comme on a fait dans la Thefe de Dijon: Donc 
le pe, hé Philofophique ne mérite aucune peine 
éternelle , quelle quelle foit. Et non pas vous 
reftreindre à la peine fenfible étemelle , comme 
il toute autre peine éternelle que celle-là 
pouvoit être due au péché Philofophique. 
Ce qui eit la contradictoire de la preuve que 
vous employez pour exemter ces pécheurs 
Philofophiques de cette forte de peine éter- 
nelle , qui eft la peine du fens, Car elle n'effc 
point fondée fur ce que cette peine eft fenfible, 
mais feulement fur ce qu'elle efl: éternelle, ce 
qui en fait, dites-vous, l'infinité. Et par con- 
séquent ou cette preuve ne vaut rien , ou elle 
doit être bonne pour toute autre peine éter- 
nelle. 

G 3 Pour 



7 S Seconde Dénonciation 

Art. Pour rendre cela plus feniible , nous n'avons 
qu'à appliquer à d'autres peines éternelles qui ] 
compoferont la danuation des méchans ce que 
vous dites de la peine du feu. 

Ce fera une des plus coniîderables , que celle 
que Tefus - Chrift a marquée par ces paroles 
qu'il rejeté par treis fois : vbi vtrmis corum 
non moritur , en y joignant ce qu'il dit du feu , 1 
& ignis nen fxtinguitur ; pour montrer que] 
l'un Se l'autre fera éternel. Or par ce ver qui 1 
ne meurt point il y a tout lieu ce croire, que 
Jefus-Chrift a entendu le ver de la confeien- I 
ce , qui fera fentir aux méchans l'énormité de 
leurs crimes, dont ils ne fe feront point re- 
pentis pendant leur vie. Suppofcns donc qu'un , 
pécheur Philofo^ hique ait empoîfonné pere 
8c mere, & commis les abominations les plue 
brutales, il nefaudroit pas qu'il en eut lacon- • 
icience éternellement bourrelée. Car ce que 
vous dites du feu, on aura autant de droit de le 
dire de ce ver de la confeience. L'éternité fait 
l'infinité du tourment de ce ver de la con- 
feience. Or des péchez Philcfophioues qui 
n'ont point blelîé l'infinie Ma efté de Dieu, ne 
méritent point un tourment infini. Et par con- 
fequent il ne feroit pas jufte que ce pécheur 
I h;lofothique eût la confeience rongée par 
le remords de ces crimes pendant toute l'éter- 
nité. 

Une autre des peines fpirituelles des reprou- 
vez e(t le tourment que leur caufent leurs pro- 
pres pafîions fortifiées par de longues habitu- 
des , que la mort comme j'ay déjà dit, n'aura 
pas éteintes, mais qui en ferent devenues plus 
vives par la feparation ce l'ame d'avec le 
corps. C'e f t ainfi dit S. Auguftin , que Dieu 
fait reluire un ordre incomparable dans les de- 
for- 



d'une nouvelle Herefie. 79 
ordres du péché , en Te fervant des médians VIII. Akt. 
nèmes pour les punir. Il arme contre eux leur 
iropre corruption. Il fait que les mêmes cho- . 
es mu ont fervi aux hommes d'initrumens pour 
curs platiirs & pour ofFenfer Dieu , fervent à 
)ieu d'inftrumens pour punir les hommes : Vi 
■ ni, fnerunt dcleciamenta bommi psecanti ,ftnt 
nftrumenta Domino pununti. Ainfi i'orguçil , 
'envie , l'avance , l'impudique , & enfin toutes 
es payions , qui forment icy tout le plaifïr des 
uperbes , des envieux , des avares , & des im- 
nidiques , deviendront dans l'autre vie leur 
mis grand tourment ; parce que Dieu Us aban- 
donnant à la paflaon à laquelle ils le font aban- 
donnez eux-mêmes , ils en feront pofledez plus 
.] ic jamais. Ainii Te trouvant tout enfembie 
ians un extrême delîr de iatisfaire leur paffioa, 
3c dans une extrême impuilîance de le faire, on 
pciïS juger quelle e'à cette p.ine par ce qui ar- 
rive en ce monde, lorfque des hommes poiTe- 
cîez de violentes pallions ne les peuvent aifou- 
vir. Il faudra que vous difiez encore a l'égard 
de cette peine ce que vous dites de celle du 
feu , que le pécheur Philoiophique ne la ref- 
fentira que pour un tems , Se non pour tou- 
jours 5 parce que fi c'étoit pour toujours, l\- 
terni.é feroit L infinité de cette peine. Or une 
fsine infinis ne peut être proportionnée qu à 
l'infinité du la Majeflé divine méprijée par le 
f cjé Théo logique 

Je vous ay déjà fait voir que cette confequen- 
ce eli incomparablement plus forte à l'égard 
de la principa'e des peines fpirituelles , qui eft 
la privation totale de Dieu comme b en fouve- 
ram & infini, dont la claire vue eft feule capa- 
ble de nous rendre heureux. Mais je puis en- 
core fur cela vous renvoyer à l'école dç funt 

G 4. Tho- 



to Seconde Dénonciation 

VOL Akt. Thomas, que vos Configurions vous obligent 1 
d'écouter comme vôtre maître. 

Je vous ay déjà avertis que félon ce Saint Do- 
creuril y a deux chofes dans le péché mortel : 
Averjto ab incommutabili bono : & converfi§ 
inovdinata ad commutabile bonum. Cequefaintj 
Auguftin avoir enfeigné avant luy , lors qu'il I 
Lib. r. de dit : Que tous les péchez peuvent être compris \ 
Ub. ^irb. fous un feul genre :Lors qu'on fe détourne des 
?• 34- chofes divines & immuables, & que l'on s'atta- 
che aux muables & incertaines. Omnia pecca- 
ta hoc uno génère contintn , cum quifque aver- | 
titur à divmti veréqtie manentibut^ & ai mu- \ 
t-abilia atque incerta- convertitur. 

S. Thomas diltingue auffi deux fortes de pei- 
nes dues au pechë mortel. La peine fenliblc, 
pœna fensth^m eft celle du feu ; & la privation 
du bonheur éternel, qui s'appelle pœia damni-. 
Mais raifonnant tout au contraire de vos fai- 
seurs de Thefes, & infiniment mieux qu'eux, il 
enfeigné par tout , que c'eft à caufe de l'atta- 
chement criminel qu'a eu le pécheur au bien 
muab\Q,prvpter converfîonem inordtnatam ad bo- 
num commutabile , qu'il fera- puni de la peine 
(enfible du feu: Et que ce fera au contraire pour 
s'être éloigné de Dieu qui elt fon fotfverain 
bïen^propter averfionem ab incommutabili bono, 
qu'il fera puni par la privation irrévocable du 
bonheur éternel, 
„ i. i. qu. 87. a. 4. o. 55 La peine doit être 
n proportionnée au péché. Or il y a deux cho- 
3 , fes dans le péché ( il entend le péché mortel^ 
3 , l'éloignement du bien immuable qui eft infî- 
5, ni ; & de ce côté-là le péché elt infini. Et 
« l'attachement déréglé au bien muab!e ; & de 
ce côcé-la le pèche eft fini , parce que le bien 
n muable eft fini , & l'action de l'homme qui 



Jtune nouvelle Herefie. 8r 
'y attache eft finie au fli. Ainfi la peine qui ViII. A».*-, 
épond au péché à caufe de Vavcrfion , eft 

~ : - elle du dam, qui eft infinie , parce que e'eft 
i perte d'un bien infini qui eft Dieu : & celle 
juï y repond à caufe de l'attachement dére- 
lé , eft la peine fenfible qui eft finie. Pœna* 

•■' roportionatur peccato. In peccato autem du* 

: wt : Quorum unum eft avevfio ab incommu- 
abili bono quod eft infinitum : unâe ex bac 

:; - arte peccatum eft infinitum : Alterum quod eft 

• n peccato , eft inordinata converfto ad commu- 
abile bonum ' Et ex bac parte peccatum eft 

• Initum , tum quia ipfum bonum cemmut abile 
•ft finitum , tum etiam quiajpfa converfto tft 

; mita : Non enim pojfunt ejfe attat créature in- 

■ miti. Ex parte igitur averftonis reïpondet pec- 
ato pœna damni , qu& etiam eft ïnfinita : Eft 
mim amijfio infiniti boni , fcilicetDei. Ex parte 
wtem inordinata converfionU ref^ondet ei pœna- 
ensûs , qui, etiam eft finita. 

Accordez , fi vous pouvez , mes Révérends 
Pères , la doctrine de vôtre Ecrit avec cette 
doctrine de S. Thomas. Vous y rapportez un 
endroit de la Thefe du P. de Reux contre M. 
Steyaert , qui prétendoit avec raifon , que les 
péchez de ceux qui ignoreroient abfolumenr 

■ s'il y a un Dieu , ou qui fe feroient fortement 
perfuacez qu'il n'y en a point , ne laifleroient 
pas d'être Theologiques. Vôtre P. de Reur 
combat cette doctrine : & prétendant que dans 
rii-ypothefe de M. Steyaert ses péchez ne fe- 
roient que Philofophiques , il cite cet endroit 
de S. Thomas ? Si poffet effe converfto ad bo- 
num commutabile fine averftone à Deo , quam~ 
vis effet inordinata non effet peccatum mortale. 
zi. qu. u>. a. 3. comme lui étant favorable, 

contraire à M. Sceyaert. Ce Pere veut donc, 

& 



8l Seconde Dénonciation 

VtL Art. & vous avec lui , que dans le péché Philofo | 
phique ( tels qu'il veut que foient ceux que M 
Steyaert voudront qui fuirent Theologiques 
eft ïnordmata converfio ad bonum commatabtle 
fine averfione à Deo. 

Or S. Thomas enfëigne deux chofes , com- 
me nous venons de dire : L'une que le pecht 
grief a une malice infinie , ex parte averfionù 
a Deo , qui eft un bien infini. L'autre , que 
Ja peine qui lui eft proporrionnée ex parti 
averfioriu a Deo , eji pœna damni , qui eft in-< 
finie , parce que c'eft la perte d'un bien infini, 
qui efl: Dieu. 

Vous ne fçauriez donc foiitenir , comme 
vous faites après vôtre P. de Reux , que dans 
le péché Philofophique eft inordinata conver* 
fio ad bonum ccmmutabiie fine -averfione à 
Deo , que vous ne foiez obligez de dire ( à 
inoins de renoncer à la doctrine de S. Tho- 
mas , contre l'obligation que vous avez de la 
fuivre par vos Conftitutions ) que le pécheur 
Philofophique ne pourra être que pour quel- 
que tems privé de la vûë de Dieu , comme les 
ames qui font -en Purgatoire ; mais qu'il n'en 
peut être privé pour toujours , parce que ce fe- 
roit la peine du dam, pœna damni , qui étant 
infinie, parce que c'eft la perte irrévocable d'un 
bien infini , n'eft point proportionnée au perhé 
Philofophique , dont la malice félon vc us n'eft 
point infinie. 

Il faut donc , rres Pères , ou que vous n* icz 
pas de fens commun, ou que vous vous joùieï 
du monde, en faifa n femblant de n'exemter vos 
pécheurs PhilofoohiqUes que c'e la peine éter- 
nelle du feu de l'Enfer, & non pas de toute au- 
tre forte de peine éternelle. Car pour peu qu'on 
ait de bon fens , on voit tout d'un coup, que 

fouf- 



d'une nouvelle Herefîe. 83 
|x qu'on enfeignc dans vos Eco!es ces deux VIII. Art*, 
^chantes propolirions : La 1. ActtM ?nalus non 
, offanfa i>ct ni fi cognofcatur ejfe ojfenfa Dei. 
1 i. Peccato quantumvis gravi non debetur 
jina Aterna , mji fit formait; ojfenfa majeftatis 
.finit a cognitA qua talis : c'eft vous donner 
■ t oit d'en conclure en taifonnant jufte, qu'il y 
eu une infinité de grands pécheurs parmi les 
acions qui n'ont eu, comme l'Ecriture le té- 
■'■ oigne, aucune connoifiance du vrai Dieu, qui 
3n feulement ne fouffriront point la peine eter- 
•■ ;lle du feu d'enfer , mais qui doivent même 
:re exemts de toute autie peine éternelle, & à 
.us forte raifon de la peine du d*?n y qui eft la 
rivation éternelle de la vue de Dieu , comme 
i la vient de vous le démontrer par les princi- 
es tres-folides de l'Ange de l'Ecole. Ainfi on 
erra revivre quelque chofe de femblable à Ter- 
4 :ur des OrigeniItes,du changement des dannez 
n bienheureux,aprés la révolution de plufieurs 
ecles. Car en raifonnant félon vos principes, 
fin que Dieu ne foit point injulte en punilTant 
I es pécheurs Philofophiques plus qu'ils ne me- 
itent de l'être , il faudra qu'après leur avoir 
ait fouffrir pendant plufieurs millions d'années 
outes les peines de l'enfer , il les en délivre 
nfin , parce qu'ils ne doivent fouffrir aucune 
•eine éternelle , &: qu'il les reçoive dans fon 
loyaume,pour y jouir du bonheur éternel avec 
es autres bienheureux rparce que s'ils en étoient 
>rivez pour toujours, ce feroit la peine du dam> 
}iù étant infinie , en ce que c'efb la perte d'un 
jien infini, ne feroit pas proportionnée à des pé- 
chez dont la malice eft finie, tels que font félon 
vous tous les péchez Philofophiques. Quelque 
horrible que cela foit, il faut que vous l'admet- 
tiez,ou que vous renonciez à vos faux princi| es. 



S 4 Seconde T> enonciation 
Vlli- Art. Il femble néanmoins que ce n'eft pas la feu 
crainte de vous faire condanner en admettai 
une chofe fî étrange, qui a elté caufe que vot 
vous êtes contentez fouvent d'excmter vos pt 
cheurs Philofophiques de la peine éternelle d 
fens. C'eft peut-être auiïi que dans les fauflc I 
idées qu'ont la plufpart de vos Théologiens d 
l'amour de Dieu, vous ne pouvez pas regarde 
comme une peine fort considérable d'être priv j 
éternellement de la polîeflion de Dieu , lor I 
qu'on ne fouffre point autre chofe. Car pou 
avoir le fentiment que tout Chrétien doit avoi 
de la grandeur de cette peine, il faut connoîtn 
quel bien c'eft à l'homme que d'être uni à Diei 
par amour ; & de pouvoir dire avec S. Auguftin 
C*nf. Ub.t. §l Ue 'vous fuis-je, Seigneur, pour m honorer d'un 
+*p. s- Commandement aujfi doux qu'efi celui de voui 
aimer, & pour ne pouvoir foujfrir que j'y manque 
fans vous mettre en colère contre moi, & fans me 
menacer de grand es mi fer es ? Helas , Seigneur, 
n'eft-ce pas une ajfc^ grande tnifere que de ne 
-vous point aimer, Mais peut-on regarder com- 
me une grande rnifere de ne pas aimer Dieu, lors 
cru'on en regarde le Commandement comme un. 
joug pefant,dont on eftbien aife d'être déchar- 
gé ; lors qu'on fe figure fsuflement que c'eft un 
avantage de la Loy nouvelle , que les Chrétiens 
foient moins obligez d'aimeiDieu que n'étoient 
Jes Tuifs j lors qu'on ofe enfeigner cet horrible 
paradoxe, qu'on peut être fauvé C?.ns avoir fait 
en toute fa vie aucun acte d'amour de Dieu , 
pourveu qu'en craignant d'être danné on n'ait 
r oint manqué d'abfolution ; lors qu'on foûtient 
f Dans une dans uneThefe publique • Que l'homme n'eft 
Thefe des point tenu d'aimer fa dernière fin , ni dans le com- 
pfnt^^ 1 * 1Tiencement nl dans I e cours de fa vie mora'e: 
Mouflon* Bomo non tenetur amare finem fuum ultimum 
±6*9. ' neqne 



tune nouvelle Hcrefte. S 5 
9-ine in principio , neque in dtcurfu vit a Jua VIII* Art. 
gratis Un autre partage de S. Auguttin nous 
ira juger s'il n'y a point d'autre peine à crain- 
te en enfer que d'être brûlé. Si Dieu vous di- Serm. 
jt pour vous éprouver ; le vous permets de fai- de v V r{f ' 
\ tout ce que vous voudrez, , de contenter tons * ' ' 
hs defirs, de r épater pour licite tout ce qui vous 
t le plus agréable ; je ne vous puniray point 
HP cela , je ne vous précipiteray point dans les 
Airmîns de l'enfer, il ne vous manquera qu'un* 
jtle chofe.qui e fi que vous ne verrez, jamais mort 
fkg$ '■ fi à ce mot vous demeure^ épouvanté, 
■;Jt une mirque que vous aime^j Si vôtre cœur 
1 eft é.nà, s'il en eft troublé; & si vous con- 

IDEREZ COMME UNE TRES-GRANDE PEINE, 

e ne point voir Dieu, c'efi figne que vous aimez, 
raffinement ■ Si expavisti, amnsli : Ji ad hoc 
\ontrernuit cor tuum , & in non videndo Dee 
vagnam pœnam putasii , gratis amaïlt. 

Mais il eit à craindre que cela ne vous tou- 
:He gneres , & que ce faintDo&eur n'eût lieu 
te vous dire ce qu'il dit en un autre endroit : 
Donnez-moi un amateur du plailir celefte qui 
,fe trouve dans l'amour de Dieu, & il fentira ce . 
jue je dis. Donnez-moi- un homme qui le defire, 
& qui en foit affamé Donnez-m'en un qui fe 
regarde comme voiageur en ce monde , qui y foit 
altéré^ & qui foûpire d'ardeur après la fource de 
lapatrie étemelle :donnez-m' en un tel que celui- 
là, & il Ji ntira bien en lui-même ce que je dis. 
Mais fi je parle à un homme froid Jl n'y comprend 
rien. Da amantim, & fentit quod dico , &c. 
S* autem frigido loquor , nefeït quod loquor. 



À R- 



8£ Seconde Dénonciation 



ARTICLE IX. 

II. Reflexion fur ces mots ambigus 

Connoitre Dieu at4 moins fous une idt 
obfcure ou générale. 

COmme on parle fouvent dans cette difpu 
ce de la comioillance,ce Dieu , que voo 
prétendez être necelfaire, afin qu'un péché fo: 
Theologique & mérite la peine éternelle, il ei 
important d'en fixer la notion, afin d'empêché 
que vous ne la rendiez incertaine par des addi 
tions obfcures & ambiguës. Or c'eft ce qu< 
vous tâchez de faire dans vôtre Ecrit. Car dan! 
le loin que vous avez pris de diminuer le nom- 
bre de ceux dont les péchez n'auroient efté que 
Philofophiques , vous en propofez un cas, qut 
vous dites être à peu prés MetapTiyfique , c'eft 
à dire n'arriver prefque jamais ; & vous le fai- 
tes en ces termes. Si vous pofe^ le cas , qui efi 
à peu pr, ; s Metaphyjlque, quil y en a ( c'eft des 
Américains que vous parlez) qui font morts aux 
■premiers momens de l'ufage de' la raifon avec un 
péché de larcin , par exemple , avant qu'ils euf- 
fent connu cet Efi re fouverain , au moins sous 

UNE IDEE OBSCURE OU GENERALE , on VOUS 

avoue que ce piché ri 1 a été que Thilofopbique. 

On voit bien que vôtre defTein n'eft que ât 
brouiller , & de vous ménager tcû;ours quel- 
que détour par où vous puiffiez vous échaper. 
"Je ne m'arrête pas prefentement à cette ima- 
gination ridicule, qu'afin que dans vôtre Syfte- 
me le péché d'un homme qui ne connoît pas 
Dieu, ne foit que Philofophique , il faut qu'il 

l'ait 



d'une nouvelle Herejie. 87 
ait commis dans les premiers momens.de l'u- iX. Art. 
ige de raiion. On voit bien qu'elle eft fondée 
xi vôtre Théologie des grâces fumfantes , que 
)ieu ne manque point de donner à tous ceux 
ui en ont befoin. Cela vous fait fuppofer que 
)ieu étant tout preft d'éclairer cet Américain, 
tfour fe faire connoître à lui auflî-tôt qu'il au- 
3 1'uiage de raifon , l'Américain l'avoit préve- 
• ,u de quelques momens , aiant cité plus promt 
; i offenfer Dieu par fon larcin , que Dieu à lui 
lonner la grâce actuelle , qui par une îllumi- 
î.ition intérieure eût mis fon entendement en 
ftat de le connoître. C'eftdequoi nous parle- 
ons dans la fuite, 
t : Jen'ay delîein ici que de vous demander pour- 
quoi voulant marquer que cet Américain étoic 
mort n'aianu point encore de connoiffance de 
Dieu , vous ne vous êtes pas contenté de dire, 
Hvant qu il connut l'Etre Souverain , mais que 
rous avez ajouté , au moins fous une idée ob- 
feure ou générale. On juge aiféir.ent que c'a été 
pour érendre à plus de perfonnes la connoilîan- 
) ce de Dieu , afin de diminuer le nombre de ceux 
j qui n'auroient commis que des péchez Philofo- 
f .phiques, & rendre par là vôtre doctrine moins 
: odieufe. Mais on ne voit pas que ces mots puif- 
fent être pris qu'en deux feus, qui ne pourroienc 
ni l'un ni l'autre quadrer à vôtre Syftemc. 

Le premier feroit de regarder comme aiant 
eonnu Dieu ) au moins fous une idée obfcure ou 
fenerale , tous ceux qui ont reconnu quelque 
Divinité vraie ou fauile,une ou plufiems. C'ett 
ce qui nous fait quelquefois diitinguer dans le 
Paganifme les Idolâtres des Athées, c'eft à dire 
les adorateurs de Jupiter, de Junon, Mars , & 
autres fauffes Divinitez , de ceux qui ne recon- . 
»oiiîoient rien au deflus <ie la nature , comme 

ont 



Seconde Dénonciation 
Aat. ont elle parmi les Païens , un Théodore, & U 
Diagoras , qui pour cette raifon fut appel] 
Athée. Et c'elt aulli le foupçon que bien d( 
gens ont d'Epicure , qu'il n'avoit admis de 
Dieux en forme humaine qui nefaifoient nenii 
ne Te mcloient de rien, qu'afin de ne paflet pa 
.pour ennemi de toute Religion : lnvidia de\ 
-teflanda gratiâ, dit Ciceron , Epicurus re tollii 
■eratione relmqmt Deos. 

Mais vous ne pouvez point dire qu'il ait fufi 
de connoître de ces fortes de Dieux que le 
Paiens adoroient , pour avoir commis des pc 
-chez Theologiques. Ce n'eft point là cett< 
Majelté infinie que vous dites être meprifé< i 
par le péché mortel Theologique j ce qui lu] 
fait mériter l'éternité des peines. Ceux qui oni 
eu le plus de Religion e:nvers de tels Dieux, 
comme S. Paul le difoit des Athéniens , ont eu 
encore befoinde ces grâces (uffifantes que vous 
prétendez que Dieu ne manquoit pas de leur 
donner au moins avant leur mort, afin qu'ils le 
<;onnuiTent, ou que ce fût par leur faute qu'ils 
manquoient à le connoître. 

Enfin le Dieu qu'ignorent ceux donr les pé- 
chez ne font que Philo fophiques , eft le Dieu 
dont vôtre P. de Reux dit que l'exiftence fe peut 
démontrer ; ce qu'afîurément il n'a pû enten 
die que du vrai Dieu, C'eft le Dieu dont il eft 
parlé dans la définition du péché Theologique, 
entant qu'il eft oppofé au péché Philofophiqu 
dans une de vos Thefes de l'an 1687. Teccatx 
Theologicum eft gravis fermalis offen/a D 
fub ratione fummi & infiniti boni agniti : & c'e 
de là que l'on conclut que le péché Philofophi- 
qu e ne mente pas de peine éternelle : Quia non 
tftformalis oJfenfaDei fub ratione fummi & in- 
finiti boni agniti. Or on voit allez que cela ne 

con- 



£ une nouvelle Hère fie. 8^ 
i invient qu'au vrai Dieu , & non aux faux IX ' Ad- 
ieux adorez par les Idolâtres. 
Jl eft donc conltant que dans cette difpute , 
jand on parle de l'ignorance ou de la connoif- 
;j ;nce de Dieu,on le doit entendre du vrai Dieu, 
\ i Dieu vivant qui a fait le Ciel & la Terre, 
fc iquel S. Paul exhortoit les Gentils de fecon- 
. ;rnr. Ceft pourquoi encore qu'il fçût tres- 
ïien qu'ils- n'étoient pas fans Religion, ni fans 
):eux qu'ils adoraflent , il ne laiflepas de dire 
u'ils ignoroient Dieu : Sicut gentes qu& ïgno- ^ 
zntDeum : Dantisvindittam iis qui nonnove- Epi' 2. m 
unt Deum : Se même de les appeller Athées, /. Tuejj'. 
omme il fait dans l'Epître aux Ephefiens. i- s « 
•11 y a un autre fens qu'on pourroit donner à 
; es mots, dont nous recherchons l'explication. 
j?e feroit de prétendre que ceft connoitre Dieu 
\ \ous une idée confufe & gêner aie, ope de le con- 
evoir fous l'idée du bien univerfel, du bien en 
.ommun, du fouverain bien conçu en gênerai 
Il confufément. Les prenant de la forte , on 
jfous avouera fans peine, non feulement qu'il y 
»-peu d'Athées,mais qu'il n'y en eut jamais, &: 
]u'il n'y en peut avoir. Car tout le monde con- 
naît Dieu, fi c'eft connoître Dieu que de Ce pr-o- 
p-ofer pour fin de fes a&ions ce bien gênerai & 
univerfel , auquel nôtre volonté fe porte par 
une neceflké naturelle, comme S. Thomas l'en- 
feigne en divers endroits , & ce qu'il fait en- 
tendre erre la même chofe que de fe propofer 
d'être heureux , puis qu'on fçait ce que dit Ci 
fou vent S. Auguftin , qu'il n'y a peribnne qui 
n« le veiiille être. 

Il s'enfuit de làj que vous renverferiez- vôtre' 
Syiteme du péché Philofophique , Ci vous con- 
fondiez la connoiffance du bien en gênerai avec 
la connoiffance de Dieu. Car puis qu'agir pour 

H C£ 



<)0 Seconde Dénonciation 

Art. ce bien univerfel , eft la même chofe que d'agii 
pour être heureux j comme l'homme ne fait 
rien que pour être heureux, il s'enfuivroit qu'il 
ne feroit rien aufTi qu'en fe propofan: Dieu 
pour la fia de fon aétion. Il n'y auroit donc 
point de péché qui ne fat Theologique. Et ce 
cas que vous dites être à pe^uprés Métaphori- 
que , ne feioit pas feulement Metaphyilque , 
mais impoilible. 

De plus, c'elt une des pièces de ce Syfreme, 
que l'exigence de Dieu ri eft pas connue par elle- 
même quant a nous j mais qu'elle fe peut dé- 
montrer d'une manière proportionnée a l'intelli- 
gence du peuple même. Ce font les propres ter- 
mes de vôtre P. de Reux. Vous n'a* ez donc pu 
entendre par là antre chofe que Texiltence du 
Dieu vivant qui a fait le Ciel & la Terre. Car 
pour ce qui eft du bien univerfel , du bien en 
commun, nous n'avons pas befoin qu'on nous 
le démontre j il nous eft connu par lui-même, 
& c'eft ce que l'entendement propofe fans cède 
à la volonté. 

Enfin vous fuppofez en un autre encroit que 
les Infidelles ont befoin des fecouis de la grâ- 
ce pour connoître Dieu : mais qu'ils ne fom 
pas toujours dûs : d'où il peut arriver qu'iis- 
pechent en ne le connoiiîant pas ; & ces pé- 
chez alors ne font qûe i hilefophiques. Or il 
paroît par ce que nous venons de dire que ce- 
la n'arriveroit point fi la ccnnoifîance du bien 
univerfel & du bien en cemmun étoit fufrî- 
fânte félon vous peur pécher Theologique- 
ment. Vous donnez donc fiijei ce croire que 
c'eft par un ef rit de chicane , que pour 
avciïer que le péché d'un Américain n'auroit 
efté que Philofoph'que , vous ne vous ères pas 
conteuté de iuppofer qu'il l'avoit cemmis 

Avant 



d'une nouvelle Here fie. 51 
tvant qu'il connût Dieu , mais que vous ajoutez X. A aï» 
:es mots ambigus , au moins jous une idée ob- 
cure ou générale. 



ARTICLE X. 

(II. Reflfxion fur le tantijper & P/'«- 
cpilpate du P. de Reux. 

IL paroît que \' inculpât è Se le tantijper font 
les fubterfuges dont ves Théologiens ne Te 
fervent que lors qu'ils en ont befoin pour élu- 
der les Hallages & les exemples de l'Ecriture, 
qui font voir la faulfeté de ces deux méchantes 
maximes : Aciuf malus non cfi peccatum formu- 
le nifi cognofcaiur mâlltia peccati .'Une mau- « 
, vaile action n'elt point un péché formel , à e* 
moins qu'on ne connoifîe la malice de l'action. ce 
Acius malus non eft offenfz Dei, fi non cognofca- 
tur effe ojfen/a Dei : Une action m.mvaife n'eit ce 
point une offenfe de Dieu , à moins qu'on ne ce 
connoifle que c'eft une offenfe de Dieu. «e 

Une preuve que ce ne fent que des fubtei% 
fuges , c'e't que cet inculpée ne vous vient 
gueres dans l'efprit quand vous propofez vô- 
tre lentiment fur l'une ou l'autre de ces deux 
maximes. 

Vôtre P. Bauni, par exemple, dit abfolumenr, 
& fans faire aucune mention de Y inculpât} dans 
£a Somme des péchez p. 906. Afin qu'une action 
Joït volontaire , il faut quelle procède d'homme 
qui vne , qui ffache , qui pénètre ce qu'il y a 

Vft BIEN ET DE MAL EN ELLE. Si bien que 

quand la volonté a la volée , 0> fans difcxjficn 
Je porte a vouloir ou abhorrer , faire ou laiftr 

H 2. quel- 



51 Seconde Dénonciation 

X. A a t. quelque chofe , avant que l'entendement ait fi 
"voir , s'il y a du mal à la vouloir ou à L 
fuir , la faire ou la laijfer , telle action n'est 
ni bonne ni mauvaise , d 'autant quavan 
cette perquifitton , cette vue, ou reflexion <?, 
TeSprit dejfus les qualité^ bonnes ou mauvaife, 
de la chofe à laquelle on s'occupe , ï action avei 
laquelle en le fait ri eft pas volontaire. 

Vôtre P. Pirot décide la même chofe autî 
nettement dans Ton Apologie pour les Cà- 
fuiites p. 38. Sans liberté il n'y a point de péché: 
&pour avoir la liberté d éviter le péché, il fant 
^connettre qu'il y a du mal dans ce que l'on fi 
'fropofe de faire. 

Vos Théologiens d'Aix en Provence enfei* 
'^nent auffi abfolument & fans la reitriétion de 
l'inculpatè dans une The fe foiitenue* en 1686. 
93 QiL e quand nous faifons une action qui eft m 
33 licite , Ci nous la faifons avec une confcience 
^ urrepide & qui n'en a aucune peine, nous fom- 
M me-s cxcufcz du péché : Confcientia circa iîlicm 
tum intrepida excufat^à pêccata. 

Vos Pères d'Anvers dans une Injtrucîion qu'ils 
ont faite pour leurs Millionnaires dans les Pro- 
vinces-Unies , qui a déjà etté imprimée huit 
fois,- donnent cette leçon à ceux qui s'exami- 
hent fur les péchez de leur jeuneife , qu'ils ne 
fe doivent croire coupables que quand ils onr 
- connu que.ee qu'ils faifoient étoit péché. Cart- 
on nepeche , difent-ils , que quand on fait & 
que l'on comprend que ce que l'on fait efi péché.' 
Nemq enimpeccat nifi quatenus feit & intelli^ 
git malitiam peccati. S'ils avoient crû que cela 
h'efl: pas véritable , quand c'eit par fa faute» 
qu'on a ignoré qu'une telle action étoit péché,- 
ils auroient bien vu que c'écoit tromper leSi 
kunes gens que de ne leieur pas dire^puifque 

c'étoit 



de la nouvelle H ère fie. 93 
s. étoit les porter à ne Te point conférer des pe- X, Akïv 
iez confiderables-qu'ils auroient tres-fouvent 
1 croire être de véritables péchez, quoi qu'ils 
gnoraflent en ce tems-là, parce qu'ils avoient 
/jet de croire que c'étoit par leur fau e qu'ils 
j [ignoroient. 

;;» [ Votre fameux P. Eftrix établit la même 
:gle fans faire aucune mention de Yinculpate 9 
. ins fa Tlicfe.de. 1668. Nulfrm efi peccatum 
', jrnale , nifi. -cmfeientia hic & n-unc judtcet de 
-alitia. Il n'y a point de péché formel fi la cc 
^nfeience ne juge dans chaque cas particulier cc 
Lie cc que l'on fait elt mal.] cc 
! Un de vos. Pères d'Anvers a enfeigné auiîi 
ans une Thefe foûtenuë dans cette Ville le 9. 
ijuillet 166$. Que le péché mortel Theologi- 
1 iue ne mérite la peine éternelle , que parce 
u'il eft gravi* ojfcnfa perfonA dignitatis infini- 
\ \i cognits. qua. talis. Parce que l'on ojfenfe grie- 
1 \ement une perfonne d'une dignité infinie , cju& 
• pécheur C0NN01T estre telle. Il n'ajoute 
oint autre chofe. Or il y a une infinité de li- 
ertins qui repayant fur les péchez de leur jeu- 
cflTe , pourront afitirer qu'ils ne les ont point 
ommisen penfant qu'ils offe n foi ent grièvement 
ne perfonne d'une dignité infinie .5 mais qu'ils 
'ont penfé qu'à fe fatisfaife en ioiïiiTant des. 
laifîrs des fens , qu'ils croioient feuls capables 
e les rendre heureux. D'où ils auront lieu de 
onclurc que leurs péchez n'ont point mérité 
e peine éternelle. 

Et vous-mêmes , mes Révérends Pères , vous 
'avez. pas pris plus de précaution que les au- 
res > quand vous avez voulu rendre raifon dans 
ôtre Ecrit , pourquoi il n'y a que le péché 
'heologique qui mérite des peines éternelles, 
:<juele péché Plulofophique r,e Jes mérite pas. 



94 Seconde Dénonciation 

X. Art. U eft Tans doute que vous aviez une obligati< 
particulière de vous bien expliquer dans u 
matière li importante , & de ne rien cmeti 
qui fut necelfaire pour marquer vos vrais fe 
timens. Or nous av ons déjà vû que vous le f; 
tes en ces termes. 

L'Eternité qui fait l'infinité du fupplice ftnfib 
doit être proportionnée a. l'infinité de la M aje^ 
divine mé\r:fiéc par le péché TLeologiqt.e, ceji 
dire par le péché commis avec quelque conno, 
fance actuelle ou habituelle de Dieu. N'eft-ce p 
faire entendre a toutes les peifonnes qui ont < 
fens , que le véritable fentiment des "fefuit 
de Louvain eft que tout péché grief, commet 
adultère, commis fans aucune connciliance < 
Dieu ni actuelle ni habituelle , n'eft qu'un p<| 
ché Philofc phique , par lequel l'infinité de I 
Majefté divine nV-t point méprifée, comme el I 
l'eft par le péché Theologique , qui feul p j 
cette raifon mérite la peine eernelle. 

IJ elt donc vifible que V inculpât} ni fon coi 
traire, n'entre point dans les idées naturelles ail 
vous avez de ces deux fortes de péchez , Ph: 
Jofophique & Theologique , & que vous n 
fourrez l'un ou l'autre que pour éluder que I 
que pafTage & quelque exemple de l'Ecriture 
ou pour rendre vôtre doctrine moins odieuf 
C'eft pourquoi le Jcfui e de Dijon qui parc 
plus fin:ere &qui a fuivi de bonne foi vos piir 
cipes, a très-bien reconnu que le pech? ne poi 
■voit être Theologique ni- mériter la peine etei 
nelle , quand m ignore qu'il y a un Dieu , « 
qu'on ne penfe point aèlmllement à Dieu. 



et une nouvelle Herefe. 



ARTICLE XL 

/. Reflexion. Eclairciffement du mot 
inculpatè- Que le prenant comme 
fait le P. de Reux , il ne peut avoir 
l'effet qu'il lui donne, 

L faut néanmoins vous fuivre dans ce faux 
fuiant , & démêler les ambiguitez de vôtre 
culpxte. 

On a dna remarqué dans la première Dé- ^ rf . 
meiation : Que l'homme aiant efté créé pour p, ^ 
>nnoître & fervir Dieu , il n'efl: pas poÏTïble 
!ie fans péché, il ait elle privé de la connoif- 
nce c 3 e Dieu, ni de celle de fa fainte Loy , 
i cit à dire de ce que Dieu demandoit de lui 
)ur ne !e point offenfer. C'eft pourquoi de 
p qu'il y a eu tant de peuples qui ont ignoré 
fouverain Eltre , & ce qu'il vouloir qu'ils fif- 
;':nt pour bien vivre, c'tft une fuite & une preu- 
e du péché originel. Et par confequent ilfau- 
roit être Pelagien pour pouvoir dire que l'e- 
iftence de Dieu puifle êcre ignorée inculpate , 
eftà dire fans la faute de l'homme , fi on re- 
ic-nte jufqu'à la faute qui eit commune à tous 
îs hommes , qui elt le péché Originel , & les 
îites de ce péché, qui font l'aveuglement dans 
entendement , & la corruption dans la volon- 
é , fi fortement attachée à l'amour des biens 
rte7. , que ne ceffant d'appliquer l'efprit à leur 
echerche, elle 'e rend de plus en plus incapable 
e connoître le b ; en fouverain & infini. 

Amfi par rapport à- ce péché & à fes fuites,., 
être iniutyftté ne vous ferc de rien pour di- 

pai- 



$6 Seconde Dénonciation 

Art. nunuer le nombre de vos pécheurs puremcn ! 
Philofophiqucs , que vous prétendez qui feron 
exempts de ladannation éternelle: parce qu'i 
Je diminue trop , & qu'en le prenant de ce côt ! 
là, il ne feroit pas poflible qu'il y en eût au-j 
cun , s'il faîloit pour cela ignorer Dieu i?:cul\ 
£ate, Or ce r/elt.pas là vôtre compte. Vou 
voulez qu'il y en ait à qui vôtre Theologi 1 
accommodante puiffe faire cette grâce de n'êtr 
pas éternellement punis de leurs crimes , mai 
qu'il n'y en ait pas tant que le monde en foi ; 
efFraié , & qu'il en prenne fujet de déteitc 
YÔtre paradoxe. 

Vous êtes donc réduits à vouloir que vôtr< 
inculpute , à l'égard de la connoiflance de Dieu 
foit un inculpatè propre à chaque perfonne, & 
crue pour abréger on peut sppeller perfonnel. Et 
peur fon contraire, il faut aufli que vous enten- 
diez un ctilpabiliter perfonnel , quand vow 
diftinguez en deux claffes ceux qui ignoren 
Dieu , en difantque les uns l'ignorent inculpa- 
it , fans qu'il y ait de leur faute j & les autres 
culpabiliter par leur faute. 

Cela étant, veus de ez dire , que chaque per 
fbnne ignore Dieu par fa faute culpabiltter 
euand elle ne l'a pas connu, quoi qu'el'e ait 
pour le connoître des moiens fufïifans , ou h 
mains ou divins. 

Et qu'une autre perfonne ignore Dieu fans 
faute inculpât* y quand elle n'a pas-eu demoie 
fùfrîfans pour le connoître , ni humains ni 
vins. J'entens par les moiens humains ce au 
homme a pû trouver de h:i-même , ou ce qu 
a pu apprendre par rinftTudion des autfes. 
j'entens par les moiens divins les mouvem 
de grice par lefque!s Dieu éclaire l'entend 
ment , & fait que la volomkconfent à ce q 

l'ente 



tTune nouvelle Herefie. $j 
entendement lui propofe : ou au moins, félon XI. A m» 
être Théologie Molinienne, la met en état d'y 
:>nfentir ii elle veut. 

Suppofant ces deux définitions du tutyahiliteY 
L de Yinculpate que vous ne pouvez pas nier 
lui ne foient conformes à vôtre doctrine : La 
•remierc chofeque j'ay à faire voir , eft que la 

iftinétion que vous mettez entre ceux qui 
i ;norent Dieu par leur faute perfonneIle,& ceux 

ui l'ignorent fans leur faute perfonnelle,qui eft 

ue les péchez des uns mentent la peine eter- 

clle , & non ceux des autres , eft tout à fait 

éraifonnable félon vos principes mêmes. 

Je fuppofe que de deux perfonnes,dont j'ap- 

ellerai l'une Mxvius, & l'autre Titius , Ma:- 
; ius a pû fe faire inftruire par des gens de bien 
lui lui auroient appris qu'il y a un Dieu , & 
lue n'aiant pas voulu s'en donner la peine , il 

ft demeuré dans une entière ignorance de Dieu 
i:de fa Loi. Vous direz fans doute de celui-là 

ue c'eft par fa faute qu'il eft demeuré dans cet- 
b ignorance de Dieu. 

Je fuppofe que Titius a ignoré qu'il y ait un 
)ieu , & qu'il ait fait des commandemens aux 
ommes, fans que félon vous il y eût de fa fau- 
:, parce qu'il n'a pas eu alfez d'efpiit pour ac- 
uerir cette connoiifance par lui-même, & qu'il 
'a eu perfonne qui l'en inftruifit. 
Je fuppofe que l'un & l'autre ait commis des 
dulteres, mais que Titius y ait ajeûté l'em- 
oifonnement du mari pour jouir plus libre- 
lent de fa femme, Se qu'il ait encore commis 
eaucoup d'autres abominations. 

Je fuppofe qu'ils aient connu l'un & l'autre 
ue ces actions font contraires à la droite rai- 
Dn , & à l'honnêteté naturelle , & qu'ainfi 
e foit leurs palfions &. la corruption de leur 

I cœur 



5>8 Seconde DéroKCic.tioK 

XI. Art. cœur qui les aient portez à les faire. 

Selon le Syiteme du péché Philosophique pre 
pofé à Dijon dans fon naturel , ils n'auror 
tous deux commis que des péchez Philofcphi 
ques qui ne leur auront point fait mériter de 
peines éternelles. 

Mais félon ce même Syfteme mitigé & frelat 
par les Jefuites de Louvain, Ma'vius moins mt 
chant que Titius, fera danné pour toute l'eterni 
té, parce que ces péchez n'auront pas feulemen 
été Philofophiques,mais aufii Theolcgiques.I 
Titius ne le fera que pour un tems, parce cjue fc 
péchez, quoique beaucoup plus griefs que ceu: 
de Ma?vius,n' auront été que Philofophiqucs. E 
la raifon de cette différence , eft que Msevius ; 
eu des moiens de conr.oître Dieu dont il ni 
s'eft pas fervi , & que Titius n'en a pas eu. Di 
forte que le premier Ta ignoré culpxbiliter , & 
l'autre inculpate. 

Mais rien n'elt plus déraisonnable que de fon- 
der fur cela la damnation éternelle de Maevius,& 
la dannation temporelle de Titius. Car la négli- 
gence qu'a eue Maevius de fe faire inftruire n'î 
point dû être félon vous un pechéTheologique 
puifque quand il a négligé de fe faire inltruire,i 
n'avoit aucune connoifihnce de Dieu ni actuelh 
ni habituelleifans quoi vous prétendez qu'il n'j 
a point de péché Theoloo;iquc. Comment don< 
cette négligence auroit-elle pû faire que fe! 
adultères , qui n'ont été de leur nature que de; 
- péchez Philofophiqucs, félon la définition que 
tous en donnez, foient devenus Theologiques 
& lui aient fait merirer la dannation éternelle 
que félon vôtre erreur il n'auroit pas méritée 
fans ccla'Il eft clair de plus que cette négligence 
deMa? vius n'a point été la caufe de les adultères. 
C'elt la paflien , c'elt l'attache aux plaifirs des 



d'une nouvelle Herefie. 59 
- rens,qui les lui a fait commettre contre fa propre XI. A k r. 
:onfcience, aulïi bien qu'àTitius. Car j'ay déjà 
"îppofé que l'un & l'autre ont bien fçû qu'ils 
faite i eut mal en les commettant. C'eft donc une 
lirhimere de vouloir que cette négligence à fe fai- 
I. :c inftruire,qui n'a point été la caufe des adulte- 
Ires de M#vius,ait pu les rendre infiniment plus 
griefs que ceux deTitius joints à beaucoup d'au- 
i :res crimes, en faitant que les premiers auroient 
dû être punis pendant toute l'éternité , & les 
derniers feulement pendant quelque tems. 

Voilà, mes Pcres,en quels abîmes on fe jette 
quand on ne veut pas s'arrêter aux veritez de la 
Foy,& que l'on s'engage à raifonner fur de faux 
principes inconnus aux Saints Peres,&aux plus 
habiles Docteurs de l'Ecole. Etudiez mieux vô- 
tre S. Thomas, comme vos Conltitutions vous 
y obligent, & vous y apprendrez que tout pé- 
ché mortel mérite la peine éternelle, parce qu'il 
zit contre Dieu , Se qu'il eft contre Dieu, par- 
ce que l'action du pécheur eft contraire à la 
Loi ctemeile, foit que le pécheur fçache qu'el- 
le y eft contraire, foit qu'il ne le fçache pas, & 
encore même qu'il ne fçût pas qu'il y a un Die». 
Il fufEt que par un dérèglement volontaire il 
faffe un Dieu de la créature, en y mettant fa der- 
nière fin. Car cet attachement criminel à la 
créature, qui eft appelle par ce Saint , converfio 
inordinata ad commutabile bonum^ enferme en 
foi un éloignement de Dieu ( averfionem ab in- 
commutabili bono) fans que le pécheur le veuille 
{pr&ter intentionempcccantis)Sc par confequent, 
comme nous avons dit ailleurs, fans qu'il Toit 
neceîîaire qu'il le fçache. Or c'eft cela qui fait 
le péché mortel, Se qui le rend digne c'e la pei- 
ne éternelle, feion cet Ange de l'Ecole. 



Ii A R- 



iOo Seconde Dénonciation 



ARTICLE XII. 

V. Reflexion. Combien de mil - 
lions de perfonnes ont été privées de 
moiens humains fujfifans pour connoîtrt 
Dieu, avant la prédication de VEvaiu 
gile. 

IL refte maintenant à vous montrer , que 
quand il n'y auroit que l'ignorance de Dieu 
& de fa Loi, que vous appeliez inculpa,tam,Qfx\ 
exemteroit les pécheurs Philosophiques des 
peines éternelles de l'enfer, le nombre ne laif- 
feroit pas d'en être prefqne infini. Et c'eft ce 
qui ne fera pas difficile de faire voir. 

Il faut i. remarquer ce que j'ay déjà dit, que 
n'y aiant point d'ignorance de Dieu & de fa 
Loi , qui pût être appellée inatlpata, à l'égard 
du péché originel , vous devez entendre vôtre 
inculpate ' par rapporta quelque faute perfon- 
nelle • c'eft à dire , qu'un homme eft cenfé 
ignorer Dieu & fa Loi inculpât} , quand il a 
manqué de moiens fuffifans humains ou divins 
pour connoître Dieu & fa Loi. 

%. Un moien eit appelle fum'ant par rap- 
port à la perfonne à qui on dit qu'il fuffit. 
Ainfi un livre de Géométrie peut être un moiea 
fumfant pour apprendre cette feience à un 
homme de fort bon efprit , ou qui aura un gé- 
nie extraordinaire pour cette forte d'étude : 
mais ce n'en feroit pas un pour bien des gens : 
il leur faudroit encore un Maître qui leur ex- 
pliquât ce Livre ., & qui leur en éclaircît les 
difficultez. Or ce font tous les hommes géné- 
ralement , dont la plufpan font fans étude, & 

avec 



d'une nouvelle Herefie. loi 
rvec peu d'élévation & de pénétration d'ef- XII. Aux. 
rit , qui ont befoin de connoître Dieu & fa 
.oi. C'elt donc à l'égard de tous ces gens-là, 
:ui font fans comparaifon la plus grande par- 
Ifie du genre humain, qu'il faut examiner, s'ils 
; { >nt eu ou s'ils n'ont pas eu des moiens J'uffifans 
||our connoître Dieu & fa Loi. Car il faudroit 
/ 'u'ils en eufTent eu , afin qu'on pût dire , félon 
[jous,que c'eft par leur faute qu'ils ont été dans 
ignorance de Dieu &: de fa Loi. Je ne parlerai 
i'abord que des moiens humains , & je parierai 
; i-nfuite des divins. 

f Commençons par ceux dont S. Paul dit , 
•>\ueDieu avoir laiffé toutes les Nations marcher r$, 

'ans leurs voies, c'eft à dire tous les peuples du v ' r S* 
Inonde, hors les Juifs, avant la prédication de 
FEvangi'e. 

r Considérons dans ces peuples les femmes qui 
rnfaifoient la moitié , les foldats , les artifans 
Ifi le refte de la populace , fans aucune appli- 
i ;ation aux fciences, qui faifoient plus des trois 
fiiarts & demi d-e l'autre moitié : comment 
j ! eut-on dire que ces perfonnes avoient des 
noiens fujfifans de connoître qu'il y a un Dieu 
Créateur du Monde , qui défend le vice & qui 
•ommande la vertu.' Vôtre P. de Reux affine 
lans le paflage cité dans la nouvelle Herefie, 
pue l'exiftence de Dieu n'efl: pas connue par 
île-même quant à nous -, non efi nota per fe 
'uoad nos: & il rejette avec dédain en un autre 
ndroi- la démonftrarion la plus facile & la 
'lus claire qvr'on en puirfc donner. Il prétend 
leanmoins qu'elle peut être démontrée d'une 
naniere proportionnée à l'intelligence du peu- 
>le mè re : Demonftrari potcft etiam populariter. 
lu'il nous dife donc s'il croit que le petit peu- 
de Rome , & les païfans des villages de 
I 3 l'Em- 



toi Seconde Dénonciation 
XII. Art. l'Empire P^omain , étoient capables de trouvei'i 
d'eux-mêmes ces preuves populaires de l'exif- 
tcnce de Dieu Créateur du Monde, dont la Loi 
devoit fervir de règle aux actions des hommes : | 
& qu'ainfi ce qu'ils avoient naturellement d'ef- 
prit leur étoit un moien fuffifant peur le con- 
noître. Cela eft fî peu vrai-femblable, qu'en ne 
croit pas qu'il l'cfe dire. 

Ils ne pourroient donc avoir connu qu'il y a 
un Dieu qui eft la règle du bien & du mal que 
les hommes font , que par l'inftruction des au- 
tres, dont la plus ordinaire eft celle eue les 
pères & les mères donnent à leurs enfans. Or 
pour fçavoir fi ce moien étoit propre & fufrî- 
fant pour leur apprendre ces veritez, il ne faut 
qu'écouter ce que dit S. Auguftin fur ces paro- 
**• *' les du Pfeaume 64. Verba iniqucrum pr&value- 
55 runt fuper nos. Tout homme, en quelque en- 
» droit du monde qu'il naifle, apprend la Langue 
ri du païs où il fe trouve , & il en prend lc$ 
m maximes & les mœurs. Car comment un en- 
33 tant né dans un païs idolâtre , n'adoreroit-il 
>5 pras le bois & la pierre , quand fes pères lui ont 
>> infpiré ce culte ? .... Lors donc que les Paiens 
>> fe font convertis à Jefus-Chrift , lorfqu'ils fc 
j? font fouvenus de l'impiété où leurs pères les 
lerem. *' ° nt engagez , en difant avec Jeremie : Certes 
c6.u*rp.» nos pères ri ont honoré que de faux Dieux <& dé 
33 vaines Divinité^ qui ne leur ont pu fervir : 
j) lors , dis-ie-, que ces peuples convertis parlent 
» de la forte , ils renoncent aux fuperftitions & 
» aux facrileges de leurs méchans pères. Mais 
3> parce qu'ils n'avoient été engagez dans ces er- 
33 reurs & dans ces impietez que parles perfua- 
? 5 fions de ceux qu'ils croioient qui dévoient 
33 avoir d'autant plus d'autorité fur eux , qu'ils 
33 étoient plus avancez en âge , celui qui veut 

re- 



d'une nouvelle Herefie. 103 
ktourncr de B.ib/lone à Terufalem , avoue ici XII. Am. 
Ton malheur pallié , & dit : Les difcours des me- « 
-Mans ont prévalu fur notes. Ils nous ont con- tc 
iuits comme ils ont voulu , en nous apprenant cc 
ijieurs égaremens : Ils nous ont rendus Ci- « 
I :oicns de Babylone. Nous avons quitté celui « 
1 qui nous avoir faits, & nous avons adoré ce que cc 
îous avions fait nous-mêmes: Les difcours des cc 
■ méchans ont prévalu fur nous. « 
fi Vous direz peut-être qu'ils pouvoient être 
l'iltruits de l'exiltence de Dieu par lesPhilofo- 
phes, à qui S. Paul témoigne que Dieu avoir 
découvert fa Divinité & fes perfections infi- 
nies. 

Mais 1. les Philofophes n'inftruifoient que 
leurs difciples , & ne partaient point de ces 

I chofes à ceux qui ne faifoient point profefîion 
d'étudier. Car ce n'étoit pas comme dans la Re- 
ligion Chrétienne , où on fait des Sermons à 
toutes fortes de perfonnes indifféremment, pour 
leur apprendre ce qu'Us doivent croire, & ce 
qu ils doivent faire. Ainfi quelque idée que ces 
Philofophes euifent de la Religion, les femmes 
& la populace n'en fçavoient que ce qu'ils en 
voioient pratiquer à leurs Prêtres & à leurs 
Pontifes : de forte qu'ils ne connoifToient au 
lieu du vrai Dieu que des créatures , comme 
les altres ou des hommes morts , dont la fu- 
perftition répandue' parmi une infinité de Na- 
tions avoit fait des Dieux , à quoi on pourroit 
rapporter ces paroles de Ciçeron : Superftitio 

fufa per g'ntcs omnium implevit animos , atque 
heminum imbecïllitatem occupavit. 

1. Quand S. Paul parle de ces Sages qui aiant 
connu Dieu ne l'ont pas glorifié comme Dieu, il 
n'a eu en vue que les Pythagoriciens & les Pla- 
toniciens , Scfur tout ces derniers. Car il faut 

I 4 avouer 



104 Seconde Dénonciation 
XII. Akj> avouer que Platon initruit par Socrate , a dit i \ 
fort belles choies cie la nature divine , quoiqui 
mêlées d'erreurs^comme lors qu'il enfeigne qui I 
ce font des Dieux inférieurs au Dieu fouveraiil 
qui ont créé le monde. Mais ce qui eft remar- j 
quable eft, que ces beaux fentimens de Platon I 
qui donnent une grande idée de Dieu,n'ont én I 
qu'une lumière paiiagere,qui s'elt éclipfée bienJ 
tôt après , & qui n'a paru de nouveau par du 
nouveaux difciples de ce Philofophe, que dans 
le tcms que la prédication de.l'Evangile avoit i 
répandu par toute la terre ces grandes veritez 
de la nature divine , & que Autorité de Jefus- 
Chrift les avoir perfuadéesà toutes fortes d« 
peifonnes. Cela fe voit par les livres de Cice- 
ton,D^ la nature des Vieux. Car comme il étoit 
du parti des nouveaux Académiciens , qui fai- 
foient profeflion de ne s'attacher à aucuneSeftej 
mais de choifir de chacune ce qui leur paroif- 
foit plus vrai-femblabîe, ce qui les obligeoit à 
les étudier toutes , il n'y a point de Livres dont 
on puilfe mieux apprendre quelles étoient les 
opinions des Philosophes Paiens touchant la 
Divinité qui étoient le plus en vogue. Or quoi 
qu'il eut une eftime toute particulière de Pla- 
ton, il fait fi peu d'état de ce qu'il a dit de Dieu, 
qu'il ne daigne pas l'examiner avec quelque 
foin -, mais il le fait rejeuerpar un ces perfon- 
naçes de fon Dialogue comme une opinion tout 
à fait inintelligibIe:g«0^P/^0//tf£ corporeDeum 
effe cenfet, id quale effe poffit intclligi non fotefl. 
Et en effet les Fhilofophes dont il explique les 
fentimens plus au long, qui font les Epicuriens 
& les Stoïciens, convenoient en ccla,qu'ils vou- 
l'oientqu'ily eût plufieurs Dieux , & qu'ils fuf- 
fent corporels. Et c'eft l'opinion qui avoit pris 
le deiTus dans la Philofophie des Paiens il y 

avoit 



iïune nouvelle Herejîe. 105 
oit long-tems. Ils n'étoient donc pas propres X«. A a. Tfc 
donner la vraie idée de Dieu à ceux mêmes 
j'ils inltruifoient. Et on pourroit encore 
oins regarder leurs inftm&ions comme des 
oiens fuffijans pour faire connoître Dieu à 
ae infinité de perfonnes qui ne les confultoient 
oint fur cela , mais s'arrétoient à adorer les 
miles Divinitez du Paganifme. 

3. Ils étoient encore moins propres à faire 
annoître que le Dieu qu'on doit adorer eft la 
erniere fin de l'homme , & h principale règle 
e ce qu'il doit faire & de ce qu'il doit fuir.Car 
on en trouve quelque chofedans Platon,ceux 
ui étoient venus depuis n'y avoient fait au- 
une attention. Ils avoient mis je fouverain 
iende l'homme dans l'homme même. Lesuns 
ans la vertu,les autres dans la volupté : d'au- 
Jres dans la volupté & la vertu : d'autres dans 
1 vertu & les commoditez de la vie : 8c tous 
eneralement n'ont cherché que dans leurefprit 
c leur raifon la règle de leurs devoirs. Com- 
ment donc voudroit-on s'imaginer que les fem- 
nes, les foldats, les artifans, les païfans, & tout 
e refte de la populace raienne , aient eu des 
ttoiens fuffifans pour croire qu'on orfenfe Dieu 
pand on fait urc méchante a&ion , parce que 
a loi de Dieu la défend, ce qui a été entièrement 
gnoréde tous les Philofophes Paiens,au moins 
: tendant plufieurs fiecles? On trouve fur cela un 
:ndroit bien remarquable dans les Offices de 
Ciceron. Il y propofe les raifons de ceux qui 
prétendoient queRegulus pouvoit ne pas gar- 
der fon ferment, dont Tune étoit celle-ci : Sur 
juoi cette obligation feroit-elle fondée } Efl-ce que 
nous craignons que Iupi'er ne foit en colère con- 
tre nous &> ne nous punijfe ? Mais tous les Philo- 
(vpkes conviennent , tant ceux, qui nient la ?*o- 

viden- 



io6 Seconde Dénonciation 

Art. uidence que ceux qui la croient, que Dieu ne I h' 
met en colère contre perfonne,& ne fait de mal \ 
per/onne : NunQUam Deumnec trajet neenoe 
re. A quoi il repond, que cela eft vrai ; & qi : 
ce n'elt point aufli fur cela qu'elt fondée l'obi 
gation de garder fon ferment, mais fur la boil m 
nefoi& fur la juitice. GSuod affirmai e quafiD 
tefte promiferis id tenendum eft. lam enim m 
Ad iram Deorum cvu^ nulla lst Jed adjujl I 
tiam & &d fidem pertinet. Ils ne croioient dorB 
point que le violement du ferment fût un pefl 
ché, parce que Dieu en étoit offenfé, mais feu 1 
lement parce que c'étoit manquer à la bonnM 
foi & à la juitice de ne pas faire ce qu'on avoiB 
promis de faire en prenant Dieu à témoin dl 
cette promelfe. 

Ce feroit donc chicaner & agir de tres-mau-fl 
vaife foi, que de ne pas reconnoître qu'il y a dl 
des mille millions de Paiens , qui n'ont pas et I 
de moiens fuffifans pour connoître Dieu - & f. 1 
fainte Loi, pendant ces tems d'ignorance, cor» ! 
me les appelle S. Paul , qui ont précédé l'ave-fl 
ncment de Tefus-Chrift , lorfque Dieu n'étoiw 
connu que dans la Judée : Notus in lud&â Deus 
& que les Saints du vieux Teftament faifoient 
tant de vœux , afin que Dieu fe fît connoître a 
tous les peuples : ce qui eft Ci bien reprefenté 
par ces vers. 

Dieu d'ifrael dijjlpe enfin cette ombre. 
Des larmes de tes Saints quand feras-tu touche! 

Quand fera le veile arraché , 
gui fur tout l'Vnivers jette une nuit [i ! ombre î 

vieu d'ifrael diffipe enfin cette ombre: 

, lufqii a quand feras-tu taché ? 

AMERICAINS. 

Il n'y a point d'argument plus convaincant 

pour 



d'une nouvelle Hère fie, 107 
Sur faire voir qu'il y a eu des mille millions XII. Ar.t, 
nommes qui n'ont point eu de moiens fuffi- 
is pour connoîtreDieu & fa Loi, que la con- 
.eration des peuples de l'Amérique avant que 
Chrétiens l'eurent découverte- On n'y a 
>uvé nulle part la connoiflance de l'art d'é- 
ire. Et ainfi nuls livres , nulles études, nul 
in de cultiver Ton efprit & fa raifon. Il y avoir 
lelque police & quelque forme de gouver- 
îent en quelques endroits ; comme dans le 
;rou 8c dans le Mexique- Mais il n'y en avoit 
)int dans beaucoup d'autres. Chaque famille 
.oit fouveraine & indépendante , & on ne s'y 
:cupoit qu'à vivre comme les bêtes , en cher- 
iant & en préparant ce qui étoit neceifaire 
>ur le boire & pour le manger , & pour les 
itres commoditez de la vie. Ils n'avoient 
>nc garde de s'élever au delTus des fens , & 
'avoir aucune idée fpirituelle. Comment 
me fe pourroit-on imaginer qu'ils auroient 
des moiens fuffifans pour connoitre qu'il f 
un Dieu Créateur du monde , & que fa Loi 
>it être la règle de nos aérions ? Car il faut 
oûjours fe fpuvenir qu'il eft necelîaire de con- 
îoitre tout cela , afin qu'un péché foit Theo- 
ogique ■> puifque vous le définiriez une libre 
f> volontaire tranfgrcjfion de la loi de Dieu. 
Or c'eft un de vos principes , qu'on n'eft point 
cenfé avoir tranfgreflfé volontairement Ja loi 
de Dieu, quand on n'a point connu que ce que 
Ton faifoit étoit contraire à la loi de Dieu. 



AR- 



ïoS Seconde Dénonciation 



ARTICLE XIII. 

VI. Re flexion. Si tous ceux qt 
n'ont -point en de moiens humait \ 
fujfîfans four connoître Diea , en or 
et* de divins par des grâces actuel 
les. 

ON Te tient affuré que toutes les perfonne 
raifonriables trouveront qu'on a bic 
prouvé'dans la réflexion précédente , qu'il y ; 
eu une infinité de Païens & de Barbares qu 
»'ont point eu de moiens humains fuffifan 
pour connoître Dieu & fa fainte Loy. 
1^11 nous refte à examiner fi faute de moiem 
humains, ils en ont eu de divins qui leur aient 
furfi pour avoir cette conrroiflance. C'eftàquoi 
vous êtes réduits, & voici comme il faut que 
vous raifonniez. 

" On ne peut nier qu'il n'y ait eu une infinité 
de Paiens & de Barbares qui n'ont point eu de 
moiens humains furfifans pour connoître Dieu. 
Mais on ne peut pas conclure de là que félon 
nous ils aient ignoré Dieu in'culpath Car ils 
peuvent en avoir eu de divins, c'elt à dire que 
Dieu, fans le miniftere des hommes, peut leur 
avoir donné des grâces fuffifantes par lefquelles 
i\ n'aura tenu qu'à eux de connoître Dieu , & 
alors ç'auraété leur faute s'ils ne l'ont pas con- 
nu. Or nous prétendons que,felon lesprincires 
de-nôtreTheologie,on ne doit point douter que 
Dieu n'ait donné à tous res Paiens & à tous ces- 
Barbsresqui ont vécu âge d'homme, des grâces 
aéhelles furTSfa tes pour fe faire connoître à 
€Uj. Car c'efl: nôtre grande maxime , que ces 



d'tme nouvelle Herejî*. 109 
tfices actuelles fuffifantes font données à tous XIII. A*ï» 
c ix à qui elles font ncceiîaircs pro loco & tem- 
f e, & urgente pr&cepto quod fine gratta impleri 
tn potefl. En tems & lieu , & lors qu'on eft 
c ligé d'accomplir un précepte qui ne fe peur 
«izomplir fans la grâce. Suppofons donc qu'il 
fi a une infinité de Paiens & de Barbares qui 
i>nt point eu de moiens humains fuffifans pour 
«nnoître Dieu - y c'eft une fuite neceflaire de 
lj;>tre doctrine, que ne le pouvant connoître que 
jjr des moiens divins, c'eft à dire par des gra- 
Is fuffifantes , Dieu n'a point manqué de les 
: fur donner. Or ces grâces leur aiant été don- 
nes, c'eft par leur fauce qu'ils n'ont pas connu 
ï ieu,puifque ces grâces leur donnoientlemoien 
» : le connoître. Et par confequent c'eft avec 
liifon que nous avons fait entendre dans nôtre 
) 'crit que c'eft un cas prefque Metaphyfique , 
llj'il fe foit trouvé quelqu'un parmi ces Paiens 

I u Barbares qui ait ignoré Dieu,fans qu'il y ait 
u personnellement de fa faute. 

II Voilà tout ce que vous pouvez dire pour di- 
minuer, quand il vous plaift, le nombre de ces 
[Paiens & de ces Barbares, que vous feriez obli- 
gez d'exemrer de la dannation éternelle, quel- 
ques crimes énormes qu'ils euflent commis, s'ils 
Vavoient été que Philofophiques. Tout cela 
!ft fondé fur vos grâces fuffifantes , par lef- 
quelles vous prétendez qu'ils auront eu un 
noien fuffifant de connoître Dieu. C'eft done 
ce qu'il faut examiner. 

Mais pour ne point entrer en des queftions 
inutiles au fujet que nous traitons , je me 
contenterai de montrer trois chofes. 1. Ce que 
vous entendez par ces grâces fuffifantes don- 
nées aux Paiens &: aux Libertins, i. S'ii eft 
aecellaire que ces Paiens & ces Libertins reçoi- 
vent 



no Seconde Dénonciation 

XJII. Akt. vent ces grâces , afin que les péchez qu I 
commettent contre la loi de Dieu leur foin] 
imputez. 3. S'il y a quelque vrai-iemblancec : 
les Païens & les Barbares , qui n'ont eu auci 
moiens humains fuffifans pour connoîtreDii 
en aient eu de divins par le moien de ces gra< 
fuffifantes. Je ne parlerai que du premier m 
cet Article. Je relerverai les deux autres pc 
les Articles fuivans." 

CE QUE LES JESUITES. ENTENDEN 

TA R LES GRACES ACTUELLES. 

i. Les grâces dont il s'agit font des graa 
actuelles. Vous le reconnoifîez vous-même lo 
que vous prétendez que c'eft une notre calon 
rite d'avoir dit , Que les le fuit es donnent a tôt 
tes hommes des grâces fuffifantes (y toujours pn 
fentes. A quoi vous oppofez, qu'ils ne les dot 
tient point toujours à tous les hommes, puifqu 
four ne point parler de tom les hommes quand I 
dorment, ou quand ils ontperdu i'ufage de la rat 
fin, ni des petits enfans qui ne font point capable 

des GRACES ACTUELLES , &C 

1. Ces grâces actuelles confident félon vou 
( aufli bien que félon les autres Théologiens 
quoi qu'avec quelque différence qu'il n'ef' 
point necciîaire d'expliquer ici) dans une bon- 
ne penfée que Dieu produit dans l'entendement 
-à l'égard d'un certain objet ; & un bon mou- 
vement que Dieu produit dans la volonté vers 
ce même objet. 

3. Vous diftinguez quelquefois deux fortes 
de grâces fuffifantes , appcllant les unes immé- 
diates ou prochaines , & les autres médiates ou 
éloignées. Les immédiates font une bonne pen 
fee & un bon mouvement de faire le bien 

d' 



d'une nouvelle Herefte. ut 
iviter le peché. Et les médiates font une bon- XIII. Art- 
i penfée & un bon mouvement de nous adref- 
1 a Dieu, afin qu'il nous aide à faire ce bien &c 
éviter ce peché. 

L V.ous prenez le mot de fiifjifant dans un 
^jis plus grammatical que ne le prennent les 
«uveaux Thomiftes. Car vous n'appeliez une 
jy.îce fuffifante, que quand il ne lui manque rien 
G la part deDieu pour mettre la volonté en état 
Lj Te déterminer à prier , fi c'eft: une grâce de 
îere ; à faire un acte de foi,fi c'eft une grâce de 
i j au lieu que ces Thomiftes croient , qu'ou- 
c la grâce qu'ils appellent fufrlfante, qui don- 
j: le pouvoir de pner,il faut pour prier efFecti- 
' ement que Dieu détermine la volonté à prier 
•Jar une grâce efficace. Et ainfi on doit être 
| /erti une fois pour toutes , que ce que ie di- 
[Jti dans cet Ecrit contre les grâces fuffifantes 
sonnées aux endurcis & aux Infidelles , ne re- 
[jarde point celles à qui les Théologiens de cet- 

; Ecole ont donné ce nom. 
L j. Il s'enfuit delà que félon vous, afin qu'une 
race actuelle foit iuffifante pour un tel ef- 
-t, pour prier, pour croire , pour aimer, il faut 
i fue la bonne penfée & le bon mouvement dans 
ccjuel vous faites confifter cette grâce, foient 
uffifans à cet effet, ce qui ne feroit pas certaine- 
nent , fi on fuppotbit que celui qui a befoin de 
être bonne penfée & de ce bon mouvement 
>our un tel effet, ne s'appercevroit pas qu'il les 
:ût. Car c'eft comme fi on préieiidoit qu'un 
îomme auroit été fumTamment averti de fe 
:rouver à une a(Temblée,quoi qu'on lui eût parlé 
[i bas qu'il ne fe feroit pas apperçû qu'on lui par- 
loit.fc ne fuppofe pas que cela foit poffiblejf car 
on n'a point de vraies penfées , telles que font 
celles que Dieu nous donne par fa grâce , que 

nous 



tu Seconde Dénonciation 

KUUAkx. nous ne fçachionsque nous lesavons, comme j 
Cardinal Bellarmin le reconnoît pour tres-cel 
tain lib.r.de Grat.& lib.Arb.c.6.) Mais je le c j 
pour aller au devant de la chicanerie de cei 
qui s'imagineroient le contraire ; afin de Ici -j 
faire voir qu'ils ne gagneroient rien parla] 
puifque quand il pourrott y avoir de telles pei 
fées , elles ne feroient point certainement dt 
grâces fufrlfantes dans la notion que vous don 
nez à ce mot. Car comment me pourroit fuffii 
pour faire le bien une bonne penfée & un bo 
mouvement dont je ne me ferois pas apperçûî 
6. Vous prétendez que ces grades aéluellc 
fumTantes ( c'eft à dire ces bonnes penfées J 
ces bons mouvemens ) font données à tous le 
hommes, quand elles leur font nectaires pou 
éviter le péché qu'ils commettroient en n'ao 
compilant pas les Commandemens de Dieu 
Et ce n'eft qu'en ce fens qu'on a dit dans la nou- 
velle Herefie Art. i. que vos Théologiens don- 
nent a tous les hommes des grâces fuffijantes 
toujours pre fentes. A quoi penfez-vous donc,mes 
Peres,quand vous en avez pris fujet de parler du 
Dénonciateur en ces termes in jurieux ? Il faut 
remarquer ici enpeu de mots Us extravagances & 
les calomnies de cet Ecrivain feditieux. ïlditp.%. 
Que les Iefuites donnent à tous les hommes des 
grâces fufpfantes & toujours prefentes.On protefle 
hautement que c efl une noire calomnie. Car pour 
ne point parler de tous les hommes quand ils dor- 
ment.cu quand ils ontperdu l'ufage de la raifon i 
ni des petits enfans qui ne font point capables des 
grâces actuelles Ja doctrine reçue entre leslefuites 
eftque lesluftes mêmes n ont pas #tout moment 
des grâces fuffifantes,&c.Aplus forte raifon les pe 
cheurs & les endurcis n'ont pas à tout momen 
&c. Voilà ce qu enfeïgnent ces VoBeurs. . . . 

€)uand 



d'une nouvelle Herefir. 115 
nand ,difent-ils , un commandement de Dieu xill. Art» 
l'on ne peut accomplir fans des grâces acluel- 

1 nous preffe , Dieu donne a tous ..... ... 

2 fecours fufjifant pour l'accomplir. Or a-t-oa 
wîtribué autre choie à vos Théologiens , lorf- 
Iji'on a dit , qu'ils donnent à tous les hommes 
i\s grâces fujfifantes & toujours pre fente s? Apres 
!s étranges clameurs que vous avez faites pour 
I mot de tantisper omis dans un palTage de vô~ 
e P. de Reux , que ne meriteriez-vous poiut 
'ue-l'on vous dît pour avoir détaché ces paro- 
:s de ce qui les précède, qui auroient fait voir , 
u'il n'y arien de plus catomuieux que vôtre 
' jccufation de calomnie ? Car voici ce qu'on dit 
e vos Théologiens. 

Ils nom pas cru pouvoir mettre la juflice âg 
\fieu à couvert des accufations du pécheur., 
! uimcinquoit à aucun d'eux quelque choje de ce 
\\ni luy efi. nécessaire pour faire le bien , &> 
\wur -éviter le pech^e' , <& que fans cela ce 
Wroit faire aux hommes des commandement 
mpossibles que de les obliger* à accomplir 
[à loy C' efi encore ce qui les a portera donner 
■<>tous les hommes des grâces fufpfaviies & toâf 
ours prefentes. 

Eft-ce avoir parlé de tous les hommes d'uns 
naniere qui pût comprendre ceux qui dorment, 
;eux qui ont perdu i'ufage de la raifon , & les 
iccits enfans qui ne l'ont pas encore ? Ces per~ 
Tonnes font- el' es en état de faire le bien & lé- 
yittr le pechL? Vous n'ées donc pas fages* J e 
ics alléguer pour preuve que l'on vous impofe 
par une noire calomnie. 

Ce que l'on dit des grâces- toujours pr-ef-ntes 
feut-il aulli avoir donné lieu à vôt e <hicane- 
rie de tous les momens ? N'elt-il pas \ifible par 
le palfage entier , qu'on a voulu dire feulement 
I» » K qu.e 



114 Seconde Dénonciation 
XSL Art- que vos grâces fuffifanres font toujours préfet, 
tes aux hommes, urgente pr&cepto , c'effc à dii 
quand elles ieur font necelfaires pour accorc 
plir un commandement de Dieu qui les oblig 
de faire quelque bien ou d'éviter quelque pt 
ehé ? Elt-ce vous calomnier que de vous attri 
buer cette doctrine ? N'avouez-vous pas vous 
mêmes que c eit ce que vos Théologiens en 
feignent? 



ARTICLE XIV. 

Suite de La VI. Réflexion. S'il eft ne 
cejfaire que les Pajens & les Liber 
bertins reçoivent des grâces aÛuelles 
afin que les péchez, qu'ils commette™* 
contre la Loj de Dieu leur foieni, 
impute 'x*. 

JE commenceray ce qui regarde vos grâce* 
fuffi Tantes données aux Athées & aux Liber- 
tins par l'examen de la réponfe que vous fai- 
tes à un endroit de la Nouvelle Herejie que 
vous appeliez un grand gaiimatkias. Tcut-ëti 
que tout le monde n'en jugera pas comm 
vous. Le voicy, Art. 7. n. 1. 
as Que veulent-ils dire quand ils prétendent 
33 qu'un homme qui a efté feulement prévenu 
33 par les fecours ordinaires de la grâce , peut 
33 ignorer Dieu fans qu'il y ait de fa faute ? Us 
33 ne peuvent entendre par ces fecours ordinaires 
33 de la grâce , que ces grâces famTantes qu'ils 
33 donnent fi libéralement à tous les hommes. Car 




d'une nouvelle Herefîe. 115 
; prétendent que Dieu ne manque point à les Xiv. Ak.t, 
ur donner quuid elles leur font neceifaires « 
kiï fatisfiire â leurs devoirs. Or le principal ce 
:voir de la créature raifonnable , eft de con- ce 
vfpître Ton Créateur , de l'adorer & de le fervir. ce 
eux donc qui font prévenus des fecours or- ce 
naires de la grâce , ont dû félon leur Théo- ce 
ue Molinienne, avo.r reçu celle qui lesren- ce 
lit capables de* fatisfaire aux plus importans ce 
: Unis devoirs , qui eft de connoîtie Dieu, ce 
~ t par conc luent ç aura efté par leur faute « 
a ils ne 1 auront pas connu y puifque ç'awra cc 
té en refiitant à la grâce fufftfante qui leur cc 
voit donné moyen de le connoître. cc 
Votre répo.ifc à cela eft la plus étrange chofe 
ju monde. Vous répondez à ce qu'on ne vous 
( pas dit , & vous ne répondez pas un feulmot 
j| ce qu'on vous a dit. Il s'agit dans le palfage 
I ue vous préuendez réfuter , d'un homme pré- 
wvenu des fecours ordinaires de la grâce : C eft 
• ur cela qu'on a raifonné , en ne fuppofant 
î utre chofe que-ce que vous n'oferiez nier être 
Conforme à vôtre doctrine : Que Dieu neman- 
Y\ue point à donner des grâces J'ujpfantes à ceux 
\ï qui elles font necejfaires pour fatisfaire à leurs 
ievoirs. Et au lieu de répondre à- cela • 

Vous dires , que les grâces fujfifantes ne fe 
ionnent , que pro loco & tempore 3 & urgente 
\ncepto quod fine gratin impleri non poteft. 

Vous dites , que quand Un y a pas de com- 
mandement qui p l'elfe , il n'appartient pas à la 
•uftice , £5» à la bonté divine de les donner. Lors 
J .onc qu'il y a un commandement qui preiTe > 
il clt félon vous de la juftice divine de les don- 
ner. Cela fe peut- il exeufer de Peiagianifme , 
que'la grâce foit donnée par juftice aux pé- 
cheurs mêmes & aux Athées ? 

K î. Yoùs 



Il 6 Seconde Dénonciation 
XIV« Axr. Vous dites, &ue dans la Théologie qui fil 
feigne la généralité des grâces actuelles , D/Vl 
ne les donne pas à tout momens. Qui vous a d I 
que vous les fafliez donner a tous momens i 

Vous dites , 6)He dans cette Théologie quai j 
un commandement prejfe , & qu on ne le p& j 
accomplir fans des grâces aftuelles , ni le viol 
fans un nouveaupeché , Dieu donne a touI 
un fecours fuffvfant. C'effc une chicanetie qt 
ce nouveau péché Car pourquoi fi vôtre prm : 
cipe étoit vrai , ne feroient-elles pas données 
ceux qui en ont befoin pour ne pas continue 
dans leur péché, lorfqu'en y continuant ils f 
rendent plus coupables > 

Vous dites , 6^te puifque le défaut de la con 
noi fance de Dieu u efi pas un pèche aux premier, 
tnomens de la raifon , principalement dans le. 
emfans ne'X & élevez, parmi des Barbares , «J 
fecours ne leur font pas dûs. Ils leur feroieni 
<fonc dûs fi c'étoit un péché. C'eft encore par- 
ler en Pelagien : comme fi les fecours de U 
grâce pouvoient être dûs à ceux mêmes qm 1 
iont priv«z de la connoiiîance de Dieu, contrt 
ce que dit fi fou vent S. Auguîtin , que la grau 
ne fer oit pas grâce fi elle é:oh due. 

Ainfi , mes Pères , ayant à juftifier cequ'avoit 
cfic vôtre P. de Reux , que Fexiftcnce de Dieu 
peut être ignorée inculpate , par un homme 
prévenu par les fecours ordinaires de la grâce. 
Vous ne nous parlez que de ceux qui n'ont 
point reçu ces fecours ordinaires de la grâce, 
parce qu'ils ne leur étoient pas dûs. N'elt-ce 
pas extravaguer, & abandonner vôtre Pere de> 
Reux ? Car vous mettre en peine, comme vous 
faites , de montrer cju'il n'a pas e'ié necelfairc 
que ces perfonnes élevées parmi les Barbares- 
ayea; reçu les fecours ordinaires de la grâce , 



d'une nouvelle Herefie. nj 
elt-ce pas avciïei tacitement que. s'ils les XIV. Aht%- 
/oient reçus , // *' auraient pas ignoré Dieu 
sCUlpate , parce que £ cm oit efté en refiflant 
U grâce : qui eft tout ce £ue le Dénoncia- 
iiur a voulu prouver contre yôtr§ P. de Reuxî. 
t cependant vous avez voulu couronner une fi 
: lotable extravagance par ces injures grotficres; 
)ue nôtre impofieur apprenne à être moins tgne- 
mt , ou moins calomniateur : ou pluflot qu'il 
^prenne a être moins l'un & l'autre , s'il ejt 
more m état de profiter des bons avis qu'il 
ourreit recevoir» 

Cela ne mérite pas d'être relevé. On fedoit 
2nir heureux quand on elt traité de la forte 
our un fervice rendu à TEglife. Il vaut mieux 
iemarquer ce que vous dites dans vôtre Ecrit 
les endurcis & des aveuglez, parce qu'il n'en 
aut pas davantage pour faire, voir l'abfirrdité 
«vôtre Théologie touchant la généralité de 
f los grâces fuffifantes. 

Vous dites trois chofes dans vôtre cinquié- 
|pe page. L'une que vos grâces fujfifantes font 
lonnées à tous les hommes, quand elles leur font 
tecefaines pour éviter le péché , iugîn t e 
rsicepto., 

La 2. Que Ci cela n'étoit , le commandement 
cur feroit impojfible , & qu'ainfi le péché qu'ils 
rommettroient en ne Tobfervant pas ne leur 
>ourroit être imputé. 

La 3. Que les grâces .qui font données aux pé- 
cheurs endurcis & aveugleront ordinairement 
%rt rares & fort foibles. 

Ce dernier , qui eft tres-certain & tres-ve- 
•itable & quiTelr même -plus que vous ne le di- 
tes , cii une preuve demonftrative de la fauf- 
feté des deux autres. On n'a pour en être con- 
vaincu,, qu'à confiderer d'une part ce que c eft 

que 



Il8 Seconde Dénonciation- 

XIV. A*r. que l'état des pécheurs endurcis & aveugle» I 
& de l'autre , quelles grâces leur [croient ne I 
ceifaircs pour éviter une infinité de pechc» 
aufquels ils s'ab^bdonnent avec une volom I 
d'autant plu%plelne, qu'elle elfc plus cerrorn 1 
pue. I 

On ne fçauroit fouhaiter une peinture plu, 
-vive ni plus achevée de i'étaj des pecheui 
endurcis & aveuglez t que celle qu'en fait Si 
Bernard dans les Livres Des degrez, de Vhttm 
lité chapitre 10. 3c n. où il décrit le n. &n 
degré de l'Orgueil. * 
33 Celuy qui n'eft encore que dans l'onziém 
Dj degré "de i'orgueil , que l'on peut appcller 1 
y* licence de pécher , quoiqu'il n'ait plus aucun 
a» crainte des hommes , n'a pas néanmoins entie 
33 rement dépouillé celle de Dieu. La raifoi 
33 comme en murmurant propofe encore un pei 
a» cette crainte à la volonté, & il ne fait pas d'à 
33 bord tout ce qui luy eft défendu fans quelque 
aa doute & quelque apprehenfion , mais commi 
33 une perfonne qui tente un gué -, il n'entre qu< 
33 pas à pas & non en courant dans le gouffre & 
» dans l'abîme des vices. Mais après que par ut 
m terrible 'jugement de Dieu les premiers crime: 
33 font fuivis d'impunité , on fe plonge de nou- » 
33 veau avec plaifir dans la volupté qu'on u 
w éprouvée , & plus on s'y plonge plus on h 
33 trouve agréable. Les pafâons qui revivent i 
23 tous momens aiToupiflert la raifon , & l'habt- I 
33 tude la lie & l'enchaîne. Le miferable pe- i 
» cheur eft entraîné dans le profond abîme deî | 
33 maux. Ce captif eft livré à la tyrannie desvi- 
33 ces : & il arrive enfuite qu'étant noyé dans et \ 
« gouffre des defirs charnels, & oubliant toute 1 
3J fa raifon & toute crainte de la jufrice divine . 1 
k If.r3.r. 33 il devient alfez infenfé -pour dire en fin ame '■ 



d'une nouvelle Herefe. 119 
y a point ds Dieu. Dés-!ors il ufe indiffe- Xiv. A*?», 
•inment de toutes les chofes qui flattent Tes « 
;jns , comme h elles êtoiem légitimes & per- « 
iifes. DJs-lors il abandonne Ton cœur à tou- ce 
•Ifs les penfées criminelles , les mains à toutes ce 
5 mauvaifes actions, & les pie.ls à larecher- « 
ie de toutes ics voluptez deftenduës. Dés- ce 
rs il embrafle tous les méchans deifeins qui « 
y viennent en l'efprit • il dit toutes les pa- « 
des impies & fcandaleufes qui luy viennent « 
1 la bouche ; il exécute tout le mal qui vient « 
offrir àrfes. yeux. Dés-lors il n'y a .que mali- «c- 
~,ité dans fes entreprifes , que folie dans fes ce 
Xcours , & que crime dans fes mœurs. Et en- « 
n comme le julte après être monté par tous ce 
:s degrez d'humilité, trouve la voye & la ve- « 
ité fi facile par la longue & fainte habitude ce 
u'il a contractée, qu'il court avec joye & fans c« 
Jeune peine à la vie v ainfi lors que le mé- c * 
hant e(t defeendu de tous ces degrez , & que 
is partions invétérées l'empêchent de fe gou- cc 
erner par la lumière de la raifon , & de fere- cc 
snir par le frein d'aucune crainte , il court cc 
'un cœur ferme & intrépide à la mort. N'eft- « 
! e point là ce qu'on peut appeiler une con- 
cience intrépide à l'égard du peché : confeien- 
ia intrepida circa tUtatum ? 
On peut ajouter à cela ce que S. Auguftin 
it en moins de paroles de ces mêmes pécheurs 
veuglez qui commettent une infinité de cri- 
nes fans aucun remords : il y en a qui n ayant De Cont i**- 
utèune connoijfance de laLoy de Dieu , ne met- ca ?' *' 
ent pis les mauvais defirs de la concupïfcence 
'harnclie au nombre des ennemis qu'ils ont à 
•ombattre , mais s en étant rendus efclaves par 
tn mife table aviuglement mettent leur fou- 
verain bonheur a Us affbuvir, &> non pas à les 
iowter. Il 



12 Seconde Dénonciation 
VVJ; Am. Il elt fi clair que c'ett l'état où les libertii 
fe mettent en s'accoutumant à une vie déboi 
dce , que les Pelagiens mêmes on: elté oblige' 
r. de le reconnoître. Car il paroît par le derni< 
<. jos, Livre de Saint Ati^ultin contre "Julien, que ce 
hérétique avoiioit : Que la Ungue habitude d \ 
vice met l'homme dans une efèece de neceJÈ 
de pécher , qui ne fe peut vaincre que par j\ 
grands efforts , ou plujlôt que nuls efforts ne peu 
vent vaincre. 

Mais il faut prendre garde de quelle natur 
«ft cette necefliré qui entraine les vicieu 
dans le peché. Ce n'eit point une neceûit 
qui foit hors de leur volonté. Si cela étoi 
fis ne pecheroient point. C'eft une necefliti 
qui eft dans la volonté même /comme S. Ber- 
nard l'a remarqué 6c l'a expliqué d'une manie 
7n Cant. re admirable. De ce que L'ame qui a pu tom- 
Jf m tl ' ber par elle-tnïme , ne fe peut plut relever pn\ 
elle-même, c'eft la volonté qui -en eft caufe 
parce que c'eft eiïe qui s' étant une fois rempli 
de l'amour vicieux & corrompu de fon corp 
mortel, eft incapable d* avoir de l'amour pou\ 
la juftice. Ainfî par une merveille a <fft étran- 
ge que funefte , la volonté étant dépravée pat 
le peché , fe fait une neceffiùé à elle-même , $>/r 
trouve réduite en tel état , que la necejftté état? 
volontaire ne peut exeufer la volonté \ ni la vo- 
lonté étant une fois engagée > exclure la neceffu 

té. il riy a donc point d'iffu'é pour a 

malheureux pécheur ,pui fque la volonté le rent 
me x eu- fable , la necejfité incorrigible. 

Voilà, ir es Pères , l'état de ces pécheurs en- 
durcis & aveuglez , fur le lujet defquels on eft 
en peine de fçavoir quelles grâces leur feroien: 
•necefl'aires porr éviter les péchez dont leur vie 
eft pleine., & fi ces grâces leur font données. 



Aune nouvelle H ère fie. ut 
C'eft un article de nôtre foy que la grâce XIV. Art. 
Jelus-Chriftnous eft neceflaire pour obfer- 
|r les Commandemens de Dieu,& pour vaincre 
is tentations qui nous portent au péché. Ana- 
ieme à qui ofe dire que pour vaincre les tenta- Ep. Conc. 
ons des péchez & accomplir les Commande- Carth.^ad 
ens de Dieu les forces naturelles de l'homme Inn ' 
\y peuvent fujfire , <& qui fe rend par là en* 
•mt de la grâce de Dieu à laquelle les prières 
s Saints rendent un témoignage fi au t h enti- 
té. C'eft ce qui a efté décidé par le Concile 
je Carthage fous Innocent I. Qutcumque do- 
watifat & affirmât humanam fibi ad vincenda 
:ccata , & Dei mandata facienda fufficere 
jjfe naturam , & eo modo gratis, Dii.qu&San- 
\orum orationibus declaratur 5 adverfarius in- 
\snitur , anathema fit. 

C'eft ce que le Pape Innocent I. confirma 
lans fa Réponfe au même Concile avec non 
lioins de force. Et on voit la même choie 
ans les Capitules du Pape Celeftin : Nul cap. f . 
k ceux mêmes qui ont efbe renouvellc^par la 
Vace du Batéme nef capable de fe défndre 
\es embûches du Diable , <& de vaincre la con- 
Upifcence de la chair, fi Dieu par un fecours 
mtinnel de fa grâce ne le fait perfevercr dans 
| bien. 

Ou en êtes -vous donc réduits , mes Reve- 
nds Peies ? Les pécheurs dont il s'agit , ces 
ndurcis & ces aveugle7, qui nous ont elle 
écrits par Saint Auguftin & par Saint Ber- 
ardjCommettent tous les jours une infinité de 
echez en s'abandonnant aux mauvais defirs 
e la concupifcence charnelie, qu'ils ne pren- 
ant pas pour des ennemis qu'ils ayent à com- 
>attrc , mais s'en étant rendus efeiaves parua 
ruieiable aveuglement, iis mètrent leur fou- 

L reraia 



lit Seconde Défoliation 

XIV.A*.t. vcrain bonheur aies aiîcuvir. Vous ne poi 
vez nier que dans l'extrême corruption de Ici ] 
cœur ils n'ayent befoin , pour ne pas fuccon 
ber à ces continuelles tentations comme il 
font fans celle, de grâces tres-fortes & tre I 
fréquentes : tres-fortes , parce qu'une gra« I 
foible ne pourroit être fuffifante à vaincre u 
fort attachement au vice : Et tres-frequente] 
parce qu'ils en ont fans celfe befoin étail 
fans celle tentez d'alfouvir leurs brutales pai 
lions. 

J'ay donc eu raifon , mes Pères , de vot; 
avertir que vous renverrez vos méchans prin 
cipes , quand pour montrer que cétoit une noi 
re calomnie , de vous avoir reproché que vou 
donneT^ à tous les hommes des grâces fu fjifanw 
& toujours prefentes • vous vous êtes avife: 
de dire, que les pécheurs endurcis n'en ont or. 
dtnatrement que de fort rares & de fort fciblès 
Car comment cela le peut-il accorder avec vô 
fte maxime générale : Qu'afin que l'homnM 
pèche en faifant volontairement de rrcs-nfljj 
chantes actions , il faut que les CommarM 
mens de Dieu luy foient polTibles, & qu'afin 
qu'ils luy foient poflibîes il faut que Dieu lut 
donne les grâces fuffifantes dont il a befoir 
pour les obferver ? Des grâces fort foib\e% font- 
elles capables de vaincre un aufli fort attache- 
ment au vice qu'eît celuy des endurcis ? & (i 
elles n'en font pas capables , comment feront- 
elles fuffifantes en la manière que vous l'en- 
tendez , pour leur faire obferver le comman- 
dement ce la chafteté ? Et comment des^r.*^ 
fort rares pourroient-elles fuffire à ces vicieux 
pour leur rendre pofîïbles par la grâce tant de 
commandenens que leurs méchantes habitudes 
J«ur font violer fans celTe ? 



d'une nouvelle Herefie. 113 
Cependant , mes Pères, on ne prétend point XIV. Ajix. 
rer un grand avantage de ce que vous défen- 
:z mal vôtre caufe , en difant des clicfes qui 
ruinent. Je prétens qu'elle eft fi méchante 
ke de quelque côté que vous la preniez elle 
t entièrement infoûtenable. 
Repcnrez-vous donc fi vous voulez d'avoir 
fort refTerré les grâces données aux endurcis 
aux aveuglez, pour montrer que vos Theo- 
aiens ne les donnent pas avec tant de profu- 
>n que l'on s'imagine. Revenez à dire qu'il 
eft pas moins vray de ces miferables efclaves 
1 vice , comme les appelle S. Bernard , que de 
-us les autres pécheurs , qu'ils ne fuccom- 
:nt à aucune des tentations qui les portent 
us les jours à une infinité de péchez , que 
lieu ne leur donne des grâces fuffifantes pour ^ ^ 
|s vaincre. Obftinez-vous de le prouver par 4 d 
tte penfée pelagienne condamnée par les 
lints Pères, que 11 les grâces neceiîlures pour 
îferver les Commandemens de Dieu ne font 
ninces à tous ceux qui pèchent en les vio- 
pt , ils pourront due à Dieu : Quel tort 
tons-noiu de vivre mal^finons n'avons pas reçu 
j grâce neceffaire pour bien vivre ? On ie con- 
ntera de vous répondre qu'il y a prés de 40. 
(s, qu'on vous a réduits fur cela à ne pou- 
Sur rien répliquer , par les abfurditez inanifc- 
zs où on a fait voir qu'engageait ce faux 
'fteme. C'eft dans V Apologie des Saints Peres t 
jii ayant efté imprimée deux fois en 1651. & 
51 elt demeurée fans réponfe depuis cetems- 
. Cette matière y elt traitée fort au long dans 
dernier livre. Je me contentera)? d'en rap- 
)rter un endroit. 

Tous les MoliniH.es conviennent que leur g 
ace fumfante eft une grâce aétuelle,qui cou- ce 
L 1 fille 



12.4- Seconde Dénonciation 
XIV. Art. fiite en une bonne penlée & en une fecrct! 
M infpiration que Dieu donne a la volonté ce 
3 , porter au bien , quoy qu'enfuite il dépende c 
33 Jibre arbitre d'accepter ou de rejeaer cet 
33 grâce. Et ils p; étendent que cette grâce fuft 
33 faute [ ou immédiate ou médiate félon ce qi 
3D vient d'être expliqué dans le §. précèdent] r 
3d manque point d'être donnée à tous ceux qi 
33 font tentez de violer la Loy de Dieu , pan 
33 qu'autrement, difent-ils , ils ne feroient poir 
33 coupables en la violant. -Qu'ils répondent dor 
33 à ce railonnement invincible fondé fur l'exp< 
33 rience d'une infinité rie performes. 
33 On ne peut foûtenir fans fe rendre ridicui 
* 33 à toutes les perfonnes raifonnables , que toi 
33 ceux qui commettent des crimes en ne crov 
33 faire que des aérions innocentes, ou m 
33 louables , comme les Payens en adorant le 
33 idoles, ou en perfecutaut les Chiêtiens p 
33 zélé de leur faïuTe religion , ne fe portent ja 
33 mais à ces aérions que leur aveuglement Ieu 
33 reprefente comme bonnes & légitimes , far 
30 relfentir en eux-mêmes une bonne penfée < 
33 un mouvement qui les en détourne. Et on 
33 peut encore moins dire de tant de médians < 
33 de fceîerats ( ce font vos pécheurs endurcis i 
33 aveuglez ) qui ne connoiflant point d'auti 
33 bonheur que l'afTouviflement de leurs paflioi 
33 brutales , qui occupent tout leur efprit& toi 
33 leur cœur, font bien éloignez d'avoir des pei 
33 fées &: des mouvemens qui les en retirent , lor 
33 qu'ils y courent avec une fureur,que les Payei 
33 mêmes ont reconnu ne pouvoir plus être arri 
33 tée par la raifon , lorfque l'habitude du vu 
33 s'eft enracinée dans l'ame. 
os Or par la propre définition de la grâce aétue 
33 le & fufEfantç des Moliniltes , ceux qui n'oi 

aucui 



d'une nouvelle Herejîe. ^ 115 
iCUUC penfée ni aucun mouvement de fe dé- XIV. 
)Utner du mal , ni de s'addreffer à Dieu afin « 
b'il les en détourne , n'ont aucune grâce « 
ifîîfante ni immédiate ni médiate de s J ea dé- « c 
burner. cc 
Et par confequent il faut , ou qu'ils exeufent cc 
s péché tous les crimes de ces pécheurs aveu- cc 
lez ou endurcis qui penfent bien faire en fui- cc 
ant les faufTes lueurs d'une fuperftition dia- cc 
clique, ou qui ne fe mettent point en peine cc 
ils font bien ou mal, leur efprit n'étant occu- cc 
c qu'à la recherche pafiionnéc de tous les cc 
Iaifirs qui flattent les fens : Il faut , dis-je,ou c8 
u'ils trouvent qu'ils n'ont rien fait qui leur cc 
uiiTe être imputé à péché en commettant tous cc 
escrimes, ou que s'ils ont honte d'une im- cc 
ieté fï vifible, ils renoncent à leur faux prin- cc 
ipe , & qu'ils avouent avec les Saints Pères , cc 
ue leur grâce fuffifante n'eft point neceiîaiie, cc 
our faire que l'homme , que Dieu a créé dans cc 
ne pleine puilîance , & une entière facilite de cc 
aire le bien , & qui n'eft déchu de cet état fi cc 
leureux que par fa révolte, foit véritablement cc 
oupable dans tous les crimes qu'il commet cc 
ontre la loy éternelle & immuable de Dieu , cc 
bit que l'ignorance qui eil la peine de fonpe- cc 
;:hé le précipite dans fes defordres , fans qu'il cc 
es connoifTej foit que la concupifcence fortifiée cc 
>arfes vicieufes habitudes l'y entraîne avec une cc 
orce qui ne peut être furmontée que par la cc 
)uiifance fecrette & ineffable de cet efprit qui cc 
ouffie où il veut & quand il veut. cc 

Je croy , mes Révérends Pères , devoir rap- 
porter encore un autre endroit de cette même 
Apologie qui fera voir plus clairement la fauf- 
feté du principe de vôtre erreur touchant la 
poflibilité ou l'impoffibilité des Commande- 
* L 3 mens 



Ii6 Seconde Dénonciation 

Xiv. Am. mens de Dieu. C'eft qu'il y a deux fortes d'inB 
poflibilitez ou impuiliances que vous voulcl 
faire palier pour toutes fembiables, quoy qu'c I 
les foient d'une nature toute différente. La ; ■ 
elt l'impollibilité qui elt tout-à-fait hors de I 
■volonté, & qui naît des obftacles exterieuil 
qui ne dépendent point d'elle : comme elt l'irc 1 
pombilité de donner l'aumône quand on n'J 
point dequoy la donner. L'autre elt une im I 
poflibilité qui eft dans la volonté même, & qu 1 
ne naît que de l'attache qu'elle a à ce qui cl 1 
contraire à l'obeïiïance qu'elle doit à Dieu I 
comme feroit I'iinpoliibilité que trouveroit ml 
homme vain & orgueilleux à foufFrir un outrai 
ge fans s'en vanger le pouvant faire. Or la feu- 1 
le raifon naturelle peut nous apprendre, qu'il;! 
a cette différence entre ces deux fortes d'imJ 
poiïibilitcz ou impuiffances , que la premien! 
exeufe celuy c ui ne fait pas le bien pour en êtn 
empêché par des obftacles qui font hors du 
luy ; au lieu que l'autre non feulement n'exeufe 
point , comme le témoigne St. Bernard, mai; 
rend fouvent plus coupable celuy qui ne faill 
pas ce qu'il doit, & qui le feroit s'il le vouloir, : 
mais qui ne le veut pas, parce quela corruption 
de fa volonté le met dans l'impuilTance de le 
vouloir, pour être trop fortement attachée à 
ce qui y eft contraire. Autrement il faudroit 
dire, ce qui combat le fens commun, que plus 
les hommes feroient vicieux , corrompus & dé- 
bordez., moins leurs crimes feroient punnTa- 
~bles, comme étant plus dignes d'exeufe , que 
s'ils étoient moins vicieux g^noins méchans. 
Car il eft fans doute , & les Telagiens mêmes 
l'ont reconnu, que plus un homme eft vicieux 
\»h S inl»ï. & cU&ordé, plus il eft dans l'impuiflance de 
Li.c icj. jfcener une autre vie que la vie libertine & li- 

cen- 



d'une nouvelle Herejie. \ 1 7 
| ntieufc à laquelle il s'elt accoutumé par une XIV. Art. 
lingue habitude. En elt-il donc moins crimi- 
Jll r Les difaples de Molina le devroient dire 
j Ion leurs principes : mais oferoient-ils dire 
rfie chofe qui ett il vifibîemcnt contraire à la 
|.miere de la raifon ? Car tant s'en faut que les 
- ibitudes, quelques vieilles & enracinées qu'el- 
fs foient, en rendent les péchez moindres, que 
. Thomas établit comme une règle certaine 2. 2 qt*. 
ans la Morale , que dans la même efpece , les ' s6% Aft ' ** 
léchez d'habitude font toujours plus grands 
lue les autres. Et la raifon qu'il en rend eit plus 
flaire que le jour. C'elt que le péché confifte 
principalement dans la volonté -, parce que c'elt 
aria volonté, comme dit S. Augultin, que l'on 
. lit bien & que l'on vit mal. Et par conséquent 
p péché elt d'autant plus grand que la volonté 
plus de pente & plus d'inclination à pécher: 
oi (fi major inclinatio voluntatis ad peccan- 
um , ibi cfi gravius peccatum. 
1 Enfin, mes Révérends Pères, vous êtes obli- 
Irez pnr vos ConltLutions de ne vous point 
Ifcarrer de la doctrine de S. Thomas , & votre 
■General Aquaviva a écrit une grande Lettre 
[four vous faire fouvenir de cette obligation, 
[pr comuierez. le principe que vous avouez dans 
, i'ôtre Ecrit être enfeigné par tous vos Théolo- 
giens : €}nand un commandement ne fe peut ac- 
complir /Uns la grâce ,fi cette grâce ne nom efi 
ionnée nous ne j'omrnes point coupables en m.zn- 
\uant a l'abjerver : Et accommodez-le Ci vous 
mouvez avec ce ciuc dit l'Ange de l'Ecole après 
fie plus éJairé d$ji£iints Do&eurs de l'Eglife. 
Ad m-tlta tenetur homo ad qu& non pote fi fine 
iratià reparante , fient ad diligendum Deum & 
broximum, &fimiliter ad credendum artieuhs 
f hiei ' jed tam&n hoc pote fi cum auxilio gratis, , 

L 4 quoi 



il? Seconde Dénonciation 
XIV. Aat. quod auxilium quibufcunque divinitus datur W 
mifericorditer datur : quibm autem non datur I 
ex juftttiâ non datur in pœnam praccdentk pet 
cati , & faltem originalh peccati , ut Aug. die 
3Î in lib. de Corruption e & Gratta. L'hcmmee:! 
a, obligé à beaucoup de chofes qu'il ne fçauro.1 
a, faire fans la grâce qui repère la nature : com | 
35 me eft d'aimer Dieu & le prochain & de croi \ 
35 re les articles de la Poy : 11 furïu qu'il le puifl j 
35 avec le fecours de la grâce. Mais ce fecoursd 
35 la grâce eft donné à tons ceux à qui il plaît , 
> 3 Dieu de le donner , par pure rnifencorde , & i 1 
55 n'eft pas donné aux autres par un jufte juge- I 
55 ment en punition de quelque péché , au moin I 
33 originel , comme dit S. Auguitin dans leLivn 
33 de la Correction & de la Grâce. 

Il eft donc confiant que félon la doctriru 
de faint Auguitin & de faint Thomas , toui 
les hommes font obligez à faire beaucoup 
de chofes qu'ils ne fçauroient faire fans la grâ- 
ce y quoique cette grâce necelîaire pour fatis- 
faire à ces devoirs eflentiels & mdifpenfables. 
tel qu'eft celuy d'aimer Dieu plus que toutes 
chofes , ne foit pas donnée à tous , depuis que 
le péché les en a tous rendus indignes, mais 
feulement à ceux à qui il plaît à Dieu de la 
donner par une finguliere mifericorde. 



■ 



A R- 



d'une nouvelle Herejle. 119 



ARTICLE XV. 

.1. Suite de la 6. Reflexion. SU y a 

, quelque vray-femblance que les Payent 
çj- les Barbares , qui n'ont eu aucuns 
moyens humains fujfîfans de connoître 
Dieu , en ayent eu de divins far des 
<rraces actuelles* 

ù> 

[*L ne relte qu'à examiner s'il y a aucune 
L vray femblance , que tant de millions de 
ayens qui n'ont eu aucuns moyens humains 
e connoître Dieu en ayent eu de divins, c'efè 

dire , des grâces intérieures qui leur ayent 
lonné moyen de le connoître ; mais qu'ils ne 
ayent pas connu , parce qu'ils y ont refiite. 
l'ét ce que vous vous êtes engagez de croi- 
e, mes Révérends Pères, parce que vous avez 
•efoin de ce paradoxe , pour vous fauver de 
'objection que l'on fait contre la doctrine du 
• eché Philofophique, qui eftque desmille mil- 
ions de Payens n'ayant eu aucuns moyens hu- 
nains de connoître Dieu, feroient exems de 
'enfer quelques crimes qu'ils eulîent commis, 
"ar vous répondez qu'au défaut de ces moyens 
îtimains, Dieu les a éclairez prefque tous par 
les grâces actuelles , qui leur donnoient le 
noyen de connoître, fi leur libre arbitre ne les 
avoir point rejettées. D'où vous concluez 
qu'il y en a tres-peu qui ayent ignoré Dieu fans 
leur faute, tnculpaù ; & que même ce n'a pu 
être que pour un peu de tems , t&ntiïfer. 

Mais n'y a-t-il donc , mes Pères , qu'à forger 
des opinions pliant aftiques, félon le befoinque 

vous 



1 30 Seconde Dénonciation 
, XV. A r ï. vous en avez pour foûrenir vos autres imagin; 

tions , fans vous mettre en peine fi elles s'accèi 
dent avec l'Ecriture Sainte , & avec ce que De 
nous a découvert de fa conduite ordinaire dat 
les moyens qu'il employé, pour faire connoja 
la venté aux hommes. 

Dieu ayant fait les hommes pour vivre en fo 
cieté, il leur a donné la parole pourfepouvoi 
communiquer leurs penfées. Et c'eit par la qu'i 
avoulu que les arts , les fciences , &les Ioix [ 
perpétuaient dans le monde, y en ayant tres-pei 
quilespuitfent trouver d'eux-mêmes, & le nom- 
bre de ceux qui n'en fçavent que ce qu'on lcu 
en a appris étant infiniment plus grand. Il et 
eft à peu prés de même des veritez de la Reli- 
gion. Mais il faut bien diitinguer la fimpîi 
propofïtion de la vérité, de l'acquiefcementàh 
vérité propofce.Dieu agit dans le dernier immé- 
diatement par luy-même; ce. qui a fait dire a 
» ttr. 3.6. S. Paul : l'ay planté , Apollon a#rrofé: mais c'efi 
Dieu qui a donné ï accroifîement : Et à S. Au-li 
9p ulr. tn oulïin ; Lorfque le Prédicateur plante & arrofe 
*c-js7- p ar jg S p ar o!es , nom pouvons dire : peut-être qut] 
celuy qui l'écoute croit ce qu 'il dit : mais quand 1 ! 
Dieu donne C accroijfement^ certainement & fans^ 
doute V auditeur croit & profite. 

Voilà pour ce qui eitde l'acquicfcement à la 
vérité propofée. Mais pour la lîrnple prcpofu 
tibn de la vérité, qui elt ce que S. Paul & S.Atf- 
gultin entendent ^planter <& arrofer , Dieu 
a voulu que cela fe fîlt ordinairement par l'en- 
tremife des hommes , qui s'mliruifent les uns 
les autres , ou par la parole, ou par récriture 
qui en elt le figne. 

Il ell donc tres-rare que Dieu propofeles vc- 
ritez que l'on doit fçavoir par des illuminations 
imerieuies , immédiates , fans aucuns moyens 

hu- 



d'une nouvelle Herejle. T31 
imains, Il Ta fait aux Patriarches, à Moyfc, XV. Art. 
ix Prophètes , aux Apôtres. Mais ce n'clt 
)int la voyc ordinaire dont il a accoutumé de 
pnner au commun des hommes la connoiflàn- 
. f de ce qu'ils ignorent, comme S. Auguilin 

I prouve à l'entrée- de Tes livres De U do- 
! \rine Chrétienne. 11 y rapporte l'exemple d'un 

,clave Barbare qui étant Chrétien , &: ne fça- 
[îant pas lire, pria avec tant de ferveur pendant 
ois jours, pour obtenir la grâce de pouvoir li- 
:, que Dieu la Juy accorda - y de forte qu'ayant 
jmandé unliVreil le leuttout couramment au 
Irand étonnement de ceux qui le connoifFoient. 
enfuit-il de là, que l'on dût s'attendre que 
>ieu feroit la même chofe .à tous ceux qui 
;'auroient pas eu le moyen d'apprendre à lire ? 
le Pere remarque enfuite que quoique Dieu 
î m par Iuy-méme miraculeufement converti 
: î. Paul, il l'envoya néanmoins à Ananie , pour 
. tre initiait par un homme de ce qu'il avoit à 
aire. Et qu'après avoir fait entendre par im 
orge à Corneille que fes prières avoient efté 
xaucées, ce ne fut point par cet Ange, mais par 
n homme , qu'il voulut qu'il fûtinltruit de ce 
lu'il devoir croire , efperer & aimer- Ce ne fut 
oint auflTi par un Ange que l'Eunvfque apprit 
je qu'il n'entendoit pas dans le Prophète Ifaïei 
'nais ce fut un homme qui le luy expliqua par 
les paroles humaines. 

II y a bien des raifons-pourquoi Dieu a vou- 
u que cela fût ainfi félon le cours ordinaire de 
a grâce , dont la principale elfc , comme remar- 
ju« S. Auguilin au mêrrie lieu , que c'étoit un 
*rand moyen d'entretenir l'union & la charité 
rntre les nommes. Que fi on difoit feulement 
que Dieu pourroit quelquefois agir d'une autre 
manière, & fe faire counoître immédiatement 

par 



\yi Seconde Dénonciation 

■ An; par luy-même à ceux qui ne le connoilîoic I 
pas , cela feroit fopportable. Car qui doul 
qu'il ne le puiile s'il le vouloit ? Mais peut-t 1 
fans une étrange témérité , en faire une reg 1 
générale, & prétendre que lors que des peupl 1 
entiers n'ont eu perfonne qui leur eût jama'j 
parlé de Dieu, on a droit de fuppofer qu'il doi \ 
ne à tous & à chacun en particulier, des grao 
intérieures fufrifantes pour le connoître , cl 
forte qu'ils ne puiflent demeurer dans ceti I 
ignorance que par leur faute pcrfonnelle ; al 
lieu que fans ces grâces ç'auroit eîté fan 
Jeur faute qu'ils auroient ignoré qu'il y au 
Dieu ? Car c'elt pour cela qu'on s'elt mis e 
tête de foûtenir ce paradoxe. Mais je n'en exa 
mine prefentement ni les raifons ni les confe 
quences. Je ne confidere que la chofe en foy. 
^ Il eft certain que depuis prés de fix mille ans 
iiors un affez petit nombre de perfonnes, tou 
ceux qui ont connu Dieu & fa fainte Loy , m 
les ont connus qu'enfuite de ce que d'autre, 
hommes leur en ont parlé, & non par les feule: 
illuminations intérieures de Dieu. Vouloir don< 
que contre l'expérience de tant de fiecles, Diet 
fe foit fait une loy de donner à tous ceux à qui 
jamais perfonne n'avoit parlé du vray Dieu, de! 
grâces actuelles capables, s'ils enflent voulu, d« 
les faire arriver à cette connoilTance , n'eft-cc 
pas fe vouloir aflujenir à nos phantaifies, au- 
tant & plus ridiculement , que fi nous préten- 
dions qu'il doit donner à tous les Millionnai- 
res, qui vont prêcher la foy aux Nations infidè- 
les, la connoilTance de toutes les diverfes lan- 
gues de ces peuples là, parce qu'il le peut faire, 
& que cela feroit d'un grand ufage pour la pro- 
pagation de la foy ^ & qu'il l'a fait aux Apô- 
tres , & à plufieurs des premiers fidèles î 



Aune nouvelle Hcre fie. ij$ 
S. Paul mieux inltruit fans doute des cou- X. Am, 
ils de Dieu fui: la conduite des hommes , n'a 
garde de donner dans ces imaginations fans 
ndement. Il a efté bien éloigné de croire, que 
ïicu propofoit immédiatement par luy-mêmtf 
's veritez que les hommes doivent fçavoir, 
)ur clhe fauvez , quand il n'y avoir perfonne 
lai les leur annonçât. Il a enfeigné pofïtive- 
ent tout le contraire. Tom ceux , dit-il, qui 7{om. 
évoqueront le nom du Seigneur feront fauvez.. 
lais comment l 'invoqueront-ils , s 'ils ne croient 
oint en luy ? Et comment croiront-ils en luy, 
ils n'en ont point entendu -parler \ Et comment 
n entendront-ils parler ,fi perfonne ne leur prê- 
he ? Et comment les Prédicateurs leurs prêche- 
•ont-ils , s'ils ne font envoies ? S. Paul parle à 
j'occafion de l'élection des Gentils , que Dieu 
voit appeliez au falut en leur faifant prêcher 
l'Evangile par les Apôtres dont il dit au v. 18. 
Que la voix avoit retenti par toute la terre, & 
me leiirparole s'efioit fait entendre jufques aux 
"xtremitel^du monde. Il fait donc voir par là 
jue le premier effet de la mifericorde de Dieu 
bnvers tout un peuple ajjîs dans les ténèbres & Math.^.if. 
"ombre de la mort, comme parle l'Ecriture, c'eft 
i dire dans une profonde ignorance du vrai 
Dieu , comme eltoient les Payens dans le tems 
que Dieu les laijfoit marcher dans leurs voyes, *Aft.i4fVJ$* 
eft de leur envoyer des Prédicateurs qui leur en 
parlent : parce que fî on ne leur prêche point, 
lis n'en peuvent entendre parler ; & n'en ayant 
point entendu parler, ils ne peuvent croire en 
îuy 5 & ne croyant point en luy , ils ne peu- 
vent l'invoquer ; & ne l'invoquant point, ils 
ne peuvent eftre fauvez. Or qui ne voit que 
cette chaîne elt rompue, &que cette gradation 
«C l'Apôtre eft faufTe , fi une infinité d'habitans 

de 



xv A*t Seconde Dénonciation 

' de l'Amérique qui étoient dans une proforn 
ignorance du vrai Dieu , ont eu des grac 
actuelles fufhTantes pour le connoître avai 
qu'aucun Prédicateur y eût efté envoyé , & Ici 
eut annoncé le vrai Dieu qu'ils ignoroient. C, 
fi cela elt, ce que S. Paul dit n'eft pas ventabli 
Quomoâo credent et quem non audierunt? que 
tnodo autem audient fine pr&dicante ? 

Il y a un endroit de S. Auguitin qui contien 
des chofes tres-confiderables fur ce lu jet. Ccl 
dans le livre de la Grâce <& du libre Arbitr 
ch. 3- H dit r. Que ceux qui ont elté inltruip 
des Commandemens que Dieu a donnez aui 
hommes , ne peuv-ent point alléguer leur ign( 
rance pour s'exeufer dans leurs péchez. 

11 dit 2 . Qu'il ne s'enfuit pas de là que ceux qu 
n'ont point connu la Loi ne feront point punis. 
T>j*.2.j2. Car ceux, dit l'Apôtre, qui ont péché fans avoir' 
reçu la loy , -périront auffifans cjlre juge^par la 
Icy. Et tous ceux qui ont péché efiantjotis la loy t 
feront juge^ par la loy. 

Il dit j. Qu'il ne faut pas s'imaginer que 
perïre foit une plus grande condannanon que 
per legcm judicari. Car fi ceux qui ont péché 
ignorant la loy de Dieu , étoient de pire con- 
dition que ceux qui ont péché l'ayant fçuë, Je- 
fus-Chrift n'auroit pas dit dans l'Evangile: 
lut. n. Celtiy qui aura feu la volonté de fon maître, & 
+7- qui n aura pas fait ce quil defiroit de lu y ffra 
battu rudement. Mais celuy qui ne l'ayant pas 
fcu'è a fait des chofes dignes de châtiment ,J Ira 
moins battu. 

11 dit 4. Qu'il y a deux fortes de perfonnes 
qui ignorent la loy de Dieu. Les uns par leur 
fruité ayant bien vouh: l'ignorer -, comme le pé- 
cheur dont David dit ( Pf. 35. 3. ) // n'a pat* 
voulu apprendre ce quil doit faire. Les autres 

qui 



d'une nouvelle Herejîe. 13$ 

-Mi l'ont feulement ignorée, fans qu'on puillc XV. A*t. 

Je d'eux , comme des premiers , qu'il n'a tenu 

U'i eux de la connoître. 
,-. Il met au nombre des derniers, ceux qui 

fcjpnt point crû, parce qu'ils n'ont eu perfojinc « 
J qui ils ayent pu entendre çe qu'il faut croi- 
re qui revient à la parole de S. Paul que 

1 )iis expliquons : Quomodo credent ei quem 

mm audierunt ? &c. 

l é. Et enfin voilà ce qu'il prononce fur la 
< ;ine de ceux qui n'ont point connu la loy de 
ieu , parce qu'ils n'en ont point entendu 
;r!er. Il dit que leur ignorance n J cmpêchera ce 
îs qu'ils ne brûlent éternellement dans le feu ce 
:;ur les péchez qu'ils auront commis , ( quoi ce 
□'ils puiilent dire, que s'ils n'ont point crû, ce 
eft qu'ils n'ont point du tout entendu parler ce 
z ce qu'ils auroient dû croire) mais que tout «c 
: qu'elle pourra faire, eft qu'ils en feront peut- ce 
cre moins tourmentez : Sed & iRa ignovemtia «c 
Ylus, non cfi eorum qui [cire nolunt , eorum qui 
znquam fimpli citer nefaunt , neminem fie ex- 
■nfat , ut fempiterno ïgne non ardeat : fi pro- 
\\terea non credidit quia non audivit omnino 
yuod crederet : fedfortaffis ut mitiùs ardeat. Ce 
lu'il prouve par deux paffages de l'Ecriture , 
'un du Pfeaume 78. Répandez vofire colère fur v. <f. 
es nations qui nevotit connoijfent pas : Et Tau- 
're de S. Paul : Lorfque le Seigieur le fus vien- Thejf.i. /. 
ira au milieu des flammes fe vanger de ceux qui 
i'ont point connu Dieu. 

Voilà qui eft decifif contre l'herefie du pe- 
:hé Philofophique propofée plus Amplement à 
Dijon , & avec plus de circuit à Louvain. Car 
ce faint Doéteur expliquant ces paroles de St. 
Paul : qui fine lege peccaverunt , fine lege péri- 
bunt , déclare exp rendement d'une part que 

ceux 



136 Seconde Dénonciation 
XV. Aju« ceux qui ont péché fans connohre Dieu ni 
Loy , feront punis éternellement par le feu : 
qu'on a ofé nier dans la Thefc de Dijon. Et J 
m l'autre qu'ils ne fe pourront excufer fur Ici 

ignorance, quand elle auroit efté tout-à-faic il 
volontaire, comme elt celle des Barbares , ^ 1 
propterea non crediderunt , quia non auditruî 
otnnino quod crederent. Ce qui fait voir la fau^ 
fêté de l'échapatoire du P. de Reux,quiprétei'| 
contre S.Paul que Dieu donne à tous les Barb , 
res,à qui jamais perfonne n'a parlé de Dieu ni* 
fa Loy, des grâces actuelles intérieures , qui 11 
leur auroient fait connoitie , s'ils en avoiei 
fait l'ufage qu'ils pouvoient & dévoient i| 
faire. 

Le contraire de cette faune prétention a pat 
fi clair à tous les faints défendeurs de la grâce 
qu'une des plus fortes preuves qu'ils ayent eu' 
pour combattre les Semi-Pelagiens qui 
loient que tous les hommes flirtent apppellez 
la grâce, elt l'exemple des peuples à qui la fo 
n'avoit point efté prechée. C'eft ce qu'on peu 
voir par la fentence de Saint Profper fur le qua 
triéme chef de leurs aceufations : Nous feavom 
Aïz-\\,qite le deffein de Dieu eft que l'Evangil\ 
fait prêché par toutes les régions de la terre : mu» 
nous ne croyons pas quily ait encore efté prêche 
Et noiiA ne pouvons pas dire que les hommes Jbiel 
appellera la grâce dans les pays ou VEglife ni 
gendre point encore d' 'en fans. Et dans fon Poê'mc 
contre les ingrats : On fcaitquen cetemsmèmt 
V Evangile de I. Ch. ri a pas encore été prêché pat 
toute la terre. Et il eft certain qu au moins dans le j 
commencement de V Eglife il riapû être porté tout 
d'un coup dans tous les pays du monde Or pen- 
dant que le Sauveur ouvrait Y entrée a [es mini 
(ires en divers Provinces, il faut necejfairemen 



d'une nouvelle Herejïe. 137 

d'il y Mt eu quelques endroits de la terre, oh la XV. Ar.T< 
ftce n avoit pas encore dijfipéles ténèbres deV im m 
tte dans les cœurs des hommes-^ il y avoit un 
vnbre innombrable a" ames qui fe per •dotent dans 
tnuit profonde de l'ignorance t& du péché, lorf- 
, c le Soleil de juflice répandoit Ja lumière en 
Wk/feurs autres. 
Mais rien n'elfc plus exprés fur cela,quelc Sy- 
>de desEvêques d'Afrique exilez en Sardaigne 
ir les Vandales Ariens: Quiconque croit que la 
x6ee fi donnée à tous les hommes ,n en a pas les 
rais fentimens qu il en doit avoir : puifque non 
ulement la foy n \fi pas commune à tom , mats 
iily a encore des Nations aufquelles on n'apas ■ 
■êché lafoy. Or comment, dit l'Apôtre , invo~ 
'iero?it-ils le Seigneur s'ils ne croyent pas en lui? 
ut comment croiront-ils en lui , s'ils n en ont 
] ùnt entendu parler ? Et comment en auroient-ils 
étendu parler, fi perfonne ne la leur a prècbée ? 
C'clt donc une penfée contraire à la parole de 
)ieu & à la doctrine des Pères & desConciles de 
oulo.r qu'une infinité d'hommes élevez de pe- 
:en fils depuis un tems immémorial dans une 
ntie:e ignorance du vrziDieu , & à qui jamais 
erfonne n'en avoit parlé , ayent reçu chacun 
mmediatement de Dieu des grâces intérieures 
ui leur ont donné le moyen de le connoître>de 
orte que s'ils ont perfeveré dans leur ignojan- 
e, ç'a été par leur faute perfonneile pour n'a- 
voir pas fait un bon ufage de ces grâces. 
Mais li vous êtes, mes Révérends Pères, fince- 
ement perfuadez de la vérité de cette fuppofî- 
:ion que S. Paul n'a point connue, vos Million- 
naires ont grand tort de ne s'en pas fervir en 
prêchant les premiers à quelques peuples Bar- 
bares. Car ç'auroit été fans doute une entrée 
fort favorable de commencer par ce difeours. 



îjS Seconde Dénonciation 
XV. Art. Quoique perfonne avant nom , ne vous aitpa 
lé du vrai Dieu, que nous vous annonçons, il n 
tenu neanmoin s qu à vous de le connoître & 
croire en luy. Car rieft-ilpai vrai que vous av 
eu fouvent d. s pcnfée* & des mouvemens dt crt 
te a ce vrai Dieu qui a créé le Ciel <& la Terr 
N'ejî-ilpasvray que vous vous êtes ftntk int 
rieurement poujfc^a l'adorer comme votre Diet 
N'ift-'lpas vrai que vous ave^re jette ces penfé 
& ces mouvemens , & que voua ri avez, pas vou 
lu vous y rendre ? Penje^-y bien, & VO us avoiit 
rez que je dis vray. 

Si vôtre Syfteme étoit véritable, rien ne fero 
mieux fondé que cette entrée de fermon. Ca 
les grâces actuelles, que vous fuppofez êtr 
données à tous ceux qui ne connoiffent poin 
Dieu, afin de leur donner moyen de 'e connoître 
font des penfées & des mouvemens qui doiven 
être connus de ceux à qui elles font données 
afin qu'il* leur foient un fecours fufRfant pou 
connoître ou faire quelque bien : puisqu'ils n'ei 
pourro.ét tirer aucun avantage s'ils leur éteiem 
inconnus. Mais c'eft ce qui fait voir la fauffeté 
Car pour peu que ces Barbares euflent de fens . 
il eft fans doute que cedifeours leur donneroil 
une tres-méchante opinion de ces Millionnai- 
res, & qu'ils ne manqueroient pas de leur dire: 
Comment voulez-vous que nous croyions ce 
que vous nous dites d'un Dieu qui nous eft in- 
connu, puifqre la première chofe que vous em- 
ployez peur nous le perfuader, ert ce que nous 
fçavons être très-faux, qui eft que nous avonj 
fouvent penfé à luy, Se que nous avons eu fou- 
vent des mouvemens de croire en lui, que nou! 
avons rejette*. ? 

Voilà à quoi, mes Pères, on eft afîuré que vou 
ne fermiez rien répliquer de raifonnable. 

Enfi 



d'une nouvelle H ère fie. 139 
[Enfin S.Paulfçavoitbien,fiDieuavoitaccoû- XV- Aat. 
Ijimé d'éclairer l'efprit des infidèles par des gra- 
Ls intérieures pour le faire connoître à eux. 
'i cela eût été, il avoit occalion de le marquer 
■ans le difcours qu'il Ht aux Lycaoniensqui le 
I rénoient pour Mercure , & S. Barnabe pour 
upiter. Voyons donc s'il le fait. 
MesamS) leur dit-il, que voulez-vous faire ? r 4» 
Jous fie fommes que des hommes non plus que v * 
ions, & fujets aux mêmes infirmité z, : & nom 
)ouj annonçons que vous vous convertirez, de 
es vaines fuperjtitions au Dieu vivant qm a 
ait le Ciel, la terre , & la mer, & tout ce qu'ils 
ontiennent. C'étoit déjà leur faire«emendre que 
quelques Dieux qu'ils adoraiTent , ils étoient 
ans Dieu & Athées,comme il appelle les Gen- 2%n , 
j: ils dans une de fes Epîtres , s'ils ne connoif- 
■oient le vrai Dieu qui a fait le Ciel Se la terre. 

Gui dans les fades pœjfe^a laijfe marcher tou- v , /<f . 
\e\ Us Nations dans leurs voyes. 

Cela auroit été vrai , fi Dieu n'avoit point 
manqué dans tous les ficelés paffezde donnera 
tous les Gentils de bonnes penfées & de bons 
mouvemens de quitter leurs mauvaifes voyes, 
de forte qu'il n'auroic tenu qu'à eux d'entrer 
dans le chemin de la vérité 

Et néanmoins il n a point ceffé de rendre tou- 
jours témoignage de ce quil eft , en faijant du 1 
bien aux hommes , en difpenfant les pluyes du 
Ciel & les faifons favorables pour les puits, en ' v ' t6 ' 
nom donnant la nourriture avec abondance & 
remplijfant nos cœurs dejoye. 

Sont-çe là des grâces intérieures & furnatu- 
relles? Eit-ce autre chofe que la matière d'une 
preuve naturelle, & tout-à-fait hors de nous ? 
Peut-on dire que cette preuve ait été à la por- 
tée de toutes fortes de Payais, fcmmes,foldats, 

M 2. arti- 



140 Seconde Dénonciation 
XV. Art. artifans, villageois,fans éducation , fans étud 
& qu'elle ait efté à tous ces gens là un fecou 
fuffifant pour avoir quelque ccnnoiifance d 
vrai Dieu qui a fait le Ciel & la Terre i 

Tous les Gentils ont été fort fatisfaits de c' 
que les pluyes rendaient leurs terres féconde; 
Ils ont reconnu qu'ils tiroient de la variété de 
faifons de grands avantages pour la récolte de 
fruits dont ils avoient befoin pour leur nourri 
ture , & ils ont eu de la joye d'avoir par là d< 
quoi fatisfaire à leurs befoins & à leurs plailïrs 
Mais ne faut-il pas avouer que les ténèbres qui 
le péché avoit répandues fur le genre humait 
étoient fi grandes , qu'il y a eu une infinité d< 
ces Payens qui n'ont jamais eu la moindre pen- 
fée de s'en tenir obligez au vrai Dieu Creatcui 
du ciel ôc de la terre ? Ou ils ne penfoient qu'à 
joiiir de ces biens fans fe mettre en peine à qui 
ils en avoient obligation : ou ilsbornoient leur 
reconnoiflance au loleil , 5c à la lune & aux au- 
tres corps celeftes , dont ils avoient fait des 
Dieux, parce qu'ils les croyoient auteurs de ces 
biens temporels par leurs influences ; ou îlsre- 
veroient cemme des divinitez les hommes qui 
leur avoient appris à fe les procurer par leur 
travail. Il y a eu même peu de Philofophes 
qui fe foient élevez par la confideration de ces 
bienfaits à la connoiiTance du vrai Dieu, com- 
me le marque S. Paul. Mais prefquetous les au- 
tres ne l'ont point connu , comme je l'ay fait 
voir cy-deffus, & il n'y en a eu gueres de plus, 
fuivis que les Epicuriens, qui fe vantoient com- 
me d'un chef-d'œuvre d'avoir délivré les hom- 
mes delà crainte de Dieu , en ne voulant point 
qu'il y en eût d'autres que des Dieux en forme 
humaine qui ne faifoient ni bien ni mal à pex- 
fonne. 

A R- 



d'une nouvelle JJereJle. 141 
ARTICLE XVI. 

h il faudroit félon les Jefuites , que 
'Dieu n'eût donné a tous les Améri- 
cains & autres Barbares que des grâces 
incongrues : ce qui feroit bien contraire 
à ce quils enfeicnent qu il les leur 
donne far la volonté fncere qu'il 4 
de les fauver tous, 

E que je viens de dire dans l'article pré- 
*J cèdent fait allez juger combien eft mal 
ndée la loy que vous impofez à Dieu , de 
; pnner par luy-même des grâces intérieures 
Iffifantes pour connoitre fa divinité , à tous 
:ux qui n'auroient pu en être inflruits par les 
mimes. Mais il y a encore fur cela une dif- 
pulté qui n'elt pas petite j nous la propofe- 
•ns dans l'exemple des Américains. 
Je ne crois pas qu'il fe trouve dans aucune 
:s hiltoires de la découverte de ce nouveau* 
onde, qu'on y ait rencontré quelques per- 
uines qui enflent quelque connoiflance du 
rai Dieu. Or ce feroit une merveille tout- 
fait étrange que cela fût arrivé, s'ils avoient 
>us reçu des grâces fufTifantes pour le con- 
jure , dans le fens que vous prenez le mot 
1 fuffifant. Car vous voulez qu'une grâce 
Quelle ne foit fufrifante que peur un certain 
Fet , que quand elle elt telle que cîe la part 
1 Dieu il ne manque rien à la volonté pour 
:oduire cet effet - y en forte qu'elle le pro- 
uife quelquefois-, & que d'autres fois elle ne 
; produife pas , félon qu'il luy plait d'y don- 
ner 



14 i Seconde Dénonciation 

XVt. Ait. ner Ton confentement eu de ne le pas donnB: 
Comment donc feroit-il arrivé que desgral 
fu filantes de cette nature aiant été donnée ■< 
des mille millions de perfonnes , & que n'ai;H; 
tenu qu'au libre arbitre de chacune qu'clft 
c'eullent toutes leur effet , elles ne l'euliiB: 
dans aucune ? Cela eft d'autant pli s diffidlM: 
concevoir que cela seft trouvé de lamêmeftM. 
te dans plulieurs Nations Baibares de l'anciM: 
Monde, qui aiant perdu depuis iong-tems 1M: 
notions du vrai Dieu , que les premiers hat I 
tans de ces p^ïs-ià pouvoient avoir eues, o'il: 
avoient point entei.du parler depuis. Il cl 
inoiïi que ceux qui y ont été pour y annoneffl: 
le vrai Dieu y aient trouvé des perfonnes qtil 
en culTent eu quelque connoiflance fur ces iwM 
minations. intérieures que vous fuppofez qi 
D,*eu ne manque point de donner à tous ceu 
qui n'en ont pû être inftruits par les hommes. 

J'avoue néanmoins que vous en pourrie 
Tendre raifon par votre feience moienne. Mai' 
ce ne pourroit être qu'en vous jettant dansa 
plus grand embarras. 

Le Décret de vôtre General A qu aviva, de l'a 
3613. renouvelle & confirmé par votre Geners 
Picolommi en 1651. vous oblige à diftinguer 1: 
grâce efficace de la fuffifante , en ce que confi' 
derant ces grâces moralement & en qualité d< 
bienfait , la grâce efficace renferme toujours ei 
elle-même & dans l'acte premier , quelque 
ch fe de plus que la grâce fuffifante. Et c<> 
qu'elle enferme de plus elt que fuppok- 1 
feience conditionnelle , Dieu en vertu de for 
Décret efficace , & de l'intention qu'il a de pro- 
duire infailliblement le bien en nous , choif 
lui même a deiTein ces moiens , & les donne e 
la manière & dans le tems où il Toit qu'infailli 

ble 



d'une nouvelle Herejte/ 14$ 

ffcmcnt ils auront leur effet. Et c'eft ce qui XVI. Aior. 

tjtait donner à ces grâces par vosTheolog ens 
I nom de congrues : au lieu que les purement 

(iffifantes & non efficaces , qu'ils appellent in- 

, ngru'ès , font celles que Dieu donne après. 

1 'oir prévu par fafciencc conditionnelle qu'cl- 

1 is n'auroient point d'effet. 

1 II faut donc que vous difiez, félon ce Décret, 
ne la raifon pourquoi de tant de millions d'A- 
fricains & d'autres Barbares à qui vous fup- 
ofez que Dieu avoir donné des grâces fuffi- 
lin tes pour le connoître , il n'y en a aucun qui 
ait connu , tant qu'il ne leur a point été an- 
once par des Prédicateurs : c'eft que Dieu n'a 
onné à aucun que des grâces incongrues qu'il 

{voit vû par fa fcience moiennequi n'auroient 
licun effet. 

I Mais c'eft ce que vous n'avez garde de -dé~ 

• jarer de vous-mêmes. Ce feroit découvrir un 1 
Ipcret que vous cachez autant qu'il vous eflr 
Ipflible. Un de vos plus grands artifices pour 
pfécrier les difciples de S. Auguftin & de Saint 
ffhomas , e(t de représenter leur doctrine com- 
ijie trop dure , & de faire valoir la vôtre com- 
ité étant plus douce & plus digne de la bonté 
fie Dieu , qui veut que tous les hommes foi.cn t 

; auvez. On vous a dit cent fois que c'eft par 
> \ parole de Dieu & par la tradition de l'Eglife 
[ u'on doit juger des opinions de la grâce , & 

• on par ce qui y paroît de plus ou moins dur ati 
:ns humain. Mais que dira-t-cn de vôtre fen- 
iment des grâces générales , fi étant contraire 

l'Ecriture & à la Tradition , il s'y trouveen- 
ore une plus étrange dureté 3 & beaucoup plus 
léraifonnable que celle que vous voulez faire 
rouver dans la dodrine de l'Eglife. Or c'eft, 
eme femble, ce que l'on voit déjà > fans que 



144 Seconde Dénonciation 
Aax. j'aye quafi befoin de l'expliquer. 

^ Vous fuppofez que Dieu veut par une volo 
té fincere & abfolue* , au fens que vous pren ] 
ce mot , que tous les hommes generaiemer 
fans en excepter aucun , foient fauvez, &qu'j 
viennent à la connoilfence de la vérité. VoS 
fuppofez donc aufii que Dieu a eu finceremc; 
cette volonté pour les Américains & autt 
Barbares dont il s'agit ici. Or ils étoicnt toi 
dans une profonde ignorance de la vérité i 
plus necedaire au falut , qui eft de fçavoir qu 
y a un Dieu qui a fait le Ciel & la Terre 
qu'il faut invoquer pour être fauve. Il a doc 
eu une volonté lïncere de les tirer de ceti 
ignorance. Mais qui veut la fin veut les moien > 
le moien le plus ordinaire & le plus confonr 
à fa Providence étoit de leur envoier des Prt 
dicateurs. Cependant il a été pluf eurs fieclt 
fans leur en envoier : & il y en a encore à qit 
il n'en a point envoie jufques ici. Il fembl 
donc qu'il n'a pas eu cette volonté à l'égari 
de tant de millions de perfonnes qui fop! 
morts avant l'envoi de ces Prédicateurs. Vou 
n'en voulez pas demeurer d'accord. Vous pré 
tendez qu'il a pû &. qu'il a dû au défaut de d 
moien , les éclairer par des grâces intérieures 
pour leur faire connoître cette vérité y & c'el 
ce que vous ne doutez point qu'il n'ait faitt 
Mais l'aianr pû faire par deux fortes de grâce 
congrues & incongrues : S'il en avoir donné & 
congrues au moins à la plus grande partie! 
tous ceux-là en auroient profité , & auroiem 
connu le vrai Dieu. D'où vient donc qu'il m 
s'en eft point trouvé qui Tait connu ? Il fau; 
que vous di/iez que c'eft qu'il a jugé à propo 
de n'en donner à aucun que d'incongrues, don 
il avoit prévu par fa feienec conditionnel 



d'tonc nouvelle Herefie. i^y 
Telles ne ferviroient àperfonne pour les fane XV U' A *- T « 
rivera la connoillance de la vérité, à laquelle 
pendant vous foûtenez qu'il vouloit fïncere- 
snt qu'ils arrivalTeat tous. Car c'cften ce fens 
e vous prenez ces paroles de l'Apôtre : Qui 
Ut omncs homincs falvos fieri & ad agnicto- 
Umveritatls venïre. Cela le peut-il compren- 
l|e, mes Révérends Pères, que Dieu ait eu une 
ritable intention de fauver tous ces Barbares, 
de les faire arriver à la connoifîance de la 
:iité -, & que laiflant là ces grâces par îefquel- 
s il auroit exécuté cette intention, il eût choifi 
defiein les grâces feules qu'il fçavoit , avant 
ie de les donner , qui n'auroient point d'au-* 
: erFet que de les rendre plus criminels ? Car 
jon vous en croit , fans ces grâces inutiles, 
;rrs péchez n'aiant été que Philofophiques, 
I ne leur ont point fait mériter de peines eter- 
l!es : & Dieu a prévu en les leur donnant 
utôt que d'autres , qu'elles ne leur fervi- 
[lient qu'à rendre leurs péchez Theolcgiques, 
Left à dire beaucoup plus griefs, & dignes d'un 
lâtiment infini dans fa durée. 
Eft-ce là, mes Pères, à quoi fe réduit lavani- 
I que vous vous donnez de rendre Dieu plus 
huable ? Nous devons adorer avec refpccî ce 
mt nous apprenons par l'Ecriture Se par les 
.ints Pères, de la grandeur de la mifericorde 
l' Dieu & de la feverité de fes fi'gemens. Mais 
H vous attendez pas que ne débitant que vos 
intaifies , vous nous fa(ïiez prendre pour un 
fct de fa bonne volonté envers ces Barbares, 
: qui feroit plutôt croire qu'il les auroit trai- 
z avec une rigueur incomprehenfible. 



N A R- 



Seconde Dénonciation 



ARTICLE XVII. 

Reponfe à tout ce cjue les Pères Jefuitt 
dfent dans leur Ecrit fur le fk;et à 
ces grâces données a tous les Infidellt, 
pour connoltre Dieu cjr fa fainte Loi. \ 

ON croit avoir bien prouvé qu'il y ac 
des mille millions d'Ir.nVelles , qui étan 
nez ôc élevez dans une profonde ignorance d 
Dieu & de fa Loi , n'ont eu pendant toute leu 
•vie aucuns moicns fufFiians , ni humains , s 
divins , de fortir de cette ignorance. On en 
conclu que quand on ne remonte point juf 
ques au péché originel , & que l'on s'arrête, 
ce qui fait dite d'un homme qu'il n'a tenu quï 
lui deconnoître Dieu Se fa Loi • en ne le peu * 
point dire de ces Infi<iel!es ) & fur tout des Amç 
ricains. D'eu il s'enfuit qu'on les doit n ettr< : 
à cet égard an nombre de ceux qui aurcien 
ignoré Dieu &: fa Loi inculpate ' & dont pa; 
confeqaent les péchez, quelques énormes qu'i'i 
fuflent,ne pouiroient être que Philofophique* 
Or par la Thefe de Dijon , au/fi bien que pa; 
vôtre Ecrit , tous ceux qui n'auront comntfl 
que des péchez Philofophiques ne feront point 
dannez éternellement. Voilà donc des mille 
millions d'Infidelles que vous devez exemtei 
de la dannation éternelle. 

On s'eft bien attendu que vous n'avoiieriex 
pas cette confequence. Vous fçaviez iro 
que tout le monde en a voit eu horreur. Mai 
voions ce que vous avez pu dire pour vous 
fauver. 

ECRIT, 



d'une nouvelle Herefie. 1 4. 7 

XVII. Am. 

ECRIT. 

Vous rapportez ce qu'on a dit des Américains 
n ces termes, Art. 7. n. 3. S'il y a des perfonnes 
tii nient manqué de moyens humains pour con- , 
wïtre Dieu , ça été fans doute totu les peuples 
U l'Amérique avant qu on l eût découverte. 
T o'ûa donc des mille millions de perfonnes qui, 
elon ces Iefuites, n auront jamais commis au plus 
pie des péchez Vhilofophiques, dont Dieu né toit 
îoiiitojfmfé , & qui ne meritoient point dépeints 
éternelles , lors même quils mangeaient leurs 
znnem'vs tous vivans pris en guerre , par une 
cruauté toute barbare. Et voici ce que vous y 
répondez. 

On vous [obtient , Mr. que ce fracas efi 'ijjï- 
par la feule parole tantisper, que vous Avez 



On vous foâtient que cefl là agir en fauffaire & 
en homme qui a perdu le front. 

REPONSE. 

On prie Dieu qu'il vous pardonne vos injures. 
C'elHemême tranfport de colère qui vous les 
fait dire , qui vous a empêchez de voir que ie 
mot tantiïher omis par mégardé dans le p a liage, 
du P. de Reux, ne peut en aucune forte dijfipev 
le fracas que vous vous plaignez que l'on vous 
fait par cet exemple des Américains. Car ce 
que l'on a confîderé dans ces peuples de i'A- 
merique , elt qu'avant qu'on l'eût découverte, 
ils n'avoient eu aucun moyéB de connoître 
Dieu. Or ce n'eft pas feulement pour un peu 
de tems tantisper , mais pendant toute leur vie 
qu'ils avoient manqué de tous les moyens hu- 

N 1 matas 



14S Seconde Dénonciation 

3CVII. Art. m ainf de connoître Dieu. Puis donc qu'en » 
remontant point jufqu'au péché originel , 01 
peut dire que des peuples entiers ont îgnor 
Dieu inculpatè ^uand ils n'ont eu aucun moyei 
humain de les connoître, les Américains l'on 
ignoré inculpaù, non feulement pour un peu di 
tems tantis~per , mais pendant toute leur vie 
D'où nous allons voir que le refte fuit. 

ECRIT. 

On vous foûtient que le cerveau vous 'a tourné, 
fi vous avez, cru de bonne foy que dans les prin- 
cipes du P. de Reux ces Américains n'ont commit 
que des péchez, Philofophiques. 

REPONSE. 

C'efl: à vous-mêmes que la tête tourne , fi 
vous vous imaginez qu'une réponfe ne peut 
être bonne , fi elle n'eft reconnue* pour bonne 
par celui à qui on la fr.it. Ce n'eft pas nôttg, 
adverfaire : c'eft le public qui en doit juger. 
On ne s'eft point enquis des principes du P. de 
Reux. On n'a confiHeré que ce qu'il a dit pour 
juftifïer la Thefe de Dijon. Or cela ne confîfte 
qu'en ce qu'il a prétendu, qu'il y a des perfon- 
nes qui peuvent ignorer Dieu pour un peu de tems 
fans leur faute , & qu'alors les peche 1 ^ qu*ils 
commettent ne font que Philofophiques. C'eft fur 
cela qu'on a rapporté l'exemple des Américains. 
Car prenant Yinculpate^ comme il fait, par rap- 
port aux fautes particulières de chaque perfon- 
ne , on lui a foûtenu qu'ils ont ignoré Dieu in- 
culpate , parce qu'ils n'ont eu aucuns moyens 
humains de le connoître, non feulement pen- 
dant un peu de tems , mais pendant toute leur 



de U nouvelle H ère fie. 149 
ie. Il faut donc que tous leurs péchez n'aient XVU. A«.r. 
té que Philofophiqucs bon gré malgré votre 
. de Reux , puisqu'ils les ont tous commis 
endant qu'ils ignoroient Dieu inculpate, dans 
ie fens que le P. de Reux doit prendie ce mot. 

ECRIT. 

On 'vous foutient que ces mille millions d' A- 
vericains niant ignoré l'exfftence de Dieu tout 
'e tems de leur vie, & aient encouru <& nourri 
•ette ignorance par le grand nombre & Vénor- 
nité de leurs crimes , vous nave% pû qu'avec 
me extrême impertinence les égaler à des per~ 
r onnes qui ignorent Dieu pour peu de tems : 
aptifper. 

REPONSE. 

Prenez garde, mes Pères, que l'impertinence 
ne foit de 'vôtre côté. C'elr une impofture de 
fuppofer comme vous faites , que le Dénoncia- 
teur a égalé ceux qui ont ignoré Dieu pendant 
toute leur vie , a des perjonnes qui l'ignorent 
tour peu de tems , tantisper. Comment Tau- 
t'OÎt-il fait , puifque ie tantijper aiant été omis 
par mégarde , il n'y a point du tout fongé? 
Mais quoi qu'il n'y ait point fongé , il vous a 
ôté tout lieu d'y avoir recours. Car on vient 
de vous faire voir que la manière dont on a 
montré que les Américains ont ignoré Dieu,, les 
avoir mis en état , félon vôtre P. de Reux , de 
ne commettre que des péchez Philosophiques , 
non feulement pour un peu de tems , mais pen- 
dant toute leur v ie. Ce que vous en dites le fait 
aflez connoître , hors un feul mot que vous y 
avez fourré fans raifon. Vous avouez que ces 

N 5 tniUe 



fjo Seconde Dénonciation 

XVII. Ajlt. mille millions d' Américains ont ignoré Yexifitn 
ce de Dieu tout le tims de leur vie, aiar. 
encouru <&> nourri cette ignorance par le grain 
nombre & ïénormité de leurs crimes. On voi 
allez que ce mot a encouru eft pour fahe cioii 
que ç'a été par leurs fautes perfonnelles qu'il 
ont ignoré Dieu. Mais rien eft-il plus ecntr 
le bon fens ? Car étant tons nez & élevez dé 
leur enfance dans une profonde ignorance d 
Dieu, comment auroient-ils encouru cette igno 
rance par le grand nombre & l'énormite' de. 
crimes qu'ils auroient commis depuis ? Ce qui; 
précédé ces crimes a-t-il pu en être 1* effet! 

ECRIT. 

Enfin on vous foutient que le P. deReux a fou- 
tenu contre un célèbre Docteur de Louvain,qtitn* 
tre les Chrétiens il n'y apai des Athéts fans leur 
faute , ^» qu'entre les Barbares il n'y en a $4tt 
qui le foi eut long-tems. 

REPONSE. 

Eft-ce que cela doit être vrai, parce que vôtre- 
P. de Reux l'a dk , & qu'il a été obligé de le 
dire pour donner quelque couleur à fa méchan- 
te doctrine ? Il n'eft point queftion des Chré- 
tiens. Il ne s'agit que des Infîdelles , Payens , 
Barbares , Américains. Or ce que dit d'eux vô- 
tre P. de Reux eft manifefterr.ent faux. Car ce 
qu'on doit entendre par être Athée pendant un 
long-tems fans qu'il y ait peifonnelîemcnt de 
fa fatuc, eft d'être long-tems privé de la con- 
noiflance de Dieu , fans avoir eu aucun moyen 
furfifant de le connoître , ni humain, ni divin. 
Or il eft certain qu'il y a eu une infinité de Bar- 
bares 



d'une nouvelle Herc fie. 151 
• iires & autres Infidelles , qui aiant été élevez XVII. 
j/Uns l'ignorance de Dieu en des pais où il n'é- 
>it connu de perfonne , comme il ne l'étoic 
oint des Gentils , félon S. Paul , n'ont eu au- 
Lins moyens fuffifans de le connoître ni hu- 
mains, ni divins. On l'a prouvé des moyens 
iumainsdans l'Article XII. Et pour ccquielt 
es moyens divins , qui auroient dû confifter 
n des grâces actuelles , c'elt à dire en des illu- 
minations intérieures, dont Dieu auroit éclairé 
ans l'entremile des hommes, immédiatement 
>ar lui-même l'entendement de ces Athées ,&c 
neu par lui-même leur volonté , nous avons 
aie voir dans l'Article XV. que quoique Dieu 
e puiil'c faire quand il lui plailt, & qu'il l'ait 
ait à quelques-uns , c'elt une chimère con- 
raire à la parole de Dieu , de s'imaginer qu'il 
e doive faire à une infinité de perfennes , en 
e.iverfant pour eux l'ordre commun de fa Pro- 
n'Jence , marqué par S. Paul : Gyuomodo invo- T ^ 
".ahunt in a item non crediderunt ? Aut quomodo 
fteâent ei quem non audierunt ? Quomodo ait- 
tem étudient fins pr&dicante ? C'eft donc fans 
raifon que vôrre P. de Reux allure, & vous 
Rprés lui , que même parmi les Barbares il n'y 
en a point qui foient Iong-tcms privez de la 
connoiiTWe de Dieu , que ce ne foit par leur 
fau":e perfonnelle. 

Mais encore, furquoi vôtre P. de Reux fonde- 
t-il cette viiîon ? Sur une Loi qu'il a la témérité 
d'impofer à D'eu coivre l'Ecriture & contre 
l'expérience de tous les fiecles. Vous la rap- 
portez dans la page 5. en ces termes : C'elt 
qu'il eft de let providence d? Dieu qu il ny ait 
point d'infiielles qui viennint à mourir pendant 
l h 'âge de la raifon, jufquà ce qu'J's connoijfcrit 
Dieu , ou du moins qu'ils en doutent , & <pk 

N 4 par 



irii _ 



15 L Seconde Dénonciation 

XVII. Akt. par une négligence coupable ils n en veuille 
pas être éclaircis. Le moins elt donc qu'ils 
doutent • & le plus ordinaire, qu'ils le connoi 
fent. Il ne faut qu'appliquer cela à des exen 
pies , pour faire admirer à tout le monde vôt 
nardieiTc. fit-ce donc que c'elt faire coï t à 
providence de Dieu , que de ne pas croire qi 
Tibère , Caius , Claude , Néron , Dominer 
Heliogabaîe ont connu le vrai Dieu avant 
«Je mourir, ou au moins qu'ils en ontdou 
Qu'il n'y a aucun de ces brutaux de l'Âm 
que , de ces Canibales mangeurs d'hommes, 
n'ait connu le vrai Dieu avant que de mourii 
ou au moins qui n'en ait douté ? Qu_'il n'y 
point eu d'Epicurien qui n'ait connu le vrai 
Dieu avant que de mourir , ou au moins qui ou j 
fe foit douté que c'étoit une grande erreuraj 
vouloir que le monde ne foit pas l'ouvragedil 
Dieu , mais l'effet d'un concours fortuit d'a- 
tomes ? 

Que s'il n'y a qu'à impofer à Dieu telles loii 
qu'il nous plailt , pourquoi vous arrêter à Jf| 
connciflauce de Dieu , & ne pas pafler jufqu'à, 
fon amour ? Pourquoi vouloir qu'il Joit de la 
Providence de ne laijjlr mourir aucun Infidelle 
pendant l'ufage de la ration jufqu'à ce qu'il ait 
connu le vrai Dieu ou qu'il en doute , & de ne 
pas ajouter , jufques à ce qu'il ait eu des penfées 
& des mouvemens d'aimer Dku, & qu'il n'ait 
tenu qu'à lui de l'aimer? Eft-ce que vous ne 
croiez pas qu'il foit necefiaire d'aimer Dieu plus 
que toutes chofes pour être fauvé ? Elt-ce 
qu'un homme peut fans péché mettre fa der- 
nière fin dans la créature ? ou la mettre ailleurs 
que dans la créature quand il ne la met pas en 
Dieu ? ou la mettre en Dieu fans l'aimer ? Il elt 
vrai que vous n'êtes pas en peine de fauver les 

Ca- 



d'une nouvelle Hcrefie '* 153 
Muholiqucs fans qu'ils aient jamais aimé Dieu. XVII. Am, 
4r quelques crimes qu'ils aient commis ils en 
Jnt quittes à la mort, fi on en croit la pluf- 
Wrtde vos Théologiens d'àprefent , pour une 
fjtrition conçue par la feule craiute- d'être 
fiiiné , & fuivie d'une abfolution. Mais les 
\ arbares & les Infidelles dont il s'agit n'aiant 
> pint de ConfeiTeurs , comment aur0nt-ils des 
races fufRfantes pour être fauvez& pour evi- 
. :r le péché que commettent ceux qui manquent 
accomplir le plus grand de tous les Comman- 
:mens , fi vous ne dites qu'il eft aujfi de la 
rovidence de ne les point laifTer mourir avant 
u'ils aient des penfées & des mouvemens d'air 
1er Dieu plus que toutes chofes , & qu'il ne 
enne qu'à eux d'y confentir ? 
I C'eft ce que nous vous laiflbns à démêler , 
n remarquant cependant que vôtre P. de Reux 
aine par là fon tantifper. Car on aura tout ce 
u'il dit être de la providence de Dieu , pourvu 
u'un Itifidelle qui auroic vécu foixante ans y . 
' \e meure pas avant qu'il ait connu Dieu , ou att 
yaoins qu'il ait douté , & que par une négligent 
i\e coupable, il n ait pas voulu s'éclaircir. Ce 
lie fera donc eue depuis ce terns-là , que fon 
gnorance de Dieu aura été coupable. Il Tau- 
a donc ignoré inculpaù pendant plus de 50. 
tns. Il n'èft donc pas vrai que les plus Bar- 
>ares ne le puifTent ignorer inculpât e , que 
>our peu de tems. 

ECRIT. 

Revenez, encore à la charge , & demandera 
ce Tere ce que deviendront ces mille millions d A- 
mericains & autres Barbares au jour du luge- 
ment. On vous répond qu'ils feront à la gauche, 

& 



T54- Seconde Dénonciation 

XVII. Aw. 0> qu'ils retourneront au fupplice des fiamr. 

étemelles four les crimes énormes qu'ils ont coi 
mis contre les principes les plus généraux , 
far conséquent les plus connus de la Lot nai 
telle & divine. 

REPONSE. 

Vous répondez comme les Catholiques de 
vent répondre , parce que vous n'oferiez le fî 
r'e félon la nouvelle Herefie du péché Philof 
phique , foûtenuë dans vôtre Collège de Dijo 
Car il elt faux, félon cette Thefe, que tous! 
coupables de crimes énormes contre les pri 
cipes les plus généraux , & par confequent.l 
plus connus de la Loi naturelle & divine , do 
vent aller au fupplice des flammes éternelle 
Il en faut excepter des mille millions dont M 
péchez , quoique tres-énormes , n'auront éi 
que Philofophiques j parce que ce feront 4< 
-Clinies commis par ceux ou qui i^r.o rniei 
Dieu , vel qui Veum ignorabant ; ou qui n 
penfoient point actuellement à Dieu : Vel 
de Beo attu non cogitabant. Vous direz fan 
doute que vous avez déclaré que ni vous,n 
vôtre P. de Reux ne prérendez point juitih'e 
la Thefe de Dijon en tous fes points. Avoue 
donc qu'on a eu raifon de revenir a la cb\rgï 
& de demander non â vôtre P. de Reux, mais 
l'Auteur de la Thefe (car c'ett lui que l'o ccfl 
battoit dans cet article) que deviendre I 
jour du Jugement ces mille millions de ' i M c 
de péchez Philofophiques énormes, que Jefus 
Chrift n'auroit pûenvo ; er au feu éternel? Avoue! 
avant que de pafler outre , que cette doctrine 
elt déteftable : & puis on vous écoutera fur le: 
modifications dont vous prétendez l'adoucir; 

ECRIT. 



d'une nouvelle Herefie. 155 
ECRIT. 

)n ajoute, fans biaifer , que leurs pécheront 
| formels <& Tbeologiques , parce qu'ils n'ont 

fait ce qu'ils pouvoient par le fecours de la> 
A ce , & ce qu'ils dévoient faire pour avoir une 
•notjfance plus diftincïe de l'Auteur de la L«» 
'urelle &> divine. 

REPONSE. 



xvii. Akx- • 



l' eh tout ce que vous avez pû trouver pour 
i ter d'être convaincus d'exemter du feu eter- * 
t une infinité d'Athées coupables de crimes 
^rmes.* J'cntcns par ces Athées ceux qui ne 
Bmoiilent point Dieu. Or il n'y a rien de 
f)ins folide que tout cela. Ce n'eft qu'un amas 
< fuppofitions phantaftiques &de faulTes pen- 
.|;s directement contraires à ce que les faints 
]':fenfeurs de la grâce nous en ont appris. 

I. Si vôtre diitinétion des péchez en Théo- 
riques & rhilofophiques étoit bien fondée, 
imaniere dont vous voulez que des péchez 
•Athées, qui de leur nature ne peuvent être 
le Philosophiques , foient néanmoins des pe- 
\zz mortels Tbeologiques , ne fçauroit être 
l'une pure rêverie. Pour le bien comprendre 
'ne faut que prendre garde que vous faites 
itrer dans la notion du péché tant Philofo- 
nque que Tbeologique la connoillance que 
3it avoir le pécheur, ( je n'examine point ici 
1 quel degré ) que ce qu'il fait eft contraire, 
u feulement à la droite raifon & à l'honnê- 
tté naturelle , & alors le péché eft un péché 
>rmel Vhilofophique -, ou à la loi de Dieu , & 
lors c'elt un péché formel Tbeologique , cefl à 



Seconde Dénonciation 
XVII. Art. dire un péché commis avec quelque connoijft \ 
de Dieu actuelle ou habituelle : & que c'elt ■ 
là que vous prétendez qu'il mérite l'eter 
des peines. A quoi fe rapporte aufli ce qu: 
dans la Thefe foûtenuë à Anvers en 1675. (] 
*• le péché mortel Theologique mérite l'erenj 
des peines : Quia efl gravis ojfenfa form 
ferfondL dignitatts infinité cognit£ qua talis. ]| 
marquez s'il vôus plailt le mot de conuoijj, 
ce ou de connoitre dans l'une & dans l'autre 1 
finition. 

Cela étant , peut-on s'imaginer rien de p ; 
mal penfé , que de prétendre qu'un péché pu 
fe changer de nature , & devenir une autre f< ( 
te de péché fans que la définition de cette i 
tre forte de péché lui convienne? Or c'elt 
que vous prétendez. Car ne pouvant pas n:j 
que les Américains dont il s'agit , n'aient r 
privez pendant toute leur vie de toute conno 
fance de Dieu & de fa Loi , foit actuelle ou h 
bituelle , comment pouvez-vous dire que i 
crimes énormes qu'ils commettaient n'ont 
laifîé d'être des peche^formels Theologiques , < 
même tems que vous définiflez le péché Thec 
logique , un péché commit avec quelque cor, 
noijfance de Dieu actuelle ou habituelle > N'efl 
ce pas. comme fi une perfonne foûtenoit op. 
mâtrement qu'un homme mort que l'on port 
en terre elt un homme véritable , & qu'il 
voulût pas fe rendre à cette raifon. Un hoi 
véritable elt un animal doué de raifon. Or 
homme mort n'eft: pas un animal doiié de ra 
fon. Donc cet homme mort n'elt pas un hom- 
me véritable. 

2. Mais il n'a tenu qu'à ces Américains, dites 
vous, qu'ils n'aient eu quelque connoiflance de 
Dieu. LailTant là l'antecedent,dont nous parle- 
rai 



d'une nouvelle Herejïe] 157 
+1, dans la fuite , la confequence qui eft que XVII. An.rt 
ms péchez commis dans une entière ignoran- 
Jj.e Dieu font des péchez formels Thcologi- 
mi qui méritent la peine éternelle , eft tout à 
a abiurde. Car quand il fcroit vrai qu'il n'au- 
1 tenu qu'à eux de connoître Dieu , tout ce 
Ipn peut conclure de là,eftque s'ils l'avoient 
uni leurs péchez auroient été de, formelles 
nfcs d'une Majefté infinie connue' pour tel- 
I ce que vous foûtenez être neceffaire afin 
I an péché mérite une peine infinie - 3 £>c non 

que ne l'aiant pas connu, ils aient été effecti- 

1 tient des offenfes formelles d'une Majefté 
f nie connue pour telle, cogniu qua talisi 
ei]uoi il y a unemanifette contradiction. Vous 
à :z donc tant qu'il vous plaira, que c'eft pat" 
le: faute que ces Américains font demeurez 
ils une entière ignorance de Dieu, il n'y a point 
A omme raifonnable à qui vous puifîiez per- 
f.der que quand cela feroit, leurs crimes aient 
piètre des péchez formels Theologiques di- 
r:s de l'enfer , tant que vous vous opiniâtre- 
té à foûtenir qu'il n'y a de péchez formels 
leologiques dignes de l'enfer , que ceux qui 
fit commis avec quelque connoiffance de 
Izu actuelle ou habituelle , & qui font de 
fmelles offenfes d'une Majefté infinie con- 

1E POUR TELLE. 

]. Venons maintenant à l'antécédent , qui eft 
c fçavoir fi ces Américains ont manqué de 
«nnoîtreDieu par leur faute perfonnelle,c'eft à 
ce pour avoir négligé de fe fervir des moyens 
^naturels qu'ils auroient eu de le connoître. 
m vous a fait voir dans l'Article XV. qu'il n'y 
rien de plus faux, & déplus oppofé à l'Ecri- 
re, aux Pères, & à l'expérience, que ces gra- 
s actuelles intérieures 6c fumTantes données 

gene- 



1 5 S Seconde Dénonciation 

XVII. Art, généralement à tous ceux qui ne connoif m 
point Dieu, & qui n'ont point d'autre moB 
de le connoîtLe. Je dirai donc feulement I 
mot d'un tour plus embrouillé que vous preM 
ici pour nous faire croire que les péchez ■ 
Américains étoient des peche7. formels ThH 
logiques. Vous l'aifurez fans biaifer , 6: ce ; 1 
la raifon que vous en donnez, c'elt parce qtm 
n'ont point fait ce qu'ils pouvoïent par le M 
cours de la g'ace , ce qu'ils dévoient f M 
■pour aveirmie connoïffance plus diftincfo de l'j ,1 
teur de la Loi naturelle. Appellez-vous cela 1 
point biaifer ? Parlez donc plus clairement. I 

Ne fuppofcz pas qu'il n'y a point de Barbfljl 
qui n'aient quelque connoiifancc de Dieu col 
me Auteur de la Loi naturelle , & qu'ils a'<| 
befoin que d'en avoir une plus diltinéte. 1 
Relations de ceux qui ont découvert le Can; 1 
& les Antilles nous apprennent combien cela 
chimérique. Revenez donc à ceux qui n'ont 
aucune connoiffance de Dieu. 

Dites-nous quelle eit cette grâce qui n'a po:|| 
manqué de leur être donnée , & ce qu'ils po 
voient & dévoient faire par cette grâce po 
avoir la connoilTance de Dieu dont ils n'avoie^: 
point entendu parler. Eit-ce une grâce de lj 
miere , par laquelle Dieu fe manifeitoit à e 
fans l'entremife des hommes? On ne la peut fu 
pofer généralement donnée à tous ces Barbar 
T^m. T6. fans contredire S. Paul: 6}Homcdo credent et que 
non audierunt? Giuomodo audtent (inepr&dicani 

Elt-ce une bonne penfée & un bon mouv 
ment pour faire quelque bien fans rapport 
Dieu qui leur étoit inconnu ? Franc Pelagi. 
nifmc , d'appeller un effet de grâce & un vr 
bien capsble d'attirer des lumières pour cor 
noître Dieu , quelque bonne œuvre fecundh 



d'une nouvelle Herejîe. ity 
dium , comme parle S. Augultin,que des Bar- XVII. Au. 
fcles feroient par un mouvement d'amour 
fiix-mêmes fans aucun rapport à Dieu. Ap- 
àjaez de ce grand Saint que la première grâce 
a a volonté elt l'infpiration de quelque com- 
n îcement d'amour par lequel Dieu ncus fait 
financier de plus fortes grâces, qui nous ren- 
dit faciles les oeuvres de pieté qui nous étoient 
p.iaravant difficiles & impoflibles. Il nous 
c.eigne la première de ces deux chofes par ces 

r ôles : Sine fuo fruclu admoneretur liberum n _ , 
» . . L j r ■ \ DeCr.fr 

t.ntrium qu&rere Dei donum , niji prius acci- ar ^ 

tet aliquid dileclionis , ut addi fibi qu&reret c. i$, 

4de quod jubebatur impleret. Ce seroit fans 

mit que le libre arbitre feroit averti de chercher 

à don de Dieu , s'il ne recevait auparavant 

iclojue commencement d'amour par eu ilpujl 

M-enir le fecours necejfaire pour accomplir ce qui 

m e fi commandé. Il peut j avoir des grâces de 

Kcendement avant celle-là : Mais il n'y en 

ut avoir de volonté , qui puifie fervir à en 

Rtenir d'autres plus fortes, telles que font cel- 

■ dont S. Au&ultin dit : Cum fortis & totens c . 

j&paratur voluntas a Domino, facile fit opus tracl,ltè, r , 

?tatis,quod p ri fis difficile atque impojfibile fuit : c. 22* 

uand Dieu donne par fa grâce une forte & 

•'ijfante volonté /il nom efi facile de faire des 

•Plions de pieté, qui nous étoient auparavant dif- 

■ iles & impojfibles. Et comme cette dernière 

me de grâce eft la principale, c'eft à elle prin- 

ipalement que convient la définition que S.Au- 

ullin donne de la grâce en ces termes 4 Infpi- 

ztio dikBionis ut cegnita fanSto amore faciamm* 

Jne inspiration d'amour par lequel nous 

■lifons avec une fainte affection , ce que nous 

cavons que nous devons faire : quoi qu'elle puif- 

eaufli convenir à i'autre, parce qu'e-lle eft auffi 

une 



luo Seconde Dénonciation 

XVII; Art. une infpiration d'amour, quoi qu'encore foil 
& imparfait. Ce n'elr pas le lieu d'expliqt 
cela plus au long. Il fuffit de l'avoir marq 
pour porter cous les vrais Chrétiens à faire i 
tention à ces grandes veritez. 

Qu'il n'y a que deux amours qui nous fo 
agir ; l'amour de nous-mêmes , & l'amour \ 
Dieu , qui s'appellent autrement, la cupidité 
h charité. 

Que ce qui fe fait par l'amour de nous-mi 
mes& fans aucun amour de Dieu , peut être bc 
fecundum ojficium , comme parle S. Auguftii 
mais ne peut être bon absolument , ni êti 
agréable à Dieu. 

Que ce qui n'elt pas bon abfolument ni agréa 
ble à Dieu , n'eit point l'effet d'une grâce qi 
-en puifle attirer d'autres. 

Qu'il n'y a qu'un commencement d'amoo 
infpiré de Dieu, qui nous puhTe fervir à obteni 
<k la bonté de Dieu un amour plus parfait. I 

Qu'il y a contradiction, que des Barbares qu 
» n'ont eu aucune connoifTàncede Dieu, ni actuel 
le , ni habituelle, aient pu rien faire pour Dien 
■tant qu'ils font demeurez dans cette içnoran 
Qu'il faudroit donc que Dieu fe fût fait co 
noître à eux en les éclairant immediateme 
par lui-même , afin qu'ils pufTent faire par un 
grâce qu'on fuppofe fans fondement qu'ils o 
eue' , ce qui auroit engagé Dieu de leur fai 
connoître fa fainteLoi. 

Il faudroit donc revenir à ces illuminations 
immédiates que Dieu ne manqueroit point de 
donner à tous les Infidèles à qui jamais perfon- 
ne n'auroit parlé du vrai Dieu. Et c'elt ce qu'on 
vous a fait voir ne fe pouvoir foûtenir que par 
une étrange temeriré,pui(que c'eft fuppoferque 
Dieu fait toujours ce que S. Paul nous affaire 



d'une nouvelle Herefie. 1G1 
Wt'il ne fait point félon les règles de fa con- xvh.Af.t. 
fttote ordinaire envers les hommes. 
î|Ainii,mes Révérends Pcrcs, tant que vous 
■ condannerez point abfolument & enticre- 
fcnt la nouvelle Herefie du péché Philofophi- 
Àe,qui ne mérite point le feu éternel quel- 
le énoime qu'il puifle être , les reftriétion s 
voles de vôtre Père de Reux n'empéche- 
nt point , que ce qui a efté reprefenté dans 
première Dénonciation de cette Herefie y ,8c 
ii en a fait avoir plus d'horreur, n'en foit 
îc fuite neceifaire. Car puifqu'on vous a fait 
jirqu'ilya eu des mille millions de Payens 
de Barbares qui orît elté privez pendant 
)ute leur vie de la connoiffance de D:eu & de 
Loy, fans que cette ignorance ait efté l'cf- 
jt de leurs fautes perfonneîles , quelque foin 
ue vous ayez eu d'ajouter à la Thefe de Dijon, 
l'il n'eft pas vray de tous ceux qui ignorent 
>ieu , que leurs crimes ne méritent pas le feu 
cernel de l'enfer , mais de ceux-là feulement 
ui l'ignorent inculpât} • cette exception s'é- 
f :nd fi loin , que quand elle feroit raifonnable, 
fje qui n'elt pas, la propofition fuiv ante devrok' 
Itre également attribuée aux f efuites de Dijon, 
c a ceux de Louvain : î l y a un très-grand 
\ombre de feelerats , fornïficateurs adultères, 
éominables , meurtriers , empoifonneurs , qui ^Açoc. ?r. 
our avoir efté Athées au fens que Saint Paul à- 20. m. 
rend ce mot , c tft à dire privez, de la connoïf- 
*nce de Bien , ne feront point jette^dans V é- 
ang de feu & de foujfre , pour y être tourmen- 
e^jour & nuit dans les ficcLs des ftecles. Et 
:'eft furquoi on demande de nouveau le juge- 
ment de l'Eo-life. 
.0 



O A R- 



i6l Seconde 'Dénonciation 



ARTICLE XVIIL 

C)ne les 'je fuite s thhext en <vain de fait ' 
croire quil na pu arriver que fortra 
rement, que des Ameiicains^par exem 
-pie , nœyent commis que des pèche* 
Phtlofophiques. 

CE-qui me donne oecafion de traiter ce point 
e(t ce que vous dites immédiatement apré: 
les paffages de vôtre Ecrit, que j'ai réfute: 
dans l'article précèdent : Que c'eft un cas àpei 
prés Metaphynque, que les péchez d'un Amé- 
ricain mort avant que d'avoir connu Dieu , n< 
foient que des péchez Philosophiques. Ce!; 
veut dire qu'il eft bien difficile que ce ne foieni 
pas des péchez formels Theologiques , comme 
•vous veniez d'affurer qu'avoient été ceux èt 
ces mille millions d'Américains qu'on vous 
avoir objectez. 

Et vous approuvez en un autre endroit que: 
le P. de Reux n'ait pas voulu demeurer d'accord 
de cette proportion de M. Steyaert. 

Tieripotefi ut peccet pi-ccato vero formait & 
Theclogico , qui Veum ita ignorât , ut (împliciter 
nefciat Deum effe : I l se peut faire qu'on 
fajfe un péché véritable, fermel & Theolcgique, 
quoi qu on foitf ignorant de l'exifence de Dieu, 
qu* abfolument parlant on ne /fâche pas qutly 
a un Dieu. 

Vous nous averti/fez qu'il l'a contredite ea 
ces termes. La doclrine oppofée à cette propofi- 
tion eftfi commune fekn le fenîiment du Car- 
dinal de Lugo, &c. On ne peut douter, que cela 

ne 



d'une nouvelle Hère fie. 16$ 
\ fignific que la doctrine oppofèe à cette pro- xvitl 
)ficion 5 eit celle que vous foûtencz. 

i Vt)icy donc ce que vousfoûtenez contre ce 

f odeur. 

Tiert Non poteft ut peccet peccato vero>for~ 
di & Tbeologtco , qui Deum ita ignorât , ut 

ynpliciter nefciat Deum ejfe : Les péchez, de 
luy qui ne fçait point qu'il y a un Dieu ne 

.luroient être vraiment des péchez, formels 

heolog-ques. 

Or vous ne niez pas qu'il n'y ait eu des mil- 

ons d'Américains qui n'ont eu aucune con- 
oillance de Dieu pendant toute leur vie. 
Quelle eft donc vôtre bonne foy & vôtre iin- 
enté d'affurer , co r me vous faites , fans bïai- 
?f\, que les peche^que ces Américains ont corn- 
vit contre la loy naturelle ont e fié' formels & 
Géologiques ? 

Il n'eft pas difficile de deviner ce qui vous a 
ïit tomber dans une contradiction fi vifible. 
l'eijt que vous parlez félon vos intérêts prê- 
tas , ne vous appliquant pas allez à ne parier 
ue félon la vérité.- 

Le Pere de Reux n'étant occupé qu'à £bû- 
enir contre M. Steyaert la doctrine erronée 
e fon Ecole , qu'on ne pèche formellement 
;ue lors qu'on connoît que ce que l'on fait * 
îlt contraire , ou à la droite raifon, ce qui fait 
£ péché Philofophique -, ou à la Loy de Dieu, 
equi fait le Theologique ; il n'avoit garde 
l'admettre les (ix propofitions Hé ce Docteur, 
]ui ruïnoient ce faux principe , dont celle que 
e viens de rapporter ett la cinquième. Il ne 
aut donc pas s'étonner qu'il ait trouvé mau- 
dis que ce Docteur leTs ait appeliez des veritez : 
Qv&ritur qniicenfeamii* de quibufdam articuli* 
juibus adeo Hdttur^nt Veritates vocitentur. 

O i II 



I<>4 Seconde Dénonciation 

X/1II.AA.T. Il n'étoit donc appliqué qu'à les faire pafl 
pour fauiies : & il ne manque pab de confian 
pour en donner cette idée. Car M. Stcyac ' 
ayant fait entendre , que la doctrine des Jefu 
tes oppofée à ces fix articles ne pourroit qu et 
condannée par l'Eglifc , û on s'appliquoit 
l'examiner ; Le P. de Reux témoigne dans 
Réplique de deux pages , qu'il veut bien qi 
ce Do&eur la propofe à l'examen , mais qu' 
le prie d'y joindre auili les 5. ou 6. Propof 
tions qu'il débite pour des veritez. RogaturU 
men utjungat ajfertiones etiam quai pro verita 
tibus venditat hafce fuas.Y.x. il les rapporte eD 
fuite en ces termes. Mais il n'en met que cin 
parce qu'il a omis la t. 

Il fe peut faire qu'un homme commette un p 
ché véritable formel Théologienne ; 1. Guoy qu 
ne (fâche pas ou il pèche, z. 6)Hoy qu'il {oit foi 
tement ptrfuadé qu'il fait bien. 3. §hioy qu't 
foit dans une aujfi forte perfuafion qu'il efi obi 
gé de faire ce qu'il fait y & qu'il pecheroit s' il m 
ie faifcit pas. 4. Q^cy qu'il foit dans une têU 
ignorance à l'égard de Dieu , qu abfolumentpar^ 
lant il ne [cache point qu'il y a un Dieu. 5. £1 
encore qu'il fe fut fortement perfuadé qu'il n'j 
en a point. 

Voilà ce que vôtre P. de Reux s'eft imaginé 
que l'on pourroit bien condanner Ci onl'exami- i 
noir. Et il en parloir avec moins de précaution, 
parce qu'il n'avoir pas vu la Dénonciation de 
Ja nouvelle .Herefie, ou Ton montre évidemment, 
que s'il étoit vrai que ceux qui ne connoillent 
point Dieu, ne puflfent commettre de peche2 
mortels Theologiques, qui font les feuls félon 
la Thefe de Dijon qui mentent des peines éter- 
nelles, il faudroit qu'il y eût plulieurs millions 
d'Américains qui feioient exemts c!c. ces peines, 



£une nouvelle Herefîe. 16$ 
tielques péchez énormes qu'ils eulîent com- XVIII.Art» 
f,s, étant certain qu'ils étoient cous , avant 
«Ton leur eût prêché l'Evangile, dans une pro- 
fite ignorance de Dieu & de fa Loy. 
Mais ce qu'on doit admirer, eft l'aveuglement 
c ceux d'e.itre-vous qui ont compofé vôtre 
3 rit , & qui ont efté fi étourdis que de dire le 
( y ôc la non de la même chofe. Car s'agiflant 
( fçavoir fi ceux qui ne connoifient pas qu'il y 
,• m Dieu , peuvent commettre des péchez fbr- 
»;ls Theologiques } M. Steyaert ayant foûte- 
I l'affirmative , vous foûtenez contre luy la 
gativeavec vôtre P. de Reux. Mais le Dé- j 
meiateur ayant conclu de la négative , qu'il 
jiloit que vous exemtailiez des peines éternel». 
■ une infinité d'Américains , parce qu'ayant 
jlnoré Dieu toute leur vie , comme vous l'a- 
'iiez , leurs péchez n'auront point efté Theo- 
giques ; vous reprenez l'affirmative que vous 
îez condannée, &vous ajfurez, fans biaifer r 
■e les crimes de ces Américains ont eflê des pe- 
ïel formels Theologiques. Et vous pou fiez 15 
in cette affirmative, qu'au lieu de prétendre , 
unme vous aviez fait auparavant avec vôtre 
de Reux, que les péchez d'un Athée ne peu- 
rat être Theologiques, ( ce qui eft l'oppcfé de 
■qu'avoit foûtenu M. Steyaert ) vous foûte- 
iz icy, que c'eft un cas à-peu-prés Metaphifi- 
.le, c'eft a dire un cas qui n'arrive prcfque ja- 
ais, que les péchez d'un Arhée ne foient que 
hilofophiques ^ ce qui elt foûtenir qu'ils font 
efque toujours Theologiques. J'appelle icy 
thée celuy qui ne fçait pas qu'il y a un Dieu, 
1 qui eft être Athée négativement. 

Ces contradictions font fi bien connoître 
étourdifiement où jette l'erreur , que pour les 
ure mieux tentir je croi devoir mettre ces 4, 

Pro^ 



1 66 Seconde Dénonciation 
Ar.t. Propositions en Latin , parce que c'cftencc 
langue que la première à laquelle les autres 
rapportent a efté mife par M. Steyaert. 

i. Propofition de M. Steyaert dans les The 
des péchez, d'ignorance. 

Fteri pottft , ut qui h efciunt an Deut fit , f 
cent peccato vero, formait, & Théo' ogtco. 

z. Propofition contraire de celle dé M. S 
yaert , foûtenue par le P. de P^eux , & par . 
Auteurs de l'Ecrit. 

Fteri non potcfi , ut qui nefciunt an ~Detit fi 
pecctnt peccato vero , formait <& Theclogico. 

3. Propofition des Auteurs de l'Ecrit. 
Americanorum , qui nefciebant an Deus 

■peccata erant vera, formait a <&> TbeoUgica. 

4. Propofition foûtenue auili par les Auteu 
de l'Ecrit. 

Rartjftm'e accidit , ut eorum qui n efciunt 
Deus fit, peccata fint tantum Fhtlofophica: adt 
que fere fewpzr junt eiiam Theologica. 

A moins de renoncer à toutes les règles <i 
bon fens & de la Logique naturelle , peut-c 
douter que ces deux dernières proportions d< 
Auteurs de l'Ecrit , ne confirment la prerriffl 
qui eft de M. Steyaert,& ne foient évidemrtfil 
contraires à la féconde qui eft du P. de Reu 
& des mêmes Auteurs de l'Ecrit ? Car afin qr 
la propofition ce M. Steyaert ne fut pas vrâyi 
il faudroit qu'il ne pût jamais arriver, que ceu 
qui nefçaventpas qu J il y a un Dieu commit*! 
dépêche* formels Theologiques : Mais felo 
la ?. pTOpofition cela eft arrivé une infinité c 
fois,& félon la 4. il eft fi certain que ceiapet 
arriver qu'il eft prefque impofTible que ce 
arrive autrement. Vous vous démêlerez corr 
me il vous plaira de ces contradictions , ma 
tous ne fçauriez empécher,que celanefoitpr 

f 



d'une nouvelle Herefie. ï6j 

n tous les gens d'efpnt pour la marque d'une XVIII •A&Tt 
Jfc méchante caufe. 

Cela ne vient , comme j'ay déjà remarqué , 
m de ce que fans avoir égard à la vérité, 
tjis ne consultez que vôtre utilité preiente. 
E voicy un autre exemple , pris des mêmes 
lefes du P. de Reux contre M. Steyaert. 

île Docteur a voit mis pour fa j. vérité :Po- 
U fiert ut peccet quis peccato vero , formait & -* 
l'.ologico, etfi firmiter ac fine dubitatione judi- 
c fe reclè facere. Il fe peut faire qu'on com- es 
ntte un péché vrai, formel & Theologique , ce 

jique l'on juge fermement & fans aucun ce 
lue que l'on fait bien. . es 

v r ôtre P. de Reux ne voulant pas demeurer 
d ccord de cette vérité la combat en ces termes: 
Ctte parole eft dure & capable de nous épou- 
mter. Nous n admettons point de peché contre 
iLoy, qui ne fait aujfi centre la confcier.ee , an 
lins agitée de quelque doute, & inquiétée. 

{. Steyaert avoit appuyé fa vérité par l'ex em~ 
|t; d'un hérétique qui vivant même parmi les 
t.tholiques demeure fortement attaché à fa 
f 1 il e religion. 

[Le P. de Reux n'ofe pas dire que cela étant 
i.ne pèche point, parce que ce ferou exeufer 
ne grance partie des hérétiques, ce qui auroic 
é donner trop d'avantage à fon advérfaire. 
fais il nie l'hypothefe , & cherche des détours 
jur faire croire, que cet hérétique pèche con- 
| fa confeience, n'étant point, dit-il , 11 sfTuré 
< e M. Steyaert le fuppofe , qu'il fait bien en 
fant ce qu'il fait pour fa fauile religion. Car, 
t ce Jcfuite, ou il recherche la- vérité,^ il ne 
tiendra pas long-tems afîuré de faire bien; ou 
ne la recherche pas, & alors il elr opiniâtre,&. 
^upable d'une obitination hérétique. 



■ 

I &.% Seconde Dénonciation 
XVJlI.A&r. M. Steyaert a répliqué tres-judicieufem'l 
par une autre Thcfe. Qu^on avoit omis ur I 
membre: quoique ce fut ce qui arrive plus or, I 
iiaiccment : C'eit que ce Calvinitte recherche 
Tenté, & eft un peu inquiet : mais ayant regai 
enfuite cette inquiétude comme une tentati< 
il deme jre en repos dans fa Secte, comme ne 
dans nôt>efainte Religion. Et il demande à 
Pere, s'il ne fait plus de mal enfuite dans tout 
qu'il fait pour fa religion contre la nôtre, pai 
qu'il croit fermement ne rien faire que de bit 
Vôtre P. de Reux ne change point pour ci 
de fentiment. Il foû tient dans fa Réplique^ 
ce Calvinifte pèche , mais qu'il n'eft pas vi 
qu'il n'agiffe pas contre fa confeience , pai 
qu'il étoit obligé de recherchei\davantage , 
qu'il ne devoitpas prendre Ton inquiétude po 
une tentation , n'ayant pas la certitude de fi 
divine qu'ont les Catholiques. 

Tout cela eft très pitoyable. Car il ne s' 
point de fçavoir fi l'a(iurance qu'ont ces < 
viniftes de la bonté de leur religion eft bien ( 
mal fondée ( A-t-il pu douter que M. Steyae 
ne l'ait crû tres-mal fondée ? ) mais s'il n'y 
point de ces Calvimftes vivant parmi les G 
tholiques,qui n'ont aucun doute fur leur Rel 
gion, & qui fe croyent tres-aiTure^z d'être dai 
la bonne voye. C'eit un fait fi certain qor 
ne le peut nier fans impudence. Or tant qu 
demeurent dans cette aflurance exerce de toi 
doute , ( quoi qu'ils ayent tort de l'avoir 
eft clair qu'ils pèchent contre la Loy de ~~ 
en blafphemant la véritable Religion qu 
prennent pour la faufTe, mais qu'ils ne pécher 
point contre leur confeience : qu'ainfi i 
g Thom ne P ec ^ ent p Gmt félon ce Tefuite.puifqu'au lie 
£[HodL /• 4 ue s * Thomas nous ènfeigne , e^uon put p 
•Art. tht 



et«ne nouvelle Herejtf. 
ivr contre la Loy de Dieu, quoi q:ion agi/Je Je- XVUI. Ai^r. 
fyfa confcience, celuy-cy nous aflure qu'on çlt 
dis leurs Ecoles d'un fenciment tout contrai- 
nt IYf^«w enint, dit-il, contra legem nullum 
wiittimus >fi non fit contra confeientiam fal- 
m dubiam & inquiet a m. 

£uoi qu'il en (bit, on voit par ces méchantes 
rionfesduP.de Reux ; qu'il n'y a rien qu'il ne 
fje plutôt que d'avouer que l'ignorance puifîe 
jfie telle dans un Calvinilte vivant parmi les 
(Cthoiiques , qu'il ne pèche point en préférant 
fifaulfe religion à la véritable. 

/lais un intereft contraire vient de faire par- * 
h tout d'un autre force un Jefuite de Delft. 
lois enfans Catholiques qui éteient c'e fa 
.Çmmunauté ( c'eir comme on nomme les Pa- 
rues en Hollande ) ayant perdu leur Tere & 
i<|r Mere , on l'exhorta par une Lettre feciette 
Bfc charger d'une partie de leur fubfîitancç , 
Èi d'empêcher qu'ils ne fufîent mis dans la 
Wifon des Orphelins , eùils feroient élevez 
lis la Religion Proteltante. N'en ayant voulu 
r 1 faire, on fe plaignit par une Lettre inipri-* 
le de fa dureté, d'avoir mieux aimé hazarder 
fi^alut de ces enfans, que d'employer quelque 
Ijent pour les préferver d'un fi grand péril. 
w a répondu par d'autres Lettres imprimées. 
I| pour exeufer fon avarice, en diminuant 
liant qu'il peut le danger de fe perdre 
D'font de pauvres enfans élevez dans une 
Nfle Religion, il fait valoir l'opinion du Tere. 
tzart & d'autres Cafuifres , félon laquelle il 
1 entendre, que quoi qu'ils demeuraient Cal- 
mes, il y auroit lieu d'efperer qu'ils fe fauve- 
lent à caufe de leur ignorance ^meliora nef- 
" ttes. Et fur ce qu'on luy avoit réprefenté 
] on engage ceux qu'on élevé dans cette Reli- 

P gica 



170 Seconde Dénonciation 
XVlil. Art. gion à calomnier & blafphemer la Religion ( 
rholique ; ce qu'il dit fur cela mérite d'être ii 
porté. Car voicy ce qu'il répond àfonadv. 
33 îaire : Quant à ce qui regarde les calomnies d< 
33 quelques-uns de ces ignorans déchirent par 
x zélé aveugle la Religion Catholique, je V( 
3 3 prie de me dire s'il ne peut pas arriver qu'il; 
, fartent en penfant rendre un fervice à Diç 
M putantes je obfequium pr&flare Dio. Vcudrii 
M vous les accufer de péché mortel pour av 
3J rendu ce fervice à Dieu de benne foy j ] 
3} blafphemes de S. Paul ( 1. Tim. 1. 15. ) n 
ont-ils pas efté moins méchans à caufe de 1 
a} ignorance? Et cette ignorance n'a-t-elle j 
pu diminuer tellement la malice de ces bl, 
phemes & de ces perfecutions, qu'il n'en aur< 
pas perdu la grâce de Dieu , & que tout ce qi 
a fait de mal en cela n'auroit pas été au delà 
péché véniel : Si vous le niez,c'eft à vous à 
donner des preuves , & fî vous l'avouez au 
vez-vous à dire contre le P. Hazart Sa con 
- d'autres Cafuiites ? 

Voilà un Jefuite franc Si ingénu, qui ne 
nalTe point , comme vôtre P. de Reux, mais ( 
débite groffierement & fans crainxe tout ce( 
fuit naturellement^ vôtre doétrm-e de l'igr 
rance aufli favorable aux Athées, aux Libert: 
& aux hérétiques, que contraire à la do&ri 
de l'Eglife & à S. Paul même , qui nous a bi 
donné une autre idée de ce qu'un zele aveus 
luy avoit fait faire contre l'Eglife de Jeli 
Chrift. Mais on peut voir ce qui a été dit p 
avance contre les erreurs de ce Jefuite de De 
. dans l'art. 5. de la nouvelle Hertfie p. 3L33.& , 



A 



d'une nouvelle Herefie. 171 
ART I. CLE XIX. 



jitre herefîe tirée du même principe ; 
QiTon ne pèche point 11 on ne con- 
noîc la malice du péché. 

IL faut avant que de finir vous rendre jufti- 
IcCi mes Révérends Pères. Vous n'êtes pas 
1 plus coupables |ÉKS cette matière. Il 
lelt tombé entre les mains la Thefe d'un de 
is bons amis, dont la doctrine à l'égard 
t> péchez de ceux qui ne connoiffent point 
]eu ni fa fainte Loy , eft encore plus outrée 
ce la vôtre & plus favorable à ces Athées, 
«r vous voulez au moins que leurs péchez 
tiifent être Philofophiques , & mériter pour 
celque tems le feu de l'enfer. Mais ce grave 
' leologien leur eft bien plus indulgent. Il 
■pt que les brigandages , les adultères , les 
îau r inats,& tous les autres crimes les plus 
iDrmes, commis par ceux qui n'ont eu aucun 
fcyen de connoître la Loy de Dieu , ou fon 
ctltence , ne puiflent être que des péchez ma- 
ttiels , qui ne méritent aucune peine -, parce 
$e Dieu ne pourroit pas juftement les leur 
iputer. Car c'eft ce que l'on entend par des 
j:hez matériels que l'on oppofe aux péchez 
nrtels. 

Cela ne vous doit pas furprendre. Vous êtes 
tip bien informez de ce que je veux dire. 
< tte Thefe a efté foûtenuë à Louvain , il 
m a que dix ans parle Révérend Pere DufH 
hcolet Irlandois fi dévoué à vôtre Compa- 
re , que pour vous vanger de ce que les 
bfteurs de Louvain ayoient fait condamner 

V 1 un 

I 



îyi Seconde Dénonciation 
Art. un fi grand nombre de vos proportions rcl. 
chées parle Décret de 1679? du-Pape Innoce 11 
XI. de fainte mémoire, ce fut de luy que voi, 
vous fervîtes pour faire prefenter au mémep 
pe deux ans après plu^-cfe 90. propoiïtxons ei 
voyées d Efpagne , qu'il alfuroit qu'on enfe 
gnoit à Louvain , & qu'il vouioit faire cent 
rer,mais inutilement. La Faculté de Louvainf 
à qui Je Pape avoit fait envoyer ces propol 
rions ayant pleinement fatisfait fa Sainteté.p; • 
fa Lettre du 4. May ££} 

C'cit donc à vous , mes Pctes à voir fi voi 
voudriez bien vous rendre garans deladoéfr 
ne qu'a fou tenue fur ce fujet ce bon ami de vôt 
Socieré l'an 1679. le 19. Juillet : 11.^7. Tecêt 
îumpropne dictitm .feu Thcologicum reiti defer 
bitur , concupitum centra iegem Dei . .*...■ 
de peccato ejfentiale efi qtiod fit contra loge; 

Dei yfif ejus offenfa Neque peccatum et 

Ji qutd erityfi non divinitus jubcatur ut no 
fit , induit Aug. Hincque nulla funct , adultt 
ria, homicidia , alidve [cèlera qiiantumv 
inormia , habtnt ratiomm peccati formalis ai, 
divitiA offenf<n in invicibiliïer ignorante ornne^ 
Dei legem.probtbitionem^ (tut exiflentiam.. »L 
3D péché proprement dit ou Theoiogique le po 
35 fort bien définir, un acle de !a volonté contra 

33 rea la Loy de Dieu Il s'enfuit de là qti- 

33 eft eiîentiel à tout péché d'être contre !a Le 
3 3 de Dieu : d'être une ofFenfe de Dieu. Car il B 
33 auroit point de péché, dit S. Auguftin , s'il n 
33 avoit des chofesque Dieu eût défendues. Etp; 
5 5 confequent lors qu'on ignore mvincibleme: . 
33 qu'il y ait quelque Loy de Dieu , ou quelqi 
33 défenfe de Dieu , ou Ion exiftence ; quoiqi 
33 Ton falTe, voleries, adultères, meurtres, & que 
m cjues autres crimes énormes que ce puiflei 

èt) 



d'une nouvelle Herejîc. 17$ 
«<re, ce ne feront point des péchez formels,ni XIX> 
Us offenfeé de Dieu. 
!e qu'il dit d'abord pourroit faire croire qu'il 
4nnoît mieux que vous la nature du péché. Il 
ifveut point de vôtre péché Philofop.hique. il 
patient qu'il n'y a de péché proprement dit 
<c le Theologique, parce qu'on ledoit définir 
.rés S. Auguftin : Concupitum contra legem 
[ \ei ; Qujl elt effentiel au péché d'être contrai- 
à la Loy de Dieu, d'être une offenfe de Dieu. 
'■ le la feroit fort bien , h on renverfoit tout par 
: 1 ptte méchante maxime , qu'on ne pèche point 
'M-meliement fï on ne connoîtla malice du pe- 
f hé. Car ceux qui font prévenus ce cette erreur 
ifonnent diverfement félon les différentes 
1 ptions qu'ils ont de la malice du péché. Qyu.nd 
In en admet de deux fortes, dont l'une eft la 
bntrarieté à la droite raifon, l'autre la contra- 
Heté à la Loy de Dieu, Si que l'on fuppofe que 
| Il première peut être connue* fans la dernière , 
|p fe croit bien fondé d'admettre un pjchc 
fli'on peut appeller Philofophique , qui étant 
»b péché formel n'eit pas néanmoins une for- 
melle offenfe de Dieu. 

iMais quand on ne reconnoît point d'autre ma- 
I [ce dans le péché que la contrariété à la Loy de 
f pieu, comme fait ce Pere DufB , on ne fçauroin 
bppofer, que pour pécher formellement il faut 
^nnoître la malice du péché , qu'en ne foit 
bligé de raifonner en cette manière. 
' La malice elîentielie du péché eft d'être 
ontraire à la Loy de Dieu , & d'être une of- 
enfe de Dieu. On ne feauroit donc connoître 
a malice du péché ( ce qui eft neceflaire pour 
■echer formellement ) fi on ne connoit , que ce 
■uel'on fait eft contraire à la Loy de Dieu, & 
-t une offenfe de Dieu. Or celuy qui eft dans 

P 3 une 



174 Seconde Dénonçiation 
XiX. Art. une ignorance invincible de l'exigence de Di< 

& de fa lainte Loy, ne feauroit connaître, qurH 
que crime'qu'il commette , que ce qu'il fait cl 
contraire à la Loy de Dieu , ou e(t une offen I 
de Dieu & par confequent dans quelques îrnpi j 
dicitez qu'il fe plonge, quelques cruautez qu [l 
exerce , ne peuvent être que des péchez mati 1 
riels qui ne luy fçauroient être imputez à p< .] 
ché &c qui ne méritent aucune peine. 

Que pournez-vous dire pour diminuer l'hoi ! 
reur qu'on ne fçauroit manquer d'avoir de cctll 
penfée impie du P. Durïï , qu'en n'a qu'a éti 
parfaitement Athée , pour pouvoir aUbuvirfs 1 
pallions les plus brutales , fans que cela fo: 
imputé à péché , ni qu'on en paille être juiUl jj 
ment puni ? Vous ne pouvez avoir recours , 
l'ambiguïté du mot & invincible, puifque vôtr 
P. de Reux demeure d'accord , qu'on peut ai 
moins parmi tes Barbares être pour un peu d 
tems invinciblement Athée. Qu'il nous dif 
donc il c'eft une chofe fupportable , de vou 
loir, que celuy qui l'auroit ellé invincibleir.'en 
pour un peu de tems , auroit pû pendant c< 
tems-là , tuer pere & mere, fans qu'il eût rici 
fait en tout cela qui luy pût être imputé à pé- 
ché, ni luy faire mériter aucune peine. On at- 
tend ce que vous direz pour la défenle de votre 
alloué dans la haine implacable que vous por- 
tez à la faculté de Théologie de Louvain, de- 
puis qu'elle a cenfuré vos erreurs touchant la 



Mais il faut de plus remarquer , ( ce que M 
Steyaert a reprefenté avec grande raifon dans 
fa première Thefe fur les péchez d'ignorance ) 
que les mots de vincible & ^'invincibl 
à l'égard de l'ignorance & de l' inadvertance (c 
extrêmement équivoques 3 & qu'il faut pend 

gzrdt 



ns 
Ire 



d'une nouvelle Hercjîe. 1 7 j 
gàe de ne s'y pas laïffer tromper. C* eft pour XiX. Art. 
Upi , dit-il , je fnpplie le (cuvant homme a qui 
// * f** re ' ( c e ^ z dire le P. de Reux ) de nè 
m point ftrvir dans la réponfe que f attens de 
ip. Ce ne feroit rien avancer , parce que ce fe- 
v t une nouvelle difficulté de ff avoir ce qu'il en- 
adroit par une ignorance, ou inadvertance ^vtn- 
: i{de, ou invincible. Car on fç ait qu il y en a qui 
Relient ignorance invincible , toutes les fois 
'en agij'ant on a manqué d'advertance 
lue lie. • 
Ainfi tous les anciens Théologiens étant d'ac- 
>rd avec les Saints Pères que l'ignorance du 
oit naturel n'exeufe point dépêché, c'efr une 
leftion de nom, û" cette ignorance qui n'exeufe 
)int,peut quelquefois être appellée invincible, 
«p fi on doit dire qu'elle eit toujours vincibie. 
1 Ceux qui font du dernier avis , fc fondent 
ir ce que nous fommes tous obligez de con- 
DÎtre Dieu 6c fa fainte Loy : que fans leçeché 
n'y auroit point d'homme qui fût dans cette 
^norance : parce qu'il n'y en auroit point qui 
z connût Dieu & fa fainte Loy ; Que de ce 
ujl y a eu tant de peuples qui l'ont ignorée, 
eft un effet & une preuve du péché originel^. 
)~e l'amour vicieux des créatures entretient 
et aveuglement dans ceux qui font nez , & 
jue Dieu n'en a pas délivrez par une fmgulie- 
e miferivorde ; Que de ce côté-là cette igno- 
ance eft volontaire au moins indirectement 
riais qu'il n'y en a point qui ne puilTe être 
ûrmontée par le fecours de la grâce : & qui 
iar cette raifon ne doive être appellée vinci- 

comme Saint Thomas dit que îecomman- 2 a y. 1. 4. 
lement d'aimer Dieu eft en nôtre puiffance , f«4^»« 
3a*rce que nous le pouvons accomplir par le 
Recours de la grâce ^qui eit donné par miferi- 

P 4 corde 



1?6 Seconde Dénonciation 

XIX. AÀï* corde à tous ceux à qui il eft donné , & q| 
par juftice n'eft pas donné à tous ceux à q I 
il n'eft pas donné, en punition d'un péché p&j 
cèdent, au moins origine!. 

Ceux qui font du premier avis demeyrci! 
d'accord de tout cela , & ils ne nient pas qu'c» 
ce fens on ne puilTe dire que l'ignorance c! 
Dieu & de fa Loy eft toujours vincible. Ma< 
ils prétendent qu'on peut dire en un aune fer 
qu'elle eft feuvent invincible : 6c que c'e'tpai 
1er conformément aux notions communes l 
dire , qu'on a ignoré invinciblement ce qu'o 
n'a eu aucun moyen fumTant de connoître , i 
humain, ni divin. Or c'eft l'état où nous avonj 
montré dans l'article douze & quinze qu'on 
efté une infinité de Payens '& de Barba 
res. 

Cependant il faut remarquer que c'eft dan 
ce dernier fens que vous & vos aflociez dan 
la dôétrine des péchez d J ignorance, prenez ji 
mot d' 'invincible , quand vous dites, que l'exil 
flence de Dieu & Ja Loy feuvent être igr.orèe 
invinciblement fendant quelque terns ; para' 
que vous vous imaginez , que Dieu ne manqut 
point de donner à tous les hommes des grâce! 
actuelles fufnlantes pour le connoître luy &• 
Fa Loy , & que s'il ne les donnoit pas à quel- 
ques perlonnes , ce ne pourroit être que poui 
un peu de tems. Ayant donc montré , comirc 
on a fait , dans les articles quatorze & quinze 
qu'il n'y a rien de plus mal fondé , ni déplus 
contraire 3. l'Ecriture , à l'expérience , S: aux 
Saints Pères défenfeurs de la grâce, que la Loy 
que vous impofez à Dieu fur cela, il s'enfuit 1 
manifeftement , qu'il y a eu une infinité de' 
Payens & de Barbares qui ont ignoré invincible- 
ment Dieu 8c fa fainte Lo^ 3 en prenant le mot 



et me nouvelle Herefie. 177 
invinciblement dans le Cens que j'ay mar- Akt. 
Je, qui eft'le vôtre. Et cela étant, que 
. Mit-on penfer de ce qui fuit neceifairement 
<i l'étrange Théologie de vôtre bon ami le 
Jre Duffi ? 

jje me contenteray d'un exemple illuftre. 
î fameufe Melîalmc , femme de l'Empereur 
-Ijaude , n'étoit pas alîurément mieux înftrui- 
^ , ni humainement , ni divinement , des de- 
l(j»irs de l'homme, que les Philofophes de ce 
tjrrts-là f dent il n'y avoir aucun qui approu- 
t la vertu , & condannât le vice par rappors 
lia loy de Dieu. Ils n'y conlideroient au 
us que la conformité ou la contrariété à la 
oite raifon , & à l'honnêteté naturelle. 
I feft donc tout au plus auiTi ce que pouvoir 
|confiderer cette impudente créature. Car 
où auroit-elle pu fçavoir qu'il y a un Dieu 
reateur du Ciel & de la Terre , dont la Loy 
Dit être la règle de nos actions ? Elle aura 
ipnc tiré un grand avantage , félon cette 
i puvelle Théologie , de n'avoir eu aucun 
Ifoyen de connoître Dieu ni fa fainte Loy» 
|ar quelques infâmes qu'ayent été fes adul- 
• fcres , quelques barbares qu'ayent efté fes 
J puautez , ce n'auront été ni des olFenfes de 
'):eu , ni de vrais péchez , pas même véniels ; 
liais feulement des péchez matériels qui n'en 
juroient eu que Je nom, & poL r lefquels Dieu, 
ui elt jufte , ne l'auroit pû condanntr à au- 
une pèine. 

Voilà donc trois herefies nées du même prin- 
ipe , que Ton dénonce à l'Eglife.. 

La 1. elt celle de la Thefe de Dijon. 

La z. eft celle de l'Ecrit desjefuites deLou- 
rain. 

La 3. eft celle du P. DurTy. 

; ■ u 



178 Seconde Dénonciation 
XlX. A*.r. La 1. & la dernière font des fuites plus nett 
& plus exactes d'un faux principe qui leur t g 
commun. 

La t. eft plus embrouillée , parce qu'on 
pré 1 , û de certaines dirrkultez, que l'on a vou I 
éviter , ce qu'on n J apû faire fans tomber eu 1 
manifestes contradictions. 

CONCLUSION. 

Ne croyez pas , mes Révérends Pères , que 
julte fujet que l'on a de fe plaindre de vôfj 
Réponfeait rien diminué de la chanté que l e 
vous doit. Mais ne vous imaginez pas aiill 
que la charité ne foit véritable , que quand el! 
elt douce , & qu'elle celle d'être charité , quan 
l'ir.tereft: de la vérité & de l'Eglife la fait pai!c 
avec force. 

Vous n'ignorez pas le jugement qu'a fait 1 
public de la Dénonciation de la nouvelle He 
refie , & de l'Ecrit que vous y avez oppofé 
Profitez-en , mes Pères , & ménagez mieti. 
la réputation de vôtre Société. La manier, 
dont vous l'avez défendue , ne lui fair poin 
d'honneur. Des injures fans fonden ent 
des calomn es tres-injufres en elles-mêmes 
& tout à fait hors du fujet ne pouvoient êtr< 
de bons moyens peur vous purger d'une ac- 
eufation d'herefïe. On n'imputeit point à tout 
le Corps celle qu'on avoit dénoncée. On r.£ 
l'attnbuoit qu'aux Théologiens d'un «de vos 
Collèges. Et tout ce que l'on demandoir de 
fa Compagnie eft qu'elle reparât ce feanda- 
le , en déclarant humblement & fincerement 
qu'on avoit eu tort c'e foufFrir qu'on enfei- 
gnât chez vous , & que l'on y foûtint publi- 
quement une fi méchante doctrine. Vos plus 

grands 



£une nouvelle H ère fie. 
rmïs amis vous auroient-ils pu donner un xiX. Axt. 
Billeur confcil ? Vous vous feriez procuré 
f là une gloire fort Chrétienne , & vous fça- 
i '. ce que vous avez gagné pour avoir pris tou- 
rne autre voie. 

/ous avez mêmes été affez imprudens pour 
pas apprendre ce qui n'étoit connu que de 
f i de gens , que la doctrine du péché Philo- 
i>hiq«e n'eft pas fi nouvelle dans vosEcoles, 
ce le Dénonciateur l'avoit crû: & c'eft ce qui 
( lige davantage à veiller , afin d'empêcher que 
cte gangrené ne gagne & corrompe en plu— 
i ars personnes la faine doctrine. 

Cela eft dautant plus à craindre , qu'au 
lu d'abjurer cette erreur pernicieuie , vous 
i travaillez qu'à la pallier , & à la rendre 
i lins odieufe , en tâchant de faire croire par 
< vaines fubtilitez qu'elle ne s'étend pas fi 
lin , & que vous n'exemptez par là que peu 
«Athées & de fcelerats du fupplice du feu 
cruel. C'eft à quoi fe réduit tout vôtre Ecrit, 
ais vous feriez bien malheureux , mes Re~ 
rends Pères, fi cet artifice vous reiïfïïiToit 
prés des hommes gagnez par vôtre crédit,, 
't intimidez par vôtre puiiîance. Car on ne 

mocquc point de Dieu. Vous avez beau 
re , que vous ne prétende 1 ^ pcvs jujlifîer lût 
hffe de Dijon dans tous fes points. Il voit 
ms le fond de vôtre cœur ce que cela f gnifie : 
c'eft une fincere improbation de ce qu'eMe a de 
us méchant, ou un artifice pour n'être pas 
^ligezde vous déclarer fur ce que tout le mon- 
: condanne. 

Jugez-vous donc vous-mêmes en ce monde , 
în que vous ne foiez pas jugez dans l'autre, 
vant que de vous écouter fur vos prétendues 
:ftrictions , il elt de la juitice de vous faire 

clccla- 



180 Seconde Dénonciation 
XIX. àr.t. déclarer fur la Thefe de Dijon , qui eft fi cil 
re Se fi nette qu'elle ne peut être éludée \M 
aucune chicanerie. Ce font deux procès àM 
ferens que celui de cette Thefe , & celui 1 
vôtre Ecrit. La première Dénonciation d'n m 
nouvelle Hercfie n'a regardé que cette The 1 
Si elle ne contient point d'herefie ; fi la doct; 1 
ne en elt foûtenable', le Dénonciateur a tor I 
Se il mérite d'être puni , au moins par u 1 
confufion publique. Mais s'il a tres-hien pro j 
vé que la doctrine qu'on y fcdtient eft ui I 
nouveauté déteftable contraire à l'Evangile ■ 
aux plus communes notions de la Foy , coni 
derez , mes Pères , à quoy vous êtes cblig< 
devant Dieu. Ne l'-etes-vous pas de demand- 
pardon au public de ce que dans l'impuilTani 
©d vous vous êtes trouvez de répondre à ci 
preuves , vous avez eu la hardieiîe de lui vou 
loir faire prendre pour un Libelle fediticux (_ 
diffamatoire , un avis important donné à l'E 
glife pour la confervation de la pureté de I 
foy ? Ne Têtes-vcus pas de vous rétracter d 
toutes les injurieufes déclamations , faufle 
tez & impoftures dont vous avez remply vô 
rre Ecrit i Ne l'êtes-vous pas enfin d'avoiie 
ingénument , qu'on a eu raifon de dénonce 
à l'Eglife la Thefe de Dijon , parce que d< 
la manière dont elle eft conçue , fins « 
rien ajouter ni en rien ôter , on né peut niei 
qu'elle ne contienne une herefie tres-perni 
cieufe ? 

Voilà , mes Pères , ce qu'il femble que Dieu 
demande de vous en cette rencontre , 8c on a 
lieu d'efperer qu'il vous leferaconnqître,fi vous 
vous adreffez à lui par d'humbles & ferventes 
prières, afin d'obtenir la grâce de n'être point 
j aveuglez par vôtre amour propre. 

Après 



d'une nouvelle Herefi-e. i%t 
kprés cela vous pourrez pafTer à la féconde X1X « Afl.T. 
jkioncïation. Et on attend que fi vous y ap- 
fitez la même droiture de cœur que l'on 
Mis a demandée pour la première , vous la 
.lluverez auift bien fondée en ce gui concer- 
n la nouveauté de la diitinction réelle entre 
jipeché Philofophique & le péché Theolo- 
■|ue, dont on ne voit aucun veftige ni dans 
wcriture , ni dans les Saints Pères , ni dans 
m anciens Docteurs de l'Ecole. Je parle d'u- 
ii Hpnci ion réelle , Se à laquelle Dieu ait 
cird dans Ton jugement. Car on peut bien 
«n/ïderer dans le même péché , dans un adul- 
.re , par exemple , ce qu'il a de contraire à 
droite raifon , & ce qu'il a de contraire à la 
m de Dieu , & l'appeller Philofophique fe- 
n l'un de ces rapports, & Theologique fe- 
In l'autre. Mais que le premier de ces deux 
jpports fe trouve fans l'autre , dans les pe- 
lez commis par des Payens ou par des 
■thées , quelcffee fuppofition que l'on veuille 
ire , & que Dieu fe trouve engagé par là à 
e les punir que de peines temporelles , c'eit 
m que vous reconnoîtrez , mes Pères , quand 
[pus y aurez bien penfé devant Dieu , être une 
ouveauté profane , dont on ne croit pas que 
ous puiffiez trouver de trace dans toute l'An- 
iquité. Ne vous obltinez donc point à la foû- 
enir. Rendez gloire à Dieu , & humil'ez- 
ous fous fa main puifîante , afin qu'il faife la 
;race à vôtre Compagnie de -fe relever du mal- 
îcureux état où fes propres Généraux ont pré- Lettre de 
lie qu'elle tomberoit , fi elle ne prenoit plus ^^f^Te 
h foiti de bien choifir des fujets , & d'arrêter l'Edition 
e cours des opinions licentieufes que vos d'iprestsn. 
Théologiens commençoient dés-lors à répan- 1 eHre de , 
dre dans le monde. C'elt par oii je finis , mes teiepTidui. 

Reve- /4» v , l6îJ J 



181 Seconde Dénonciation 

Art. Révérends Pères , afin que s'il vous prend en 
de répliquer, vous foyez avertis de traiter 
parement ces deux Dénonciations , & de fai 
faire de bonne foy à l'une &à l'autre , au 
d'étourdir vos Lecteurs par des difcours 
J'air , où vous ne faites que tout brouiller 
jdiflimulanc dequoy il s'agit. 



F I N. 



XRIT des JESUITES, 

Intitule , 

,e Janfenifle Dénonciateur 
de nouvelles Herefies convaincu v ' A 4 
de calomnie & de falffi cation. 

M. DC. LXXXIX. 

f L y a quelques jours que Meiïîeurs les amis 
L de Mr. Arnaud , (a) emi eft le Héros malheu- ç A 
:ux du Janfenifme , firent adreffer aux Evê- 
ues du Païs-Bas Catholique , aux Minières 
u Roy à Bruxelles , & à d'autres perfonnes de 
lerite, de gros pacquets , avec un (b) Libelle {l 
rançois tout à fait feditieux & diffamatoire : 
1 eft intitulé , Nouvelle Hercfie dans la Morale, 
'énoncée au Pape & aux Evéques^ aux Pnn- 
es & aux Magzftrats. (c) Cet Imprimé eft fans (c 
Approbation , fans nom d'Auteur , qui cepen- 
tant n'eft pas fort inconnu , & fans le véritable 
10m de l'Imprimeur. C'eftpour cela qu'on a eu 
oinde (d) faire payer le port des pacc]Gets,com- (a 
ne s'ils venoient de Hollande. ' 

Cette prétendue Herelie y eft attribuée aux v. Art 
Jefuites , dont la cabale de Mr. "Arnaud & de 
M. van-Viane veut depuis long-tems ruiner la 
réputation envoûtes manières. On y produit 
une de leurs Thefes foûtenué* à Dijon en Bour- 
gogne en i6%6. au mois de Juin. La prétendue 
Herefie çonfifte en ces paroles : Peccatum Phi- 
lofiphicum feu morale eft aiïus -humantes difeon- 

neniens 



i&4 ECRIT 

veniens natur& rationali , & recii ratio* 
Theologicum verb & mort aie , eft tranfgre. 
libéra divir:& legis. Vhilofophicum , quantum' 
grave in ilio qui Deum vel ignorât , vel de L 
aciu non cogitât , ejl grave peccatum , fed non 
cffenfa Dei , neque peccatum mort aie diffalve 
atmcitiam Dei , neque Aternâ pœnâ àtgnui 
Ceft à dire : Le péché P-hilo/bphique ou mora 
eft une action humaine contraire à ce qui coi 
vient à la nature raijonnable , & à la drsi 
raifon. Mais le péché Theologique mortel eft m 
libre tranfgrcjfîon de la loy de Dieu. Le peci. 
Thtlofophique , quelque grief qu'il puijfe ètr 
«tant commis par celui ou qui n'a peint de con t 
noijfance de Dieu, ou qui ne penje point actuelle 
ment à Dieu, peut être un péché fort grief , ma. 
ri eft point uneoffenfe de Dieu, ni un péché mot 
tel qui rompe l'amitié de l'homme avec Dieu , h 
qui mente ïa peine éternelle. 

N'eft-il pas ridicule de faire tant de bruit 8 
tant de fracas pour une petite Thefe , ioûtenui 
aux extrémité?, de la France , avec laquelle 1; 
guerre a rompu toat commerce ? En effet or 
auroit mieux fait de laifler le foin de combattu 
cette petite Thefe aux Amis de M. Arnaud, qu; 
font encore cachez ou diflimulez en ce Royau- 
me ; ou (e) aux Directeurs du Séminaire de Gre- 
noble , qffi eft plus voifin de Dijon , &c dont la 
Morale outrée ne s'accorde gueres avec celle 
des Jefuites. QiTauroient fait Meflieurs 1 
Janfeniftes Flamands , fi quelque Jefuite eût 
dénoncé à toure la France (f) la fotte penfé 
d'un de leurs Confrères , qui mit dans fes Th 
fes à Liège , il y a cinq ou fix ans , que cel 
qui difoit ou éenvoit à fon amy , le fuis vôti 
Jerviteur de tout mon cœur , commettoit le pe 
ché d'Idolâtrie. Sans doute ils auroient dit 



des Jefuites. 1S5 
#; cette extravagance , qui n'étoit point 
abiïée de tout le party , & qui n'étoit que 
cis une chetive Thefe , ne devoit pas être 
poncée à toute la terre. Et d'oii fçavent- 
1 fi les Tefuites Flamans, Allemans, Italiens, 
■Mfgnols , & même fi tous les François em- 
iilTent la doctrine de la Thefe de Dijon î 
irtes la plufpart des Jefuites enfeignent que 
1 péché Philofophique, s'il eft grief, eftmor- v 
1 • qu'il rompt l'amitié de Dieu vers l'homme, 
. qu'il mérite des peines plus grandes que le 
xché véniel & originel. 
Peut-être que le Dénonciateur ou fes amis 
it confideré ce qu'on vient dédire , & qu'ils 
vit fufpcndu leur dénonciation jufques à ce 
|e la necelTké de crier haut fût plus prenante, 
1 jufques à ce que la Thefe de Dijon fût 
:'oiïée par quelqu'autre Jetnite. C'eft ce qu'ils 
it crû trouver dan^uelques Thefes du P. de 
isux Jefuite , & Profefleur en Théologie à 
btfvain : & quelques fâcheux aeddens arri- 
wi au party Tanfeniire dans le Paï -Bas Efpa- 
lol par ta cîifpofition de Dieu , ou par ordre 
pjprés de Rome & de Madrid , 8c la crainte 
pal a encore de plus grandes mortifications, 
fait crier a -l'aide , pendant qu'elle Ivi (g) 
louble lVfprit jufques- là , que de débiter la 
'a'adie & la mort d'un Prélat qu'il n'aime 
as j Se qui , traces à Dieu , s'e(^ bien porte 
fepuis la grande Mercedc que le Roy vient de 
li fai e. 

La Thefe du P. de Rcux, dans îaqrelle, felc» 
s fauffes id-es du Dénonciateur, il autorife la, 
hefe de Dijon, eft du mois de Décembre 1688. 
foici l'Extrait infidèle & faiffié qu'en fait le 
ibelle feditieux , page 5. & 6. Quamvh exifi- 
nti'a Dei eîiam populariser fit darjonftrahili^ 



iU ECRIT 

non modo tamen non efi proprie per fe nota que 
nos , ftd etiam fieri poieft, ut ab homine on 
nartis tantùm divins, gratta auxilits pr&va I 
tgnorctur inculpate. Ertpiant hoc nobis , fi j> J 
junt , ajfertum Philosophici in Burguniu 
ufque perfecutores piccati : fed non poterm\ 
C'eftàdire , félon la traduction du Dénooci 
teur ; Qucy que i'extflence de Dieu je puiffe t 
montrer d'une manière proportionnée a iintel 
gence du peuple ; il eftvray néanmoins que n 
jeulement elle n'efl pas proprement connue p 
elle-même a ï égard de new • mais qu'il fe pt 
faire qu'elle [oit ignorée par un homme aidé ft, 
lement des fecours ordinaires de la grâce , fa 
qu'il j/ ait de fa faute. §)ue les pcrjicuteurs . i 
la doctrine du péché Philojophique , qui a éu ' e; 
feignée en Bourgogne , ruinent s' ils peuvent, ce 
te proportion ( de l'exiftence de Dieu ignon 
fans péché) mais nom jcnwies bien affur efyk 
ns "le pourront pas. 

7. Art- 4» On parlera plus bas de la falUficaticn de c 
Extraie , & de l'infidélité de cette Traduction 
on dira feulement ici en trois mots , que ce 
pounoit faire aufli douter , fi la Thefe de D 
jon nous eit donnée dans le Libelle avec ph'< 
d'exactitude. Car que ne doit-on pas craindi 
d'un Auteur , à qui l'envie & la rage ont fi fo 
corrompu le cœur, ou gâté les yeux , qu'il oi 
falfficr un Imprimé , qui eft encore entre 1< 
mains de deux ou trois cent perfonnes , dont 
peut être convaincu de mauvaife foy ? 

v. Art. j. On ne prétend pas aufli juftjfîer la Thefe d 
Dijon en tous fes points : & il eft fî alfuré qu 
le P. de Reux n'en approuve point toute 1 
doctrine , comme elle elt exhibée dans ce Li 
belle , qu'il eft évident que les paroles ne la re 
gardent pas toute. Il n'y a que 3. articles cji 

c 



des )e fuites. iîy 
cPcic fo (nient fur ce iujetavec la plus grah- 
( pairie de fes Confrères , & des Théologiens. 
I [. que l'exiftence de Dieu peut être ignorée 
mit quelque peu de tems fans péché , incul- 
We , par des perfonnes qui ont Tufage de la 
rjfon. Le i. que ii une de ces perfonnes fai- v« Arr.tf. 
i t dans cet intervalle de tems un grand, larcin 
m: exemple, ou un aflaflinat , elle feroit un- 
rmd & déteftable péché , qu'on peut nommer 
îtlofophiqiie , mais qui n'auroit pas toute la 
nlice, 5c ne meriteroit pas toutes les peines 
J ces mêmes péchez , s'ils étoient faits avec 
je connoillance du moins obfcure & habituel- 
le Dieu & de fa fainre Loy. Le 3. que pour 
ne un pech.é mortel Theologique , qui pour 
•re fait contre la Majefté divme, aune rha- 
e quafi infinie , cette divine Maje'tté ne lui 
[ut pas être inconnue* entièrement , & fans fa 
«ute. 

C'eft ce que ce Profeiîeur Jefuite a expliqué 
us amplement dans deux Thefes du mois 
I Âouft t6 29. qu'il vient defoûrenir àLouvain 
ibnere un fameux Docteur de la faculté Théo- 
.jgique , qui lui avoit fait l'honne jr de lui de- 
ander fon fentiment au fujet des péchez d'I- 
norance. I! y a parlé entr'autres d'un point 
i.-incipal de l'Hcrefie prétendue' du Dénoncia- 
:ur • fçavoir, fi une perfonne qui ne penfe pas 
tuellement à Dieu , qui de Veo afin non cogi- 
\t , peut faire cependant un péché Theologi- 
ie &: formel ? Ce Docteur avoit foûcenu en- 
'autres ces deux proportions : Vieri potefi tii Y. JLrt'.f. 
■ccet peccato veto , formait , & Theologico , qui 
hvirn ita ignorât^ ut (impliciter nefeiat D'eUrà 
fe: quin etiam qui Dcum ita ignorât , ut pr- 
êter ac [me b&fitatwne judicet nullnm eje 
leum. Ce qui veut dire. en François : 11 Je 



i8S ECRIT 

■peut faire qu'on faffe un péché véritable , fi I 
met & Theologique , quoi qu'on foit fi ignora i, 
de ï exiflence de Dieu , qu abfolument parla 
en ne [cache pas qu'il y a un Dieu : ey mên. , 
(ce qui fait la deuxième proportion) quoi qu' 
Je ptrfuade fermement qu'il n'y en a fat. 

Voicy la répônfede ce Père Jefuite n. jt« 1 
53. traduite en François. La doctrine oppef 
à ces deux proportions , & principalement 
la féconde , elt fi commune félon le fentimei 
du Cardinal de Lugo difp. 5. de Incarn. n. 7 
qu'il dit , que hormis deux ou trois Tbcolc 
gicns qui ne font gueres eîtimez pat Meflieui 
de la Morale fevere , on n'en trouvera poit 
d'autres qui enfeignent le contraire. Ce Cai 
dinal défend cette doclrine de toutes fes foi 
ces, & fait voir clairement qu'elle eft de Saie 
Thomas , de S. Bonaventure , d'Alexandre d 
Haies , d'Albert le Grand , de Richard , d 
Cardinal Bellarmin . & des autres Théologien 
communément. Si la converfion vers un bit) 
créé & temporel^ pouvait être fans une averfiot 
de Dieu, cette converfon feroit de [ordonnée , 
mais elle ne feroit pas un péché mortel , dit Saini 
Thomas 1. i. q. ro. art. 3. Et Gerfon même 3 
que le Do&eur de. Louvain avoir allèguent 
vita Ipir. leci. 4. corroll. 1. femble appuyer le 
même fenrimenr. par ces pareks : Latranfgref- 
fion de la Loy naturelle eu humaine , entant 
quelle efi naturelle ou humaine , n'ejl pas Un 
péché mortel. S. Thomas permettroit qu'un tel 
péché fût appelle P.bilofopbiqxe : car il dit M. 1 
q. 71. a. 6. ad 5. Les Théologiens confderent h 
péché principalement cemme une ejft-nje de Dieu : 
mr.is un Phiiofopbe moral le confidere comme con- 
traire à la raifon. 

Cependant ni le Cardinal ce Lugo , ni les 

Jefujl 



de s Te fuites. îS^ 
Éuites deLouvain ne difent pas que pour 
ijjre un péché Theologiquer il Toit neceffaire 
<tvoir une connoifliance de Dieu diftinéte ou 
bpéchie , ou qui exilte actuellement quand le. 
iiché fe commet. C'dt aHez qu'elle exifte 
lins fa cauft & dans fon principe. Ecoutons 
, Cardinal au même endroit n. 103. On fair 
jJe objection , dit-il, que félon cette doctrine 
mcoup de grands crimes fe feroient fans 
c il y eût de péché mortel, parce qu'on ne 
rôéchit point fur l'ofFenfe de Dieu. Mais il 
nntre que cela ne fuit pas de cette doctrine. 
yat y dit-il , // n arrive jamais , ou fort rare- 
\nt entre les Chrétiens , quon connoiffe la ma- 
ie morale fans l'offenfe de Dieu. Car quoique 
ilf objets foimt divers , que l'un puïjfe être 
wnu fans V autre , ils ont néanmoins tant de 
mnexion & tant de fubordination , qu*il cfl 
ms-dijfcile d'en feparer les idées ; ce que l'on 
h fera jamais qu'avec une reflexion particulie- 
m C'eft ainfi que quoique lierre & fon habit 
ment diftingue 1 ^ réellement > toutefois celui qui 
IL? ordinairement Pierre habillé , n* aura pas 
idée de Pierre nu à , qu'il ne veuille exprefjé- 
\(nt le confiderer fa:? s habits. De même , un 
wrérisn accoutumé de croire que chaque péché 
l'fnfe Dieu > <& mérite des peines , ne fçaura 
jwa'is , ou prefque jamais qu'il fhit un péché 
ps qu'il fcache qu'il offenfe Dieu • & qu'il me- 
ie les peines de l'offenfe divine. Pour ce qui 
< des Infidèles tout à fait Barbares , il rcmai- 
Àt depuis le n. 106. qu'ils n'ignorent pas 
leu lovg-tems fans péché ; & qu'il eit de la 
pvidence de Dieu , qu'il n'y ait point d' Infl- 
uées qui -viennent à mourir pendant l'ufage de 
/ rai fon , jufqu'a ce qu'ils connoijfent Dieu , ou 
| moins qu'ils en doutent , & que par une ne*- 



ISO ECRIT 

glig'.ncc coupable ils n'en veuillent pus être éclai 
cis. Jufqu'icy laThefe eu P. de Reux. 

Le Dénonciateur Jai;feni(te trouvera da I- 
cette Thefe la réfutation ou l'explication de I 
qu'ila-ance touchant les anciens Idolâtres, .'■ 
Athées , &c. On ne veut point r-edire ici to g 
cela, parce que , comme on a dit , on ne veM ] 
pas juftifier toute laThefe de Dijon , ni fuiv • 
le Dénonciateur de point en point. Il pou: 
envoyer un pacquet de Tes Libelles en Bourg< 
gne, d'où il pourra peut-être recevoir la refi < 
ration entière de Ton Ecrit , ou une explicatic 
de cette Thefe , dont cependant on laiffe le \\ 
gement aux Théologiens qui ne font point d i 
party des Jar.feniltes. 

Mais il faut remarquer icy en peu de moi 
les extravagances &: les calomnies de cetEcri 
vain feditieux. Il dit pag. 8. que les Jefuite 
donnent à toU3 les hommes des grâces f< ffi fan 
tes & ToûjouRs présentes. On proteft 
hauteirent que c'elt une noire calomnie. Ca 
pôur ne point parler de tous les hommes quant 
ils dorment , ou quand ils ont perdu 1'ufage.d 
la raifon , ni des petits enfans qui ne fon 
point capab'es des gra:es actuelles , la doctrin 
reçue' entre les Jefuites, & entre tous les Théo 
îogiens Catholiques , qui ne font pas infe&e: 
de , erreurs -de Bains & de "Janfenius , elt , qu. 
les Tufies mêmes n'ont pas à tout moment de 
grâces fufnfantes pour, faire le bien , principa 
lerrent celles dont la fufnfance elt pleine & en 
tiere. A pins forte raifon , félon cette Théo- 
logie fi commune , les pécheurs & les endurci: ' 
n'ont pas à tout moment des grâces même éloi- 
gnées, qui fufHfent pour leur converfion : & 
quand ces grâces leur font données , elles fon 
ordinairement fort rares &fort foibles , prin- 
cipa 



des'Jefuites. 191 
salement dans les pécheurs endurcis & aveu- 
kiz. Voilà ce qu'enleignent ces Docteurs, 
l-iaud , difent-ils, un commandement de Dieu 
IFon ne peut accomplir fans des grâces actuel- 
> , 8c qu'on ne peut violer fans un péché nou- 
au j quand , dis-je , un tel Commandement 
>us preiîe , urgente pr&cepto , D eu donne à 
us , mais particulièrement aux Juftes , un fc- 
>urs furHlant pour l'accomplir. Autrement 011 
■mbe dans l'hereiie des Janfeniftes , qui font 
s commandemens de Dieu impofîibles , même 
3ur les Juftes. Que nôtre Impcfteur appren- 
z à être moins ignorant , ou moins calomnia- 
it : ou plutôt qu'il apprenne à être moins l'un 
: b'autre , s'il eft encore en état de profiter des 
ons avis qu'il peurroit recevoir, 
j II trompe auffi Ton Lecteur ou foy-même, 
uand il dit dans la même page 8. Ils fe font 
nagine^ , les Jefuites , qua moins que le pt- 
heur n'ait pour faire le bien autant de pouvoir 
■fy de force , qu'i l en a your le mal , on ne peu- 
mût fauver la Liberté^ qttj c'éioit approcher de 
"bere/te de Calvin. Qui eft le Jefuite qui ait 
:nfeigné que pour avoir une iiberré qui puifî'e 
*aire une action digne de louange ou de blâme, 
Il foit recellaire d'avoir une liberté d'équili- 
bre , c'ett à dire , qu'il faille avoir autant de 
brees & autant d'inclination pour le bien que 
:>our le mal ? Non , Mr. le Calomniateur , fe- 
on le fentimentde ces Théologiens, c'e't allez 
pour la vraye Liberté , qu'abfolument parlant, 
on a ; t des forces fumTanres pour faire le bien 
ou le mal , quoique ces forces ne foient pas 
égales ce deux cotez. Vous comprenez mal le 
mot à'ir.-dijfirence , fi vous penfez que la liber- 
té d'indifférence requiert cette égalité des pou- 
voirs Se des forces. Les forces & les inclinations 

pour 



ï,5>! ECRIT 

pour le mal font de la nature corrompue , c a 
Jes pour le bien viennent Je la grâce de JESUtM 
CHRIST , laquelle a d'ordinaire des charrt I 
moins forts & moins flattans que l'inclinatiM 

naturelle. 

Iry a cent endroits dans le Libelle feditieiM 
du Dénonciateur , où l'on pourroïc critiquBi 
fon ignorance ou fes extravagances , & mol 
trer au doigr fes calomnies & fa malice. El I 
paroîc cetre malice pag. 6. où ayant prodi || 
ces mots du P. de Reux, Philofcphici in Eurgm? 
dixm ufque perjecutores peccati, Il en conclut 
que les lefuttes regardent comme des Persecij 
teurs de la vérité' ceux qu'ils appelle;) 
Terfecuteurs du péché Philofopbique. Il elt îg\\\ 
qu'on puilTe inférer tout cela de ce Latin. G:! 
-mots -ne donnent pas à entendre que lado&r,i 
ne c!u péché Philafophique diftingué du Tbec^ 
logique foitune vérité ou une doctrine incect 
teltable. Ils ne lignifient que la chaleur de que; 
■ques, Janfeniites Flamands, qui peurfuivent 11 
péché Philofophique l'épéV aux reins , pou 
ainfi dire, jufqu'en Bourgogne, où une petit. 
Thefeen avoit dit peut-être un peu trop. Mail 
■il eft tems de faire voir la mauvaife foy & la falj 
iifîcation ce l'Impofteur jnnfenifte. 
y. Art. 4. Que dites--, ous , grand Ecrivain d'un part t 
rebelle à l'Eglife ? Si un Avocat faifant l'ex rraiir 
d'un Contrat de confequence , avoir omis pa 
deux ou trois re^nfes un mot fi fubfi:ant'.ct| 
que fon omiflion feroit comprendre le Contra* 
en tout un autre fens que celui qui lui elt natu- 
rel : Si outre cela les confequences les plu!|, 
crianres que cet Avocat tireroit de fon Extrait, 
étoient ruinées par la particule qu'il auroiif 
omife exprès, qu'en diroit-on ? Ne le trane- 
?oit-on pas de fauïîaire ? Ne le décneroit-oi 

P a; 



des Refaites. re>$ 
«s comme un homme de mauvaife foy , perdu 
uonneur & de confeience ? C'cft ce cjiie vous 
lez fait, Mr. le Dénonciateur. Jugez après 
ila fi on a eu droit de dire que vous êtes con- 
'fincu de mauvaife foy & de falsification , Se 
le vous ne méritez pas qu'on vous croye fur 
■ure parole, même quand vous nous donnez 
ute la Thefe de Dijon. 

Le Tefuite de Louvain avoit écrit , qu 'il fe 
^it faire qu 'elle (l'exiftence de Dieu) foitigno- 
g pour peu de tems par un homme aidé 
jdement des fecours ordinaires d,e la grâce , 
jusqu'il y ait de fa faute. Voicy fes paroles: 

cri potefi ut ah homine or dinar lis tantum di- 
'KA gratis auxiliis pr&vento ignoretur tan- 
'sper inculpât}. Vous alléguez ces paroles 
lit de fois ; vous les pefez , vous les criti- 
<ez , vous en tirez des confequences , &z 
'us omettez toujours le mot tanùïfer , qui 
.""Ut dire pour peu de tems. C'eft cependant 
<tte particule qui ruine la confequence lapins 
tfjfurde que vous avez crû tirer de ces paroles, 
îque vous étalez tant pag. 47. S'il y a des Vo Art. 
p'fonnes , dites-vous , qui ont manqué de 
ipyens humains pour connoîire Dieu., fa été 
mi doute tous les peuples de l' Amérique , 
tant qu'on Veut découverte. Voila donc des 
s lie militons de perfonnes qui, félon ces lefuites % 
nuront jamais commis au plus que des péchez, 
jiilcsophiques , dont Dieu n étoit point ojfen- 
j, & qui ne meritoient point de peine éternelle , 
*'s même qu'ils mangeoient tout vivans leurs 
tnemis pris en guerre , par une cruauté tout à 
yt barbare. On vous foûtient , Mr. que tout 

fracas eft diflïpé par la feule parole tantifber, 

e vous avez toujours omife avec tant de foin. 

de malice. On vous foûtient que c'elt là 

a -, 



ECRIT 

agir en fauflfaire, & en homme qui a perdu | 
front. On vous foutient que le cen eau vol: 
a tourné , fi vous avez cru de bonne toy , cM 
dans les principes du P. de Reux ces Anx.;M: 
cains n'ont commis que des peche^ Philojopl'Mi 
ques. On vous foutient que ces mille millto 1 
ayant ignoré l'exiftence cie Dieu tout le ter J 
de leur vie , & ayant encouru & nourry cet i 
ignorance par le grand nombre & l'énormi] 
de leurs crimes, \ous n'avez pû qu'avec nij 
extrême impertinence les égaler à des perloi 
nés qui ignorent Dieu pour peu de tems , ta, 
tijpcr. Enfin on vous foutient ce que le P.deRet 
a fpûtenu dernièrement contre un célèbre Doi] 
teur de Louvain , qu'entre des Chrétiens il nV 
pas des Athées fans leur faute - 3 & qu'entre!»- 
Barbares il n'y en a pas qui le foient long-tem 
Atheum inîer Chrifliznos degentem tnvincikw 
lem dari , tnter Barbaros diu talem ejfe po,fe ne 
putamus. 

Revenez donc encore à la charge après cel; . 
& demandez à ce Pere , ce que deviendront ct\ 
mille millions de perfonnes au jour du Iugcmem 
On vous répond qu'ils feront à la gauche , l 
qu'ils retourneront au fupplice des flamme 
éternelles , pour les crimes énormes qu'ils on- 
commis contre les principes les plus généraux' 
& par confequent les pius connus de la Lo 
naturelle & divine. On ajoute fans biaifer , qu 
leurs pe:hez ont é.é formels & Theolcgiques 
parce qu'ils n'ont point fait ce qu'ils pouvoieo 
par le fecours de la grâce , & ce qu'ils devoien 
faire pour avoir une connoiiTance plus diftinéb 
v. Ait. 18. de l'Auteur de la Loy naturelle. Si vous pofe. 

le cas , qui elt à peu prés Metaphyfique , qu'i 
y en a qui font morts aux premiers momens d< 
î'ufagc de la raifon avec un péché de larcin . 

pu 



des Je fuites, 195 
■jY exemple , avant qu'ils eufTent connu cet 
i.re fouverain , au moins fous une idée obfcu- 
ou générale , on vous avoue que ce larcin 
a été qu'un péché Philoiophiqu'e, mais qu'ils 
; lailîeront pas d'aller au fupplice ercrnel ; 
iioique vray-femblablement ils ne fouffrironc 
|.s le feu des flammes infernales pour toû- 
l|uTS ; puifque l'éternité , qui fait l'infinité de 
I: fupplice fenfibie , doit être proportionnée 
f l'infinité de la Majefté divine meprifée par 
peché Theologique j c'elt à dire par le pe- 
lé commis avec quelque connoiflance actuelle 
.1 habituelle de Dieu. 

11 ne reltc plus qu'à ruiner l'argument terri- v . Art. 14. 
le du FaHificareur page 45. €)ne veulent-ils 
•re , dit-il des Tefuites de Louvâin , quand ils 
'étendent qu'un homme peut ignorer Dieu (ans 
'i'ily ait en cela de fa faute , quoy qu il ait eié 
• évenu par les fecours ordinaires de la grâce. 
leri potelt ut exiftentia Dei ignoretur ( îlfal- 
)it ajouter tantifper ) inculpatè ab homme 
rdinariis tantùm divinae gratis auxiliis pras- 
ento? lit ne peuvent entendre par ces ft cours 
rdinaires de la grâce , que ces grâces fufpfantes 
:t ils donnent jî libéralement à tous les hommes, 
lar ils prétendent que Dieu ne manque point k 
:s Uur donner , quand elles leur font necejf ai- 
es pour fatit faire à leurs devoirs. Or le pre- 
mier devoir de la créature raifonnable , eft de 
onnoître fon Créateur, de l'adorer & de le fer- 
fit. Ceux donc qui font prévenus des fecours or- 
linaires de la grâce , ont dâ , félon leurTbsolo- 
ie Molinienne , avoir reçu celle qui les rendort 
apalles de fatisfaire au pku important de leurs 
ievoirs , qui efl de connaître Dieu : & par con- 
r equent c'aura été par leur faute qu'ils ne l'an* 
'ont pas connu ; puifque c'aura été en re fi fiant a 

R % /* 



ECRIT 

la grâce fuffifante , qui leur avoit donné tnoye 
de Le connaître. 

On repond en peu de mots à ce grand gali 
mathias de paroles, appuyées en partie fur li 
falsification qu'on a découverte. On répond ] 
dis-je , que les grâces fiiffifantes ne fe donner 
que pro loco & tempore , £j» urgente pr&cepi 
quod Jine gratta impleri non potefl. Cela veu 
dire , qu'elles ne fe donnent pas à tous mo 
mens , comme on l'a remarqué encore cy-def 
fus j.& que quand il n'y a pas de Commande 
ment de Dieu qui prenne , il n'appartient pas, 
la Jultice & à la Bonté divine de les donner 
Or la connoill'ance de Dieu n'eft point com 
mandée , du moins aux enfans des Barbares 
pour les premiers momens de l'ufaee de la rai 
ion. Il s'enfuit donc que même dans la Théo 
logie qui enfeigne la généralité des grâce 
actuelles , Dieu ne donne pas à tous momens; 
tout homme parvenu à l'ufage de la raifon, de 
grâces fuffifahtes pour la connoiflance de Dieu 
11 efl: vray que dans cette Théologie tout nom- 
me a des fecoursnecefîàires pour ne pas pécher 
quand il fait un péché nouveau -, mais puifqm 
le défaut de la connoiflance de Dieu n'efr pas ur 
péché aux premiers momens de l'ufage de la rai- 
îbn ; principalement dans les enfans nez Se éle- 
vez au milieu des Barbares , ces fecours ne leuj ' 
font pas dûs. 

C'elt en vain que le Calomniateur donne à 
cette Théologie , qui ne fait pas les Comman» 
démens de Dieu impoflTibles même aux Tufres 
qui fodtient que Dieu n'abandonn^ perfonne 
pour ce qui eft des grâces fufhfantes, qu'il n'en 
foit abandonné par un péché perfonnel : c'efl 
en vain , dis-je , que le Jan lénifie donne à cet- 
te Théologie le furnom de Moliniennc ; puis 

qu'elle 



des Jefuites, 1 91 7 

«Telle eft commune à toutes les Ecoles qui ne 
mt pas enfarinées des fentirnens de Baïus Se 
m Janfcnrus : & l'on peut dire que c'eft la 
t.étrine de Rome oppofée à celle de Port- 
jSyal. C'efl: ce que le P. de Reux a fait fau- 
. It aux yeux dans la mêmeThefc , que le Dé- 
j nciateur aceufe , peut-être parce qu'on y 
oit parlé d'un autre de fes Libelles fous Je 
un de Gery. Ce P. y a fait voir qu'après que 
v êque de Cajazze avoit au nom du Pape Sixte 
. défendu à Meilleurs de Louvain de cenfurer 
doctrine de Leflius , tous les Docteurs de la 
iculté , & entr'autres Janfonius, qui avoir été 
1 des Cenfeurs de cette Univerfité , ont em- 
afle cette généralité de grâces , jufques au 
ms du malheureux Janfenius 5 qui avoit été 
fciple de Janfonius. 

Voicy , Mr. le Faifeur de nouvelles Herefo, 
: qu'on a jugé à propos de vous répondre au 
ijet de la Thefe du P. de Rèux , où elle a du 
ipport à celle de Dijon. Il eit vray qu'un Li- 
:11e anonyme Se calomniateur ne mérite pas 
>int de peine : mais enfin ( h) il falloit montrer 
I mauvaife foy , qui eit fi ordinaire aux gens 
e vôtre Cabale, comme on a fait voir depuis 
,eu par un defaveu authentique d'un Livre in- 
ime, dont elle avoit fait Auteur M onfeigneur 
Evéque de Malaga ; ( i) dans une faulîe At- 
:ftation qu'elle avoit fuppofée fous le nom du 
. Nicolas , Provincial des Capucins de la Pro- 
ince de Paris, (k ) dans une Lettre écrite au 
'ape Innocent XL de ilorieufe mémoire 5 fous 
1 nom & (bus le cachet de M. leRecieur Ma- 
,nifiqne de Louvain , qui n'en fçavoit rien j & 
nfin (l) dans une intrufion fubreptice d'un 
Codeur de Louvain en la Faculté étroite de 
rhéologie 3 contre les défenfes du Pape & du 

R 3 Roy, 



i5>* ECRIT 

Roy , qui l'ont airfii fufpenduë ou cafTée aui 1 

tôt qu'ils l'ont fçuë. 

Ne fied-il pas bien à ces cens de dénoue» 
aux Puillances fpirituelles &T temporelles i, 
toiue la Chrétienté desHercfies chimérique 
eux qui font infectez & convaincus d'une Hj 
refîe fi connue & (î réelle : Eux qui n'ont poiil 
d'autres inftrumens pour forger & pour dénoij 
cer des Herefies prétendues , que l'impoilibilip 
des Commandemens de Dieu , & les autru 
points capitaux de la dodtnne de JanfemVi 
condannée par l'Eglife ? 
(m) I'**) Nef;ed-il pas bien à ces gens de fedn 
clarer ennemis des Calvinilfes , avec leCqu*! 
ils font prelquc par tout d'accord , horfmis ( 
qui touche l'Euchariftie ? Qmi adoptent ouvei 
tement les fentimens des Calviciftes d'aujoui 
d'huy fur la Grâce & fur la PieJeftination,q»c| 
que ces Hérétiques avouent qu'ils fenc de Cal 
(*) vin , & qu'ils ont été condannez à Trente ? (* 
Qui haïilent & qui banniiî'ent le culte ancien 
de la Vierge & des Saints , qui ôtent les Chai 
pelets des mains , & les Scapulaires des épaule r 
(o) de ceux qu'ils dirigent : ( o ) Qui font lire a touj 
le monde l'Ecriture Sainte en Langue vulgaircï 
(f) principalement (p ) leur Nouveau Tcitair.cntd 
Mons, condanné par deux Tapes , comme fa! 
((p fifîé en divers endroits : (q ) Qui nient f\ hau- 
tement , quoy qu'ils ne foient pas François 
l'infaillibilité des Papes, & leur Snperiorit 
par deiTus les Conciles généraux , lors qu'i 
condannent leurs Herefes touchant la Grr.c 
& la Libetté , ou leurs impertinences dans 
Morale : Et qui ne canonizent que les Décret 
de Rcme contre quelques points de Moral 
relâchée. 

Ne fed-il pas bien à ces gens de par;er e*er 

ne 



des Je fuite s. 199 
Icmcnt avec de crands foûpirs de l'amour de 
eu& de la charité du prochain, & d'enrichir 
ridant les Imprimeurs de Hollande & quel- 
-uns du Pais-Bas Efpngnol par leurs Li- 
s diffamatoires conue tous ceux qui ne 
pas de leur party , quoy qu'ils foient êtè~ 
urs de la Grâce efficace par elle-même , 
me font les Carmes Déchaux & les Domi- 
ns ? N'elt-ce pas une belle charité , & une 
ande vénération pour les Princes de l'Eglife, 
faire des Pafquinades infâmes contre -trois 
ques d'un mérite reconnu , parce qu'ils ne 
ivorifent pas toutes les entreprîtes de ces faux 
^formateurs ? (r ) N'elt-ce pas un zele d'u- 
ion & de paix , de s'infirmer dans les Monafte- 
■fes, & de fe fourrer dans les Congrégations des 
ipoufes de Tefus-Chriifc , pour y femer la divi- 
f on & le trouble ? 

(s) Enfin ne fïed-il pas bien à ces Enfans 
iï' iniquité, comme Alexandre VII. les appelle, 
e déclamer par tout contre les Confelleurs qui 
Wuivent l'efprit débonnaire du Fils de Dieu , & 
[ ontre les Prédicateurs qui touchent les coeurs 
llar leur éloquence Apoitolique : Se (t) violer 
[cependant en tant de manières le fecret de la 
E4tflfe(îion , refufer la Communion Pafchalc à 
rpes Villages entier: , profaner le Sacrement de 
1 Pénitence par des interrogations, & foiiilier 
(eurs Prédications ou leurs Trônes par des ex- 
plications du 6. Commandement, qui font rou- 
gir & frémir les a. nés chiites ou innocentes , 
Se qui chatouillent agréablement les oreilles 
des pécheurs 1 ( u ) Refufer l'abfolution , fi 
un Pénitent , & principalement fi une Péni- 
tente ne déclare au ConfetTeur le complice, 
même d'un péché de pure fragilité ou de fur- 
prife i Caufer de fàcheufes affaires à ce com- 

R 4 piiee, 



loo ECRIT 

plice,& le dénoncer avec mille eiaggeration J 

fon Supérieur ? 

Vous voyez, Mr. le Dénonciateur , qu'il 
pourroit icy faire , & à vous & à vôtre Pajt 
une Conclufion plus forte & mieux fondée q 
celle que vous faites de vôtre Libelle aux R 
verends Teres lefuites. Mais ( x ) on vc 
bien finir en vous priant avec vos Amis , < 
lailTer le Pais-Bas en repos, & de n'y cauf 
pas tant de troubles dans TEglife , lors qi 
les conjonctures du tems l'ont enveloppé dai 
une fi funelte guerre , qui va décider du fo ; 
de l'Europe. 

M. DC. LXXX1X. 



1 



REMAt 



20I 



FEMARQUES COURTES 

, ur diverfes chofes de fait dont on 
na point far lé dans la 

[SECONDE 

DENONCIATION 

Q Vi eft le Héros malheureux- du lanfe- 
■^.nifme. ] Le Héros non plus que le Ian- 
J '-ifine n'elt qu'un phantôme , qui ne fubiifte 
ii dans vôtre imagination. Mais ce qui eft 
rs-veritable Se tres-réel , c'elt que par tout 
lus êtes les perfecuteurs déclarez des gens de 
:n. Or de bonne foy , à qui des perfecuteurs 
4 des perfecutez convient , félon l'Evangile, 
i nom de malheureux. 

(b) Vn libelle François tout à fait feditieux 
\ diffamatoire. ] C'eft fans doute que vous 

* us regardez comme de petits Rois , de qui 
h ne peut cenfurer la conduite par des Ecrits, 
p que ce foit bleifer des Majeitez par des, 

belles diffamatoires , ni découvrir à l'Egli- 
les Herefies 3 que ce ne foit y exciter des fê- 
tions. 

(c) Cet Imprimé eft fans Approbation , fans 
>m à' Auteur , ^ f ans I e véritable nom de 
Imprimeur. ] Il faut bien que vous prétendiez 
îelque droit Royal > qui vous mette au déf- 
is des Loix aufquelles vous voulez aflujettir 

• s autres. Car fans cela quelle impertinence 
:roit-ce de reprocher à vôtre adverfaire que 



loi Remarques fur 

fon Ecrit manque de certaines fcrmalitci 
lors que vôtre Réponfe en a encore moins c J 
"fon Ecrit ; quoique par vôtre crédit il vc'.l 
fut facile de les avo-ir toutes ? au lieu quep , ^ 
fonne ne s'eft étonné qu'il n'y eût à la Déne I 
ciation d'une nouvelle Hcrefie , ni approbatk 1 
ni nom d'Auteur ou d'Imprimeur j parce qu' 
fçait que vous avez par tout tant de pouv< 
de nuire , & aux lieux mêmes où on s'en do 
teroit le moins , que la prudence ne veut j | 
que l'on expofe fans befoin ni foi-mémenia 
truy aux fâcheux relfentimens d'une Société 
vindicative. 

(cl) Faire payer le fort des p acquêt s comi 
s'ils vendent de Hollande. C'elt à Melf.eurs 
la Polie à vous répondre fur ce fait -, & à vou 
de nous dire franchement fi vous les aceufez i 
friponnerie. 

( e) On auroit mieux fait de laijfer le fo\ 

de combattre cette petite Thefe aux EN* 

iïeurs du Séminaire de Grenoble qui font fk\ 
■proches de Dijon , & dont la Morale otttrfa'.i\ 
s'accorde gueres avec celle des Jefuites. Cet 
Morale , mes Pères, que vous appeliez outré 
eib cependant ce qui a beaucoup contribué a 
çtioix que le Pape Innocent XI. ce fainte fflt 
moire fit de l'Auteur , dont il cennoifloit au( 
la grande pieté , pour le placer fur le chanrft 
lier de l'Eglife de Vaif Elle a eu- une ap 
prebation générale , Se en particulier celle d 
deux des plus faints Prélats de i'Eqli r e de Ro 
LesCardi- m£ & ^ y E ^ ^ France , qui s'en font dé 
mai.dy à- c ' arez ' es Protecteurs. On vous I a dit en un 
leCamm. autre occafïon. Quelle mfôlence après celi 
pour des Tefuites , d'ofer cenfurer de la fort ^ 
ce que de Ci grands hommes ont honoré < J e leu 
eftmie î Mais on auroit tort de s'en plaindre 

G 



l'Ecrit des Jefaites. 205 
Cl n'eft pas décrier la Morale de Grenoble que 
^idire qu'elle ne s accorde gueres avec celle des 
\ rites- Car gomment une Morale auflî Chré- 
l me qu'eft celle-là , fe pourroit-elle accorder 
fi:c la vôtre qui l'eft fi peu î 

f) Lu fitte penfée d'un de leurs Confrères, 
y mit dans fis Thefis à Liège , &c. ] Quelle 
«mparaifon entre une fitte penfée (quoi qu'il 
t foit ) & un dogme hérétique ? Ne vous fe- 
i 7-vous pas fait bien de l'honneur de dénon- 
»: à toute l'Eglife une fitte penfée ? Mais n'en 
jtes-vous pas beaucoup à vos adveifaires , 
c n'avoir à leur reprocher qu'une bagatelle, 
; laquelle ils n'ont eu part ni de prés ni de 

n. Si vous aviez pu leur reprocher herefie 
> ur herefie , vous n'y auriez pas manqué. Je 
.|s une Herefie réelle , 5c prife mot à mot de 
irs Ecrits. Car pour des aceufations vagues 
Hercfies chimériques , vous n'en êtes pas 
ùches. Mais à 'quel propos leur imputer 

ut ce qui vous déplailt dans le genre hu- 
ain i Elf-ce qu'il n'y a qu'à forger comme 
>us faites un party chimérique de p'ufieurs 
. ;rfonnes qui ne font point de corps particu- 
:r dans l'Eglife , & n'ont aucune dépen- 
mee les uns des autres , pour avoir autant de 
roit de rendre les uns refponfabîes du fait 
es autres , qu'on en a eu de fe plaindre à TE- 
life de ce qu'une Compagnie Religieufe, gcu- 
ernee par un Chef qui doit veiller fur tout 
: Corps , & par des Supérieurs majeurs & fu- 
altêrhes qui doivent répondre de ce qui s'en- 
:igne dans chaque maifon , ait biffé foûtenir 
ubliquement dans un célèbre Collège une 
res-méchante doctrine ? Cependant j'ay ap- 
•ris que la faute que vous faites en rapportant 
equi eft dans cette Thefç de Liège , efi bien 

autre 



204 Remarques fur I 

autre chofe que l'omiffion du tantisfer d'il 
vous a-vez pris fujct de dire tant d'injures 1 
Dénonciateur. Car au lieu qulil y a dans H 
impertinens de cette Thefe où on affecte fcM 
vent de mettre des paradoxes , eft idoloUt M 
materialis ; vous mettez , ceft commettre M 
péché a'idolatrie ; ce que vous fçavez micB 
que perfenne être deux chofes bien disert \ 
tes. J'ay fçû aufTi que l'Auteur de cette Th<B : 
de Liège , qui étoit un tres-bon homme , M- 
fort humble, ayant été averty qu'on n'appro j 
voit pas ce qu'il avoit mis dans cet Imper* 1 
nens , témoigna être preft de le changer &j| 
rétracter , fi on le jugeoit à propos. Mais 
mourut avant que le tems de faire de nouvcll ji 
Thefe's fût arrivé. On feroit heureux , mesP,l 
res , fi l'on pouvoit dire la même chofe de vou M 
qui avez tant d'erreurs véritables & importai . 
tes à rétracter. 

(%) Le party lanfenifte 'a eu l'écrit troué 
jufques-là > que de débiter la maladie & i- 
mort d'un Prélat qu 'il n aime pas , & qui.gn 
ces à Dieu , s'eft bien porté depuis la granc 
Mercede que le Roy vient de lui faire. ] Il fan 
<]ue ce foîî vous-mêmes qui ayez l'efprit trou 
blé pour farce un reproche fi extravagant à vô 
tre prétendu party "[anfenilte. Quand ceux*, 
qui il vous plaift de donner ce nom , feroier. 
dans la difpofition que vous leur attribuez pa 
un jugement tres-temeraire Se très- faux , '< 
quoy leur auroit pu fervir ce* faux bruit ? Elt- 
•ce qu'un homme s'en perte moins bien quand 
on publie qu'il eft malade ; ou qu'il ett moins 
plein de vie , quand on fait courir le bruit 
-qu'il elt mort? Mais à propos de cette grande 
Mercede (qui eft un langage bien humain en 
«tte occafîon ) on vient de me mander itm 
^ chof 



V Ecrit des Jefîtkej. 205 
cLfc affez -iingulieie. C'eft que pour empc- 
cjJ" qu'on ne la filt à un autre Prélat qui ne la 
cMandoit point , on l'a fait paiTer pour Jan- 
akïc à la Cour d'Efpagnc , fans en pouvoir 
«lier d'autre preuve , finon qu'il avoit dé- 
flflu de porter les Images des Saints dans les 
■fceffions où on portoit le trcs-Saint Sacre- 
mt. Le Prélat n'a point douté que cette pièce 
ami ait été faite par ceux qui mettent le Jan- 
■ frne à tout ufage. Et il eft vray qu'il n'y 
*en à quoy on ne le puifTe étendre , fi un 
«que n'a pu faire une Ordonnance fi raifon- 
I le , fans qu'on en ait pris fujet de l'en ac- 
ma, 

h ) il fallait montrer la mauvaise foy, qui efi 
fi'rdinaire a ceux Je votre cabale y comme on a, 
If voir depuis peu par le eàefaveu auîentique de 
MTEvêque de Malaga.] Comment ofez-vous 
filer de ce 'defaven , après la Lettre de M. Ar- 
Otldà ce tres-illuftre Prélat ? 

( 1 ) Dans une fauffe atteftation fuppofée au 
M Nicolas Capucin. ] Pourquoy dnTimulez- 
Wus, ce que vous fçavez tres-bien , que l'Au- 
Htr qui avoit parlé de cette atteltation , a re- 
ftnnu publiquement qu'elle n'étoit pas veri- 
t)lc , & qu'il y avoit été trompé ? Faites-en 
■tant c!e 10. ou 11. des plus groffieres calom- 
ibs dont vos Libelles font p'eins , Se on aura 
lu de croire que vous voulez devenir honnê- 
I gens. 

{ k ) Dans une Lettre écrite au Tape Innocent 
I. fous le nom & le cachet du Reffeur de Lou- 
iin , qui n en fçavott rien, ] Cela fe fait toû- 
urs en l'abfence du Recteur, par celui qui 
eut fa place. C'eft une ^rande malice de difli- 
uler cette circonlrance Se cet ufage. 
fl) Dans une intrufmn Jubrepttce d'un Docteur 

de 



loS ■'Remarques fur 

de Louvain en la p acuité étroite de Tkeolo±\Û 
contre les défenfes du Pape <& du Roy. ] Dç I 
cela peut-il marquer la mauvaife foy , quel 
ceux qui en font un reproche fi ridicule &fni 
fondé, qui n'eft qu'un amas d'impoftures&B 
fauflecez h connues de tout le monde , qu'il I 
roit inutile de les marquer ? 

ftnj Ne fied-il pat bien à ces gens-là de m 
déclarer ennemis des Calvinistes , avec lefqu 1 
ils font prefque par tout d'accord hors »|1 
touche l'EuchariStie}] C'cft reconnoître , n 1 
Pères , cjue vous avez été cy-devant de grar j 
calomniateurs , puifque c'eft fur le fujet rr 
me de l'Euchariftie que vous avez preten t 
que vos adverfnres étoient d'accord avec . 
Calviniftes. Vôtre P. Annat a été le premi < 
auteur de cette calomnie : & vôtre P. Me ' 
nier l'a pouilée plus avant dans uru Libelle p I 
blic fous cet horrible titre , que vous n'avu* 
point de honte de mettre dans le Catalogue < 
vos Ecrivains : Port-Royal & Genève d'intt 
ligence contre le tres-Saint Sacrement de l'Aiï, 
tel. Présentement forcez d'abandonner ui 
impolture fi vifible , vous en fubltituez prej 
que autant d'autres , qu'il y a d'erreurs dai'i 
la feéte des Calviniftes : tant vous avez <j 
péur de manquer de fujetde rendre Heretiqur 
ceux que vous n'aimez pas. Vous voulez dori- 
que , hors ce qui touche l'Euchariftie , i 
foient prefque par tout d'accord avec les Cal 
vinifies. C'eft mentir bien impudemment, 
a-t-il une erreur confiderable parmy ces Here 
tiques que ces Meffieurs n'ayent combattue 
Et de qui font les Livres fuivans. Les Préjuge 
légitimes contre les Calvinifles : Le Renverfe 
ment de la Morale de lefm-Chrifl par les er 
reurs des Calviniftes : & deux autres far ! 

mêro< 



l'Ecrit des Je fuite s. %oy 
duc fnjet. Les deux Volumes de V Apologie 

, r Us Catholiques. Remarques fur la Lettre 
IMr.Spn. Reflexions fur le Préfcrvatif. Les 
Mvimfles convaincu* de Schifme. De l'Vnité 
il'Eglife , oti Réfutation du nouveau Syfteme 
dAl. Iurieu. Il ne vous rclteroit plus qu'à 
I ; qu'il elt vray qu'on a fait tous ces Livres: 
nis que ç'a été par collufion avec les Calvi- 
n'es , & qu'on les a favorifez en faifant fem- 
bnt de les combattre. 

[n j €}ui haiffent <& qui banni ffent le culte 
a-.'ien de la Vierge & des Saints , Sec.] Ne cef- 
iez-vous jamais de décrier parmy le peuple 
1 plus gens de bien, en leur.impofant par une 
rire calomnie qu'ils haiïfent le culte de la 

e.gc & des Saints ? Vous femble~t-il que 
i s Feies de Luxembourg fe foient acquis beau- 
àlp d'honneur par un pareil menfonge , lorf- 
(c dans leur Procellion Théâtrale ils firent 
E ces mots dans un Tableau : Advcrfaires du 
tlte de la M re de Dien chajfez de Port-Royal 
( de France.] Et avez-vous oublié l'horreur 

< etous les gens de bien ont eu depuis peu d'u- 
j fe.nblable impoiture dans la ville de Mons ? 

(o ) €):ii font lire a tout le monde ï Ecriture 

< mte en'Langue vulgaire, ] Des Loix utiles à 
isfedes circonstances de certains tems, peu- 
nt cefTer d'obliger quand ces circonftances 
h% changées. C'elt ce qu'ont penfé de tres- 

biles gens de la défenfe de lire l'Ecriture 
inte en Langue vulgaire. Le Cardinal de Ri- 
elieu dans Ton Traité des Conrro verbes liv.4. 
1. 16. Les l'aies n'ont pas eu deffem de d fendre 
f Verfons en Langue vulgaire a toutes fortes 
' personnes , mais ils ont voulu feulement les 
fendre pour certain tems , à certaines 
rfonnes qui font défignées dans la défenfe même. 



io8 "Remarques fur 

Et plus bas : Il paroit clairement que la teêl 
de la Bible en Langue vulgaire rieft pas mi 
défendue pour ToûjouRs. Voulez-vous 
témoin de vôtre propre Compagnie ? Serrar 
dans Tes Prolégomènes p. 136. témoigne c 
dés le tems qu'il écrivoit , qui étoit au coi 
mencement de ce fiecle, ces défenfes n'avoit 
plus de lieu en Allemagne , oh nous voyo, 
dit-il , que les Evéques > les Curez. , & les Co 
fejfeurs , non feulement ne blâment pas ceux q 
Ufent les verfions Allemandes du Nouveau Teft 
ment d'Ecivus., ou de Dietembergius , fans 
avoir demande la permiffion , mais qu'ils tm 
vent tres-bon qu'ils le faffent , & qu'ils les 
louent. Et quoy qu'on ne puiiïe pas dire la rn< 
me chofe à l'égard de l'Lfpagne , on y recor 
noît néanmoins comme une chofe notoire , 
ThoTtiM l° n ^ e témoignage de Thomas Hurtado 3 qu'c 
Hiirtado France & aux Pais-Bas , on y a la même libert 
deTte/iden- qu'en Allemagne. 

tiAhb.s- /.p\ Nouveau Teftament de Mons condann 
par deux Papes comme faljijie en divers en 
droits.] On fçait ce qui fut caufe que ce Nou 
Teau Teftament fût prohibé avant la paix de l'E. 
glife, & clequoy on convint, lors que cette pais 
fe fit. Mais vous ne fçauriez rien rapporter fan? 
y mêler quelque menfonge. Car il eltfaux qu'i 
ait été prohibé , comme falfifié en divers en- 
droits : ni qu'on ait marqué dans le Décret qu* 
y eût aucune erreur. 

( q ) <S)ui nient fi hautement , quoy qu'ils ne 
foientpas François > l 'infaillibilité des Papes , 
leur fuperioriié par dejfm les Conciles Généraux, 
lors qu'ils condannent leurs Hertfiis touchant la 
grâce & la liberté , & leurs impertinences tou- 
chant la Morale. ] Que de faulfetez & de men- 
fonges ! On ne fçait ce que vous entendez pat 
~n ces 



l'Ecrit des Jefaites. 10$ 
impertinences dans la morale , que vous 
Ërribuez à vos adverfaires , & que vous dites 
<c les Papes ont condannées. Il eit très- 
jtix que ceux dont vous voulez parler foûtien- 
nt les herefies touchant la grâce & la li- 
aîrtécjue les Papes ont condannées; & c'eft 
irquoy on vous à cent fois convaincus de 
•rlomnie. Il eit aufli tres-faux que pour s'exem*- 
r de ie foûmettre aux Conftitutions des Pa- 
is contre ces herencs,ils ayent allégué, qu'ils 
le font pas infaillibles, ni fuperieurs aux Con- 
les Généraux. C'elt ce que vous aviez fait 
re a quelques Do éteins deDoiïay , mais fut 
joy;ls font demeurez dans le filence , lors 
u'on leur a fait voir qu'on les avoir furpiis* 
lais pourquoi ajoutez-vous , quoy qu'ils ne 
\ientpas François , finon pour infinuer , qu'il 
.1 permis a vos Pères de France de dir-e des 
apes, ce que d'autres ne pourroient penfer 
ms que vous leur en -fifiiez un crime? 

( r ) N'ejï-ce pas un zélé d'union de paix 
e s'infinuer dans les Monafleres , & de fefour- 
er dans les Congrégations des Epoujès.de lejus*- 
Chrifi pour y femer la divifion & le trouble ? ^ 
^ous êtes bien imprudens de parler hors de 
Topos d'une chofe qui ne vous feroit pas 
l'honneur fi le public en étoit informé. Mais 
>ci aime mieux n'en rien dire , parce que Tii- 
,iion commence à fe rétablir , où les mauvais 
:onfeils de quelques-uns de vos Pères entrete<- 
îoient la divifion.. 

( s ) Enfin il fied bien a ces Enïans d'i- 
N i Qji ite' , comme Alexandre Vil. les ap s - 
ïette , de déclamer par tout contre les Confef- 
feurs qui futvent ïcfyrit débonnaire de Itjta- 
Chrifl ] Ces paroles de quelques lignes plus 
haut, quoi qu'ils ne foient pas Trançovs , font 

S voir-' 



il o Remarques fur 

voir que c'eft aux Dodtcurs de la Faculté 
Louvain que vous en voulez. Or quand eit-» 
qu'Alexandre VIL a appelle ces Doétci I 
des enfans d'iniquité t N'elt-il pas certain | 
contraire qu'il a témoigné en faire beauco ■ 
d'eitime, 6c qu'il les a traitez d'une manie 
tres-obligeante dans le Bref qu'il leur écriv 
où il leur fçait bon gré de foûtenir les dogm 
tres-furs Se. inébranlables de Saint Auguft 
& de Saint Thomas ? Mais quel rapport pc 
avoir ce nom injurieux que vous leur donm 
£ enfans d'iniquité au reproche que vous le 
faites de ne pas approuver ceux , qui fous 
faux prétexte de fuivre l'efprit débonnaire" c ! 
fils de Dieu , trompent les pécheurs par ur 
facilité indiferete qui les entretient dans Ieu. 
crimes? Elt-ce que Saint Charles étoit un a 
fznt d'iniquité qui ne connoiffoit pas ïeïpr 
débonnaire du Fus de Dieu , lorfqu'il marquo 
rant de cas aufqucls les Confefleurs ètoien 
obligez de refufer ou de différer l'abfclutio 
à leurs pénitens ? Elt-ce que le tres-pieux Cai 
dinal Grimaldy , & beaucoup d'autres Prélat 
Cjui ont recommandé avec tant de zélé la pra 
tique de ces rcgles de Saint Charles , ont eft 
des enfans d'iniquité , qui n'ont pas conn 
l'efprit débonnaire du Sauveur} Il faut don 
que vous croyez que cet efprit de Nôtrc-Sci- 
gneur a elté bien mieux connu par vôtre Pen 
Bauny , & que c'elt ce qui In y a fait établi; 
cette débonnaire maxime : 6)u 'on ne doit ni re- 
fufer ni différer ï abiolution a un pénitent qu 
eft dms i'babitude de pecher contre la Loy di 
jyieu , de la naturel de l'Eglife, quoy qu'Uni 
faroijfe aucune eïferance d 'amen dt ment , four- 
veu qu'il dife qu'il en a de la douleur , fyqu'u 
fropofe de s'amender. Et vous devez être bien 

fur- 



/' Ecrit de s Je fuite s. m 
Cpris de ce que cette propolition fi confor- 
m à. la débonnaireté de Nôtre-Seigneur, aefté 
c-idannce par le Pape Innocent Xi. d'heureu- 
^mémoire. Car c'ett la 60. des 65. propofï- 
c ns fcandaleufes , profenttes par fon Décret 
I 1679. 

( t ) De violer en tant de manières le fecret 
ê la* Confejfîzn] Si vous eu connoiiîez cucl- 
«uuqui fait fait, vous êtes prévaricateurs 
<> intérêts de l'Eglife fi vous ne le dénoncez 
'.x Supérieurs légitimes. Et fi vous n'en con*. 
i liiez aucun, vous calomniez horriblement 
1 us ceux fur qui vous faites tomber le fou- 
lon d'un attentat fi criminel. On fçait -bien, 
t;s Pères , que vous n'en connoiffez point, 
jais vous vous fonciez peu de deshonorer 
iiglife devant fes ennemis, de rendre odieux 

Sacrement de Pénitence , de déchirer déplus 
?ns de bien que vous par les plus atroces ca- 

mnies,pourveu que vous vous vangiez. 
» j C u ) Rtfufer V ab Joint ion fi un pénitent , & 

incipalement fi une pénitente déclare an Con- 
(feur le complice même d'un péché d'une pure 
^agilité ou de furpnfe : caufer dt fâcheufes 
faites à ce complice , & le d'énoncer avec mille 
xaggerations à fon Supérieur. ] Après ce que 
ous venez de dire par un infigne menfonge , 
$ft l'on viole le fecret de la ConfeJJîon en tant 
e manières ,'n'efr,-ce pas faire entend: eau peu- 
le que c'en eft une manière , de porter un pé~ 
itentou une pénitente en quelques rencontres 
. découvrir fon complice. Vous pouviez ap- 
prendre du P. Morin , que c'eft une erreur de 
l'imaginer cela. Mais avez-vous pu donner au 
uonde cette penfée , (ans condanner le S. Papo 
Pie V. de ce que par fa Bulle contra follicitan- 
il auroit obligé à faire une chofe qui ne fe 
Si pour- - 



Xii Remarques fur 

pcutrroit faire fans violer le fecret de la Co 
feffion qui ett de droit divin ? Et c'eft app 
remment de quoi il s'agit , ou de quelque ch» 
Jfe d'approchant dans le cas que vous propoî 
pour décrier des gens de bien qui ont plus < 
foin que vous du falut des ames & de l'honnei 
del'Eglife. Il faut, mes Pères, que vous foyc 
peu touchez de l'un & de l'autre pour en pai 
1er comme vous faites. Des péchez d'un R( 
ligieux de la nature de ceux que vous faite 
allez concevoir , vous font des péchez de fra 
■gilité & de furprife. Vous les trouvez fi pc ' 
importans que bien loin de croire que ce foi 
un devoir de charité d'y donner ordre autan 
que l'on peut , en fe fervant de la voye la plu 
-douce & la plus diferete, qui eft d'en fair 
avertir le Supérieur , vous reprefentez ceux qu 
en ufent comme des imprudens qui abufent d( 
leur miniftere , &. qui commettent une inju- 
îtice criante envers ces pécheurs fragiles,com- 
m* il vous plaît de les appeller. On caufe, 
dites-vous j de facheufes affaires à ce complut* 
enfaifant connoître iondefordie à celui dont 
il s'eft obligé par vœu de fuivre les avis fur 
les befoms de fon ame , à moins que ce qu'il 
lui ordonneroit ou confeilleroit" ne fût con- 
traire à la Loy de Dieu ou aux règles de l'E- 
çlife. Et moy je vous dis que iî après une telle 
chûre, il prenoit à injure ce qu'on auroit fa 
pour fon bien , il ne feroit pas en état de s' 
relever, ni d'en obtenir le pardon de Dieu. Car 
à quoi peuvent aller ces facheufes affaires 
qu'on luy auroit faites. ? Eit-ce en ce que f< 
Supérieur luy auroit ordonné de réparer de 
grandes fautes par de dignes fruits de péniten- 
ce ? Peut-il croire qu'il en a un vrai repentir 
s'il n'eft dans cette difpofmon ? Eft-.ce. par 

ou -il 



l'Ecrit des Je fuit es. i j $ 

m'H lui auroit ôté l'occafion d'y retomber ? 
lut-il être vraiment pénitent s'il ne recon- 

■ tyîc que c'elt luy faire un très-grand bien : Se 
ciutant plus que vous fuppofez que ce font 
c,s péchez de fragilité ? Car ceux qui font 
jigiles de ce côté-là , n'ont gueres d'amour 

: iur leur falut , s'ils ne font bien-aifes qu'on 
*; retire du péril , & qu'on n'y expofe pas leur 
:iblefle , en les iailfant en danger de fe perdre. 
Ix-mêmes ,.& d'en perdre d'autres. Ht-ce en 
qu'il auroit eité privé pour quelque temsde 
qui luy devroit être défendu pour toute fa 
e félon le véritable efpric de l'Eglife confir- 
é par tant de Canons ? Mais que pourroit-on 
ger d'un Religieux qui ne pourroit foufFrir. 
:tte privation falutaire , après s'être rendu Ci 
digne duminilfcere des Autels ? On ne s'&- 
>nne pas néanmoins que vous regardiez cela 
)mme une dureté infupporrable après ce qu'en 

lit écrit vos célèbres Cafuiites. Je ne le rap- 
Drteray qu'en Latin parce que cela eft trop* 
omble. Vôtre P. Bauny dans fa Théologie 

; lora!e Tract. 10. p. 457. Si pofi habitant eo, 
le copulam carnalem cum fœminâ , aut poilu* 
onem voluntariam Sacerdos fit confejfuj, eritne 
berum ei fine culpa ventait rei divins, incum- 
ère? Negat VtUalobos , &c. Dijfentit Sancius 
njus mihi opinio et tut a <& sïquenda 

'IDETUR IN PRAXI- 

Vôtre P. Emanuel Mafcarenhas dans fon li- 
re des Sacremens imprimé à Paris chez Cra- 
noifi en 1656. va encore plus loin. Tract. 4.. 
lifp. 5. n.. 184. Car il prétend que cela a lieu: 
aenerattm in quacumque pollutione mortahter 
>eccaminosâ vel habita fecum , vel cum corn- 
■■lice ) & hoc fve, habeatur per fornication em ,.. 
\ve per aÀulterium , five per peccatum contra.. 

na- 



1T4 Remarques fur 

naturam , (eu quocumqtie alio modo. Il prête 
qu'il n'y a pas lieu de clouter qu'on ne pJiijl 
communier !e même jour. Mais voicy de quoi I 
dit qu'on peut douter : Tota htc dubitatio utru 
debeat Gonfeffariw confulere ht* fie voluntai 
& mort aliter poilu tis , ut illo die fe à comm. 
nione abfitneant , non ex pr&cepto fedex cû'M 
filio ? Ordtnarie répondent affirmative • nihil 
minus tamen mibi magvs plaçât opïnto loanr. 
Sancti afferentis hoc non effe confuiendum.tr, 
fotim confulendum quod commun ic en t , dm 
modo fint per conf-ffionem rite dtfpofiti .... I 
hoc infero non ejfe validum votum non fufe 
fiendt Eucharifliam . die habit a copuU forr.iu 
ri a , etiam prdmiffa conftffîone cum vero dolor 
Nam tait? votum efi impedttivum majoris bon, 
& ideo non potefi habere raftonem volt. Etat 
remplis de telles penfées & de fentimensfiîr 
dignes de Théologiens Catholiques , qui do: 
vent fçavoir quelle eft la pureté que demand 
un fi redoutable myltere , il vous fied bien 
mes Pères , de traiter de zelez indiferets , ceu 
qui pénétrez de douleur , pour de (i honteuft 
profanations des Saeremens , employent pou 
les empêcher autant qu'ils peuvent , les moyen 
que l'Eglife approuve , comme il paroît par 1 
Bulle du S. Pape dont nous venons de parler 
( x ) On veut bien finir en vous priant ave 
vos amis de laijfer le Pays -Ras en repes (y à 
n'y caufer peu tant de troubles dans l'Eglife 
lorfque les conjonctures du tenos Vont envehpp 
dans une fi funefte guerre , qui va décider dt 
fort de l'Europe. ] On finit au (là, mes Révérend? 
Pères , en vous fupphant de ne plus lafTer 1. 
patience du public en luy voulant faire croi 
re , que c eft caufer des troubles dans l'Fghf 
^ue oc l'avertir de YÔt*e méchante doctrine 

C'< 



F ' 

l'Ecrit des Je/ni tes. 215 
(:ftà dire que les Pays-Bas ne feront point 
c repos , fi on ne vous y laifle enseigner tou- 
t! les erreurs qu'il vous plaira fans en dire un 
(<} mot - & diffamer les plus gens de bien par 

; calomnies, fans qu'il foit permis d'cfluïer 
] >ouë que vous leur jettez au vifage. Ce n'elt 
Kac de là que dépend la paix des Pays-Bas , 
1 le fort de l'Europe , ou plutôt c'effc du con- 
tre que fon repos dépend en partie. La Mo- 
re corrompue produit les mauvaifes mœurs. 
. s mauvaifes mœurs font punies par les guer- 
15 , par les famines , Se par les autres fléaux. 

Dieu. Apprenons aux Chrétiens à vivre 
Ion la pureté de l'Evangile. Conformons y 
•us-mêmes nôtre doctrine & nôtre conduis 
. C'eft le moyen d'appaifer Dieu ,& d'obte- 
r de fa bonté ou qu'il fane cefler les maux 
>nt nous femmes affligez , ou qu'il les rende 
pportables , & nous en faffe profiter pour 
kre falut. 



F I NT. 



Ce i 9 . Cclob. léîy. 



TABLE 



TABLE 



DES ARTICLES. 

Article I. 

L Queftion. Si ce quon a dénoncé a l'i 
glife comme une nouvelle H ère fie da, 
la Morale , na pai été enfeiqné , 
foute nu publiquement par les The cl 
giens de la Compagnie de leur Colle^ I 
de Dijon. Pag. 
Article II. 
•L Qneftion. Si ce quon a dénoncé 
VEglife comme une nouvelle Herefu 
en efi effectivement une.- i 
Article III. 
ÏÎI. Queftion. Si en na pas rendu u 
fervtce confiderable a l Egltfe en de 
nonçant cette nouvelle Herefie. 
Article IV. 
ÏV. Qneftion. Si l y accu fat ion de Calom 
mz,d,e falfification , & de mauvaif 
foi , que les 'jefuites ont faite au Dé 
fondateur eft bien fondée. jp. $ 

Article V. 
Y. Queftion. Si les Jefuites de Louvai, 
ont bien juftifié la Thefe.de leur Con 
frère de Dijon. 

Ak 



TABLE DES ARTICLES. 
Article VI. 

I. Queftion. Les Je 'fuit es de Louvain 
n'approuvant pas en tout , mais feule- 

< ment en partie la Thefe de Dijon , fi 
on peut dire raifonnablement que ce 
qu'ils en approuvent riefl pas condan- 
nable. 4 4 

s \n-quoy les Jefuites de Louvain Con- 
\ viennent ou différent de la Thefe de 
Dijon. 6$ 
Article VII. 

II. Queftion. Si les diverfes évafons 
de l'Ecrit des Jefuites peuvent rendre 

1 fupportables leurs nouveaux dogmes 
; touchant le péché Philofophique. 68 

Article VIII. 
-Réflexion. Si on a été bien fonde de re- 
flremdre dans l'Ecrit 4 la peine fenfi- 
ble éternelle, ce qui a été dit générale- 
ment de la peine éternelle dans la Thefe 
de Dijon. 74 

Article IX. 
t. Reflexion fur ces mots ambigus : 
Connoitre Dieu au moins fous une idée 
obfcure ou générale. 8 6 

Article X. 
II. Réflexion fur \e tantiffer &c Y in- 
culpât} du P. «le Reux. fl 

Article XI. 
V. Reflexion. Edaireijfement du mot 
T in cul- [ 



TABLE 

inculpatè. Ghte le prenant corn; 
fait le P. de Reux , il ne peut avi 
l'effet qu'il lai donne. 

Article XII. 
V. Ueflexion- Combien de mi 
lions de perfonnes ont été privées 
moiens humains fufffans pour-connelt 
Dieu, avant la prédication de l'Eva 
gile. ic 
Article XIII. 
VI' Reflexion. Si tous ceux f 
nom point eu de moiens humau 
fojjifans pour connoitre Dieu , en o, 
eu de divins par des grâces attue 
les. ic 
Article XIV. 
Suite de la VI. Réflexion. S'il eft m 
ceffairc que tes Pajens çjr les Ltbt, 
tins reçoivent des grâces aBuelki 
afin que les péchez, qu'ils commettt) 
contre la Loy de Dieu leur fom 
imputez,. n 
Article XV. 
II. Suite de la 6. Reflexion. S'il J 
quelque vrayfemblance que les Paye 
& les Barbares , qui n om eu aucun 
moyens humains fufffkns de connoîtr 
Dieu , en ayent eu de divins par dt 
grâces attue lie si n 

Ai 



DES ARTICLES, 
Article XVI. 

v j i'uil faudroit félon les Jefuites , que 
'Dieu rieîit donné a tous les Améri- 
cains (jr autres Barbares que des grâces 
incongrues : ce qui fer oit bien contraire 
: \ i ce quils enfeignent qu il les leur 
donne far la volonté fwcere qu'il a 
de les fauver tous, 141 

Article XVII. 
éfonfe À tout ce que les Pères Je fuite s 
dtfent dans leur Ecrit fur le fujet de 
Il ces grâces données a tous les Infidelles 
four connoître Dieu & fa fawte Loi. 

146 

Article XVIII. 

Que les Jefuttes tachent en vain de faire 
1 croire qu'il na pu arriver que fort ra- 
rement, que des Amer icains, par exem- 
i pie , najent commis que des péchez, 
1 Thilofophiques. 161 

Article XIX. 
Autre herefie tirée du même principe ; 
Qu^on ne pèche point fi on ne con- 
noît la malice du péché. 171 
Conclusion. 17 S 

'Ecrit des Jefuites , intitulé, Le Janfeni- 
fte Dénonciateur de nouvelles Herefes 
• convaincu de calomnie & de f al fi fie œ- 
ti-on, m- p c. L xxxi x. 1S3 



TABLE DES ARTICLES. 

Remarques courtes fur diverfes chofes , 
fait dont on na point parle dans/ 
féconde Dénonciation, 



Fautes à Corriger. 

Pag. g. ligne 20 H/èz^ efi. 

p. 13. 1. x. /. infinie. 

p. 75-. i. /./.pur. ibid. aucune. 

p. 85. en marge. 1. 4. /. 1. ThcJJ\ 

p. iib'. en marge. 1 dern. /. Pf. 

p. ti£. 1 16. L voye de la. 

p"7:iiO. mxrge. 1. 1. /. c. jof. 

p. 1. 11. /. s'ils font. 

p. mi. 1. 19. /. le vouloir, 

p. 135.. 1. 20. /. i/o/Ar. 

p. 138. I. 13. £ qui en fait. 

p. 139. en marge. 1. 4. /. 

p. >4:. 1. 6". /• n'euflem eu» 

p. 148. 1. s- $ de 

p. 171. 1. 26. /. formels. 

p. 17J.1. 17 . /. qui y font. 



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